Bilan

Jair Bolsonaro, un danger pour la Suisse?

L’élection du nouveau président brésilien fait planer de sérieuses menaces sur la conclusion d’un accord de libre-échange entre la Suisse et le Mercosur.

Jair Bolsonaro prendra ses fonctions le 1er janvier 2019.

Crédits: AFP

L’arrivée de Jair Bolsonaro à la tête du Brésil risque de compromettre la conclusion d’un accord de libre-échange entre la Suisse et le Mercosur négocié via l’AELE (Association européenne de libre-échange). Durant la campagne électorale, il a affirmé que son objectif est de mettre l’accent sur les relations et traités bilatéraux au détriment du multilatéralisme. Selon ses déclarations, le bloc que le Brésil partage avec l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay «n’est pas une priorité». 

Lire aussi: Bolsonaro élu, plongée dans l'inconnue pour le Brésil

Pour son futur ministre de l’économie Paolo Guedes, «le Mercosur est très restrictif. Le Brésil a été emprisonné par des alliances idéologiques. Et c'est mauvais pour l'économie.» Cet homme ultra libéral estime avec le patronat que ce marché commun constitue un fardeau empêchant son pays de conclure des accords commerciaux bilatéraux avec des pays tiers et limite le potentiel de croissance des entreprises.

Les discussions déjà au point mort

Si cette politique se confirme dans les faits, la Suisse en sera directement affectée. C’est ce qu’on craint sous la Coupole fédérale. «Il est déjà certain que les négociations en cours marqueront une pause. Il faudra être attentif aux premières décisions prises par le nouveau gouvernement», affirme le conseiller national libéral-radical Laurent Wehrli.

Selon son homologue socialiste Carlo Sommaruga, qui siège comme le Vaudois dans la commission de politique extérieure, «les discussions sont déjà au point mort depuis quelques mois.» D’après le Genevois, la situation est devenue plus compliquée au sein du Mercosur non seulement en raison des déclarations de Jair Bolsonaro mais aussi parce que l’Uruguay mise sur une politique davantage axée sur la protection de l’environnement. Une attitude diamétralement opposée à celle de Jair Bolsonaro. 

Lire aussi: E-commerce : Ceva Logistics décroche une commande majeure au Brésil

Au Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) à Berne, on conteste cette version: «Les négociations progressent bien et des progrès considérables ont été réalisés au cours des cinq cycles qui se sont déroulés jusqu'à présent. Le dernier tour a eu lieu au début octobre à Buenos Aires. L'objectif reste d'achever le projet le plus rapidement possible», affirme la cheffe de la communication Antje Baertschi.

«Lors de la dernière session de négociation entre l’AELE et le Mercosur, ajoute-t-elle, le Brésil a souligné, d’une part, que Jair Bolsonaro s’était exprimé positivement sur les questions commerciales et, d’autre part, que l’ouverture est souhaitée par l’industrie.»

Un marché de 260 millions de consommateurs

Dans le cas où les négociations devaient échouer avec le Mercosur, l’AELE pourrait se tourner vers ses deux plus gros acteurs économiques pour ouvrir des discussions avec le Brésil et avec l’Argentine. «Il serait toutefois plus compliqué de parvenir à des accords équilibrés dans le cadre bilatéral que multilatéral», observe Laurent Wehrli.

La signature d'un traité avec le Mercosur doit permettre aux exportateurs helvétiques d'accéder à ce marché de 260 millions de consommateurs et de diversifier leurs débouchés. Les droits de douane qui peuvent atteindre jusqu’à 35% seront réduits, voire supprimés.

De même, «l’élimination des obstacles techniques au commerce, notamment la reconnaissance mutuelle des normes, est souvent encore plus importante que les entraves tarifaires», insiste Avenir Suisse, le laboratoire d’idées libérales. «Ainsi, les entreprises exportatrices n’ont pas besoin de procéder à des contrôles supplémentaires de leurs produits dans le pays importateur.» L’enjeu est donc important pour la Suisse.

Lire aussi: Odebrecht versera 700 millions de dollars à l'Etat brésilien

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Du même auteur:

Comment l’Institut de Glion se développe en Gruyère
Le nouveau défi de Bernard Lehmann

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."