Bilan

«J’aime tordre les énigmes de l’histoire»

Portrait d’un scénariste de BD à succès, Yves Sente, alors que sort le tome 26 de la série XIII.

Le nouvel album de XIII sort cet automne.

Crédits: DR

Auteur de 35 albums parus à ce jour, dont neuf Blake & Mortimer, cinq Thorgal et sept XIII, Yves Sente se dit chanceux: «Œuvrer pour des marques réputées comme Blake & Mortimer permet de vivre de la bande-dessinée. Chaque album de B&M se vend entre 400'000 et 500'000 exemplaires, au-lieu de 20'000 pour un succès normal. Mais ce succès n’est pas le mien, c’est celui d’une marque. Même si cela représente énormément de travail. Un scénariste qui lancerait une nouvelle série aujourd’hui peut espérer 10'000 à 12'000 ventes sur le premier numéro. Avec des recettes de 10% sur les ventes, à répartir entre le dessinateur et le scénariste, on ne pourrait pas en vivre.»

En effet, avec des prix de vente variant entre 16 et 22 francs en moyenne, cela signifie en moyenne que le scénariste touchera environ 1 franc par album vendu. Yves Sente admet que grâce à sa notoriété, il parvient parfois à obtenir un 12%, au-lieu de l’habituel 10%, mais à répartir avec le dessinateur: «C’est le maximum aujourd’hui.» Il faut dire qu’avec la multiplication des sorties, cela devient difficile pour les maisons d’édition.

Parcours en lien avec la Suisse

Le dernier album de Blake & Mortimer. (DR)
Le dernier album de Blake & Mortimer. (DR)

«Le monde a changé. Les éditeurs tirent la langue et paient moins bien qu’avant. Sauf ceux qui sont en position de force. Blake & Mortimer ne m’appartient pas, les droits appartiennent aux éditions Dargaud. Donc, nous tournons autour de 6-7% pour les droits d’auteur, mais comme on devrait en vendre au minimum 450'000 exemplaires, nous nous y retrouvons», admet Yves Sente. Cela permet à ce dernier de ne pas avoir à multiplier les scénarios à toute vitesse.

La vocation première d’Yves Sente, célèbre scénariste belge de bandes dessinées, était la diplomatie. Après avoir réalisé son travail de diplôme sur la politique étrangère de la Suisse par rapport à l’Union européenne, il s’est cherché un job le temps de préparer le concours d’entrée pour la carrière diplomatique. C’est ainsi qu’il a décroché un emploi qu’il pensait temporaire aux éditions Le Lombard à Bruxelles. Or il y est resté 20 ans.

Yves Sente. (Dargaud / Alexis Haulot)
Yves Sente. (Dargaud / Alexis Haulot)

Avant de commencer l’université, Yves Sente était parti une année dans une famille près de Chicago pour suivre un programme de l’association AFS. C’est là qu’il a sympathisé avec Fabrice Filliez, devenu depuis ambassadeur de Suisse en poste actuellement à Singapour, avec lequel il a gardé des liens. Ce séjour aux Etats-Unis en 1982-1983 aura joué un rôle fondamental dans la vie du scénariste de la série XIII, entre autres. «A l’époque, ni Internet, ni Skype n’existaient. Appeler de l’autre côté de l’Atlantique coûtait très cher. Cela m’a ouvert au monde et m’a permis de casser certaines idées préconçues. Cela a remis les compteurs de la réflexion à zéro», confie ce dernier, qui tient à préciser qu’il n’est ni pro-américain, ni anti-américain.

La série XIII traite du secret entourant la naissance des Etats-Unis, et en particulier de comment une partie des membres du Mayflower, un navire marchand qui partit de Plymouth, en Angleterre, sont réellement morts. Rappelons que ses passagers furent à l’origine de la fondation de la première colonie européenne sur ce continent. Une fondation Mayflower disposant de moyens colossaux a été imaginée par Yves Sente.

Le nouvel épisode de XIII

Le dernier épisode en date, sorti en librairie le 8 novembre, s’intitule 2132 mètres. Jason Mac Lane, le héros de la série, semble s’être mis au service de cette fondation occulte qui veut lui faire assassiner une personnalité de premier plan. Laquelle? Le président des Etats-Unis? «L’idée de la Fondation Mayflower s’apprêtant à instaurer un gouvernement américain ultra-conservateur, qui allait se replier sur lui-même en accusant les autres pays de tous les maux, m’est venue voilà cinq ou six ans, bien avant que Donald Trump ne devienne président!», explique le scénariste.

Son inspiration vient quasiment toujours de la réalité. De quelque chose qu’il a lu ou vu. «J’ai en permanence le réflexe de me demander: Pourrais-je me servir de cela pour telle ou telle série? Puis je commence à me documenter. Je déniche les zones d’ombres, des trous qui font le bonheur de tout scénariste. C’est un jeu que j’aime beaucoup. Par exemple, avec l’histoire du Mayflower. Ma théorie est que la moitié de ses occupants ont été tués par l’autre moitié et non pas que ce serait le froid seul qui en serait le véritable responsable. J’aime prendre les énigmes de l’histoire pour les tordre. Cela permet d’amener une partie de mes lecteurs à s’intéresser à l’histoire. La BD doit d’abord être faite pour distraire, mais elle peut le faire intelligemment.»

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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