Bilan

Jacqueline de Quattro: «L’écologie est une opportunité pour l’économie»

A trois jours des Assises vaudoises du climat, lundi 12 novembre 2018 au Swiss Tech Convention Center de l’EPFL, la conseillère d’Etat vaudoise Jacqueline de Quattro veut fédérer les entreprises, les politiques et la société civile, tous concernés par le dérèglement climatique.

Jacqueline de Quattro veut voir dans la prise en compte des enjeux environnementaux une opportunité pour l'économie.

Crédits: Céline Michel

La cheffe du département du territoire et de l’environnement organise ces Assises vaudoises du climat qui accueillent 200 représentants des milieux concernés. Elles donnent le coup d’envoi à la réalisation du plan climat vaudois. 

Bilan: La Stratégie énergétique 2050 devrait, en Suisse romande, conduire à une réduction de la consommation d’énergie de 53% et une diminution des émissions de CO2 de 72%. C’est ce que prévoit une étude réalisée par le Centre de l’énergie de l’EPFL. Comment y parvenir?

Jacqueline de Quattro: Donner des objectifs chiffrés avec un délai pour les atteindre, ce n’est pas ainsi que je conduis ma politique. Je préfère avancer résolument en me donnant les moyens de réussir. Comme l’être humain marche à la carotte et au bâton, mieux vaut lui offrir des incitations quitte à prendre des mesures contraignantes si celles-ci n’ont pas d’effet.

Les incitations, cela fonctionne vraiment?

Jugez plutôt: lors de la précédente législature, nous avons lancé un programme de subvention de 100 millions de francs qui avait notamment pour objet de d’encourager l’efficacité énergétique, ainsi que les énergies renouvelables. Ce programme a fédéré tous les acteurs concernés, entreprises, HES, EPFL, Université, etc. Cette alliance, c’est la clé de voûte des Assises vaudoises du climat. Parallèlement, le Programme Bâtiments, qui subventionne l’assainissement énergétique, rencontre un énorme succès. Ce programme a par ailleurs généré dans notre canton entre 2012 et aujourd’hui quelque 700 millions de francs d’investissements. 

En Suisse, les transports sont les premiers ennemis du climat: ils produisent 33% des gaz à effet de serre. Le coût de la mobilité n’est-il pas trop bas?

Bien sûr que oui. Il ne tient pas compte des externalités négatives comme les émissions de CO2 et les nuisances sur la santé provoquées par la pollution atmosphérique. La révision en cours de la loi sur le CO2 devrait se montrer plus ambitieuse dans ce domaine. 

Quelle est votre stratégie au niveau cantonal?

Le rabais de 75% sur la taxe automobile en faveur des véhicules légers qui polluent le moins (120 g de CO2 par km) a porté ses fruits: de 2012 à 2015, le nombre de ces voitures a doublé, passant de 24.000 à 52.000. Par ailleurs, nous allons proposer au Grand Conseil des aides financières en faveur de l’électromobilité, concernant notamment les bornes de recharge des véhicules électriques au pied des immeubles. Une dizaine d’autres mesures sont en préparation. 

En Suisse, estime l’Office fédéral de l’environnement, la moitié des milieux naturels et un tiers des espèces sont menacés. Comment enrayer ce phénomène?

Le Conseil d’Etat a approuvé l’élaboration d’un plan d’action sur la biodiversité avec des mesures très concrètes. Concernant les biotopes, par exemple, il est important de permettre aux espèces de pouvoir jouir d’espaces qui leur sont réservés. Mais ce n’est pas si facile. Nous avons toutes les peines du monde à faire accepter un parc périurbain dans le Jorat. Certains groupes de pression défendant des intérêts sectoriels refusent de laisser une zone entièrement laissée à la nature.

A droite sur l’échiquier politique, ne vous sentez-vous pas un peu seule dans votre souci de l’écologie?

De moins en moins. Un enjeu de ces Assises vaudoises du climat est aussi de démontrer aux milieux économiques que l’écologie est un domaine porteur. Et si l’économie en est convaincue, la droite politique ira tout naturellement dans le même sens. Cela dit, laissons aux Verts le mérite d’avoir été les premiers à mettre le doigt sur ce qui fait mal et d’avoir tenu bon, à une époque où l’écologie n’avait pas vraiment le vent en poupe.

A propos du projet de loi sur les ressources naturelles du sous-sol, vous vous démarquez assez nettement des Verts et de la gauche qui ont lancé une initiative populaire «Pour un canton de Vaud sans extraction d’hydrocarbures»…

Le Conseil d’Etat propose une interdiction totale des hydrocarbures non conventionnels, c’est-à-dire ceux qui s’extraient par la fracturation hydraulique. Il ne s’oppose pas à l’exploitation éventuelle de gaz conventionnel qui ne recourt pas à cette méthode controversée, à condition que les émissions de CO2. qui en résultent soient intégralement compensées. Les Verts et une partie de la gauche veulent tout arrêter. Alors je leur dis: tant que les énergies renouvelables ne seront pas déployées massivement, comment allons-nous assurer notre approvisionnement énergétique? Par des importations de gaz? Voilà un véritable débat de société!

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