Bilan

Intérêts helvétiques pour le Kazakhstan

La Hochschule Luzern développe des échanges académiques avec l’Université eurasiatique Gumilyov d’Astana. Une démarche encouragée par le Département fédéral de l’économie.
Le palais présidentiel à Astana. Crédits: Jane Sweeney/Corbis

Le voyage de Johann Schneider-Ammann au Kazakhstan, prévu du 10 au 13 avril, soulève bien des questions. Quel intérêt le conseiller fédéral peut-il trouver à visiter ce pays peu démocratique? Il s’agirait d’une mission à but commercial, assure-t-on à Berne.

En tout cas, le Kazakhstan semble bénéficier actuellement d’une attention particulière de la part de la Confédération. Michael Derrer peut le confirmer: le fondateur de la société Ascent Business Management a bien senti qu’il n’intéressait personne lorsqu’il a évoqué l’idée d’organiser une conférence avec la Moldavie dans le cadre d’un budget fédéral réservé aux échanges avec des pays non UE.

Mais dès qu’il a été question du Kazakhstan, les signaux positifs de la Confédération n’ont pas manqué. Et le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation, qui dépend depuis le 1er janvier 2013 du Département fédéral de l’économie, a accepté de financer l’événement qu’il voulait organiser.

Ainsi, la Hochschule Luzern a reçu en février dernier une délégation de l’Université eurasiatique nationale Gumilyov d’Astana pour une rencontre intitulée : «Konferenz Innovative Wirtschaft Schweiz-Kasachstan». Et en juin prochain, des enseignants de l’école helvétique s’envoleront à leur tour vers Astana, afin d’assister à une nouvelle conférence. 

A priori, des réunions académiques, donc, mais, à y regarder de plus près, les enjeux géostratégiques ne sont pas loin: avec cinquante ans de réserves de pétrole et septante-cinq ans de réserves de gaz, le Kazakhstan intéresse beaucoup de monde.

L’Azerbaïdjan s’inscrit dans la même logique. C’est autour de cette région que Michael Derrer espère organiser sa prochaine conférence en 2014. Il faut dire que le pays a besoin d’apports extérieurs pour rentabiliser son gazoduc vers l’Europe. En 2008 déjà, c’est pour parler d’un apport iranien au gazoduc azéri, qui a besoin de volume, que Micheline Calmy-Rey avait fait son voyage à Téhéran. 

Pour sa part, Benedikt Hauser, responsable de la stratégie de l’éducation et de la coopération en éducation pour le Secrétariat d’Etat à la formation, réfute une telle logique énergétique. Même s’il admet que les considérations d’ordre économique ont leur rôle à jouer. Il reste qu’à part le gaz et le pétrole il n’existe pas beaucoup de produits pour rendre le Kazakhstan intéressant.

Il se dit conscient des interrogations que peut susciter le pays, mais il insiste sur la politique académique: «La question est de savoir si une collaboration de professeur à professeur est possible.»

Forte influence russe

Il reste que ces collaborations sont susceptibles de jeter les bases de bien d’autres choses. Mais c’est de la musique d’avenir, et pour l’instant Michael Derrer joue un peu le rôle de poisson-pilote, et nul n’est mieux désigné que lui pour le faire. Sa fascination du monde russe remonte à une vingtaine d’années.

Il apprend la langue, fait deux longs séjours à Moscou, notamment à l’Institut des relations internationales de Moscou, lieu de formation des diplomates russes, où il est le premier Occidental à étudier. En 1997, il fonde l’agence Praxis Transfert sous les auspices de l’Université de Fribourg et du professeur Paul Dembinski.

Jusqu’en 2007, il enverra 440 chômeurs suisses à l’Est, surtout en Russie et en Ukraine, en Roumanie aussi, pays dont il parle couramment la langue. Fort de l’expérience acquise avec Praxis Transfert, il lance en parallèle sa société Ascent Business Management. Dans ce cadre, il aide une soixantaine de sociétés suisses à s’installer à l’Est ou à y trouver un partenaire commercial, dont la moitié en Russie ou en Ukraine.

En 2012, il visite pour la première fois le Kazakhstan, où l’influence russe reste très forte, même si les Russes ethniques ne représentent plus que 23% de la population contre 37% en 1989. La collaboration académique n’est pas qu’un prétexte: le pays ne consacre que 0,24% de son PIB à la recherche, une proportion qui est de 2,78% en Allemagne. L’apport suisse y sera donc bienvenu.

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