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Ingvar Kamprad, ancien plus riche résident de Suisse, est décédé

Le fondateur d'Ikea, Ingvar Kamprad, est décédé le 27 janvier 2018 à l'âge de 91 ans. Pendant de nombreuses années, ce Suédois résident du canton de Vaud avait été l'homme le plus riche de Suisse, dans le classement que Bilan effectue chaque année.

Ingvar Kamprad est décédé à 91 ans en Suède.

Crédits: AFP

C'est par un tweet que le monde entier a appris la nouvelle du décès du fondateur d'Ikea, à 91 ans: «Ingvar Kamprad est parti calmement chez lui dans le Småland (sud du pays). Il était né en 1926 dans le Småland et avait fondé Ikea à 17 ans», a publié IKEA Suède sur le compte du réseau social dimanche 28 janvier en fin de matinée.

Né dans une famille de paysans en 1926, le jeune homme, peu attiré par les études, s'était orienté vers le commerce dès l'adolescence et avait fondé Ikea à 17 ans. Ikea du nom du fondateur de la marque (Ingvar Kamprad), du nom de la ferme de ses parents (Elmtaryd) et du nom de son village (Agunnaryd). Une marque appelée à un bel avenir. Avant de créer Ikea, il avait vendu des allumettes, qu'il livrait à vélo, puis des stylos, cadres pour photos, objets de décoration, machines à écrire,... En 1947, à 21 ans, il propose ses premiers meubles, fabriqués par des artisans de la région. Dès 1951, il publie son premier catalogue (désormais, celui-ci est imprimé à 200 millions d'exemplaires).

Le concept novateur des meubles en kit

En 1956, un de ses employés, devant l'impossibilité de rentrer une table dans un coffre de voiture, démonte les pieds: Ingvar Kamprad et ses équipes voient le potentiel du mobilier en kit, avec ses nombreux avantages (stockage, transport, prix) et décident de réorienter leur production. Cette idée va même devenir très vite la marque de fabrique d'Ikea et va imposer l'entreprise comme le leader suédois, puis européen et mondial de l'ameublement. Et face aux doutes des clients face à ces meubles en pièces détachées et accessibles, il ouvre un premier magasin dans la ville d'Älmhult en 1958: tout un chacun peut venir voir les tables, lits, chaises, canapés et autres armoires et vérifier leur solidité... avant de repartir chez eux avec des cartons.

Rapidement, le concept séduit et l'homme ouvre des filiales à l'étranger. L'Europe d'abord, puis les Etats-Unis et le Canada et le monde entier sont conquis entre les années 1970 et 2000. Partout, c'est le même succès. Le fondateur lui aussi s'exporte: sa réussite financière lui vaut d'être soumis à un régime fiscal trop élevé à son goût. En 1973, il quitte donc son pays natal pour le Danemark. Mais là aussi, il ne goûte que peu les impôts. Quatre ans plus tard, il s'installe en Suisse, à Epalinges (Vaud) où il vivra jusqu'en 2014. Ce n'est que cette année qu'il décide de quitter la Confédération pour venir finir ses jours dans sa région natale.

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Vingt ans plus tôt, il avait dû affronter une tempête médiatique. Un journal avait révélé les liens qu'il avait entretenus étant jeune avec un groupuscule nazi suédois pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Face aux attaques, il écrit à ses collaborateurs une lettre d'excuse, admettant qu'il s'agit là de «la plus grande erreur de (ma) vie», et expliquant ces liens sur une proximité de pensée et d'origines entre sa famille paternelle, d'origine allemande, et des groupuscules d'extrême-droite. Il affirme aussi s'être éloigné de ces milieux dès le début des années 1950 et regretter ces errements.

Autre polémique: les régimes et montages fiscaux du groupe. Si son installation en Suisse était surtout liée à un régime fiscal personnel favorable, il avait aussi au fil des années monté un système complexe destiné à optimiser la fiscalité de la société: fonctions exécutives, stratégie, conception des produits sont basées en Suède, mais l'assise juridique et comptable d'Ikea est répartie entre diverses fondations et sociétés aux Pays-Bas, au Luxembourg, en Suisse et au Liechtenstein. Un montage qui a attiré l'attention de la Commission européenne, laquelle a promis de se pencher sur cette organisation nébuleuse. De son côté, l'entreprise aujourd'hui notamment pilotée par ses enfants, a toujours affirmé être en conformité avec la réglementation européenne.

Un mode de vie économe

Pendant plus de deux décennies, Ingvar Kamprad a trôné au sommet du classement des 300 plus riches de Suisse établi chaque année par Bilan. Voici quelques mois, sa fortune avait été estimée à 43,3 milliards de francs, ce qui en fait aussi la 3e personne la plus riche d'Europe. Cette fortune venait évidemment du système Ikea, associant prix bas, chasse aux coûts, standardisation des produits, autofinancement et design scandinave, mais aussi d'un mode de vie plus que frugal: l'homme s'habillait dans les friperies, et ses voisins d'Epalinges se souviennent encore de sa vieille Volvo, tandis que les commerçants locaux savaient bien qu'il ne fallait jamais oublier de lui octroyer les points fidélité et bons de réduction. Fuyant les médias, il avait toutefois confié dans un entretien à la chaîne de télévision suédoise TV4 en 2016 que cet aspect de sa personnalité était culturel: «C'est dans la nature du Småland, je crois, d'être économe. Si vous me regardez, je pense ne rien porter qui n'ait été acheté à un marché aux puces. Je veux montrer un bon exemple», avait-il expliqué.

Au début des années 2010, il s'était peu à peu mis en retrait dans la tenue des affaires, confiant les rênes d'Ikea et des diverses structures à ses trois fils, Peter, Jonas, Matthias, citoyens suisses. Il avait aussi une fille, Annika Kihlbom, née d'un premier mariage. Sa deuxième épouse, Margareth, était décédée. En 2013 sort un livre choc intitulé Ikea en route vers l'avenir, dans lequel l'auteur affirme que les enfants du fondateur lui ont contesté les droits de la marque et un pourcentage sur les ventes, réclamant que de 20 à 30 milliards de couronnes (2,5 à 3,7 milliards de francs) soient réalloués à la fondation familiale. 

Le groupe Ikea compte en 2018 pas moins de 403 magasins sur les cinq continents, emploie 190'000 personnes et génère un chiffre d'affaires annuel de 38 milliards d'euros.

Dès l'annonce du décès, les hommages ont surgi: «C'était un entrepreneur unique qui a eu une grande importance pour l'économie suédoise, a notamment réagi le Premier ministre suédois Stefan Löfvén auprès de l'agence suédoise TT. Il était aussi une source d'inspiration avec une grande force d'engagement au niveau international et aussi pour le terroir suédois». En Suisse, le syndic d'Epalinges Maurice Mischler a fait part de sa tristesse: «C'était quelqu'un que nous avons beaucoup apprécié à Epalinges. M. Kamprad est rentré en Suède en nous laissant un bon souvenir. D'ailleurs, les appartements protégés pour aînés qu'il a financés par un don de 10 millions sont en passe d'être terminés. La maison va ouvrir dans quelques semaines», a-t-il déclaré.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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