Bilan

Industrie: les dangers du manque de relève

Dans une étude, l’industrie mécanique montre que le défi majeur auquel sera confrontée la branche est celui de l'aggravation du manque de main-d’oeuvre qualifiée.

L'industrie romande devra former 10'000 employés dans les cinq prochaines années.

Crédits: Keystone

Avec plus d’un million d’actifs qui quitteront la vie professionnelle pour prendre leur retraite d’ici à 2030, la relève constitue un enjeu majeur pour les entreprises helvétiques. Le risque d’une aggravation de la pénurie de main d’œuvre qualifiée dans certaines activités est réel d’autant que les progrès technologiques accentuent les besoins.

Lire aussi: La pénurie de main d'oeuvre qualifiée se résorbe en Suisse

Publiée récemment, la dernière enquête réalisée en Suisse romande par le Groupement suisse de l’industrie mécanique (GIM-CH) entre mai et novembre 2017 confirme l’ampleur du défi à relever pour cette branche. Au cours des cinq prochaines années, ses acteurs devraient former 10'000 nouveaux collaborateurs dans les cantons francophones contre 4000 actuellement.

Doubler le nombre de CFC délivrés en Suisse romande

«Sauf à importer massivement des collaborateurs qualifiés, ou à délocaliser leur production en tout ou en partie (ce qui est difficile pour une PME de moins de 50 personnes), un nombre important de sociétés pourraient voir leur développement freiné. La formation d’apprentis est donc une priorité absolue de façon à doubler le nombre de CFC délivrés en Suisse romande au moins», observent le président du GIM-CH Samuel Vuadens et son secrétaire général Antonio Rubino.

Lire aussi: Des seniors contre la pénurie de main-d'oeuvre, préconise Avenir Suisse

Ces derniers ne cachent pas que le défi sera difficile à relever car les jeunes ont «une piètre image de l’industrie», comme le montre le recul de CFC de polymécaniciens et d’automaticiens. Ils soulèvent aussi le risque de surenchère auquel pourraient être confrontés les employeurs pour attirer des apprentis en raison des tensions sur le marché du travail qui affecteront toutes les branches professionnelles. 

Face à cette situation, le GIM-CH conseille aux acteurs de prendre plusieurs mesures afin d’infléchir la tendance. D’abord, ils doivent poursuivre leurs efforts de promotion des métiers de l’industrie pour accroître le nombre d’apprentis. Ensuite, il faut favoriser la formation continue: «dans le cadre d’une ubérisation de l’économie, il est souhaitable que les collaborateurs soient toujours à la page afin de maintenir une haute capacité d’employabilité.»

L'emploi recule

Il s’agit également de faire évoluer les formations afin qu’elles soient adaptées aux besoins de l’industrie. «Il faut éviter à tout prix le décrochage entre les formations dispensées et le marché de l’emploi», insistent les auteurs de l’étude.

En Suisse romande, l’industrie MEM (machines, équipements électriques et métaux) s’appuie sur 2700 entreprises, dont 75% ne compte que 1 à 9 employés. Entre 2011 et 2015, la branche a perdu 1867 emplois dans les cantons francophones. Sur le plan national, elle recensait en 2016 le même nombre de collaborateurs (environ 320'000) qu’en 2011. Sa productivité s’est envolée de 30% en quinze ans. Mais sa rentabilité est jugée insatisfaisante: plus de la moitié des entreprises ont atteint en 2017 une marge EBIT égale ou inférieure à 5%.

Lire aussi: Le débat est lancé autour de la main-d'oeuvre spécialisée

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Du même auteur:

Comment l’Institut de Glion se développe en Gruyère
Le nouveau défi de Bernard Lehmann

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

"Tout ce qui compte.
Pour vous."