Bilan

«Il faut éviter des dégâts d’image»

Président du Conseil national et à la tête de deux organisations faîtières actives dans le tourisme, Dominique de Buman s’exprime sur les rachats de remontées mécaniques par des étrangers.

«Je suis persuadé qu’[investir dans] le tourisme suisse est intéressant à long terme.»

Crédits: Dr

A qui le tour? Après les remontées mécaniques de Glacier 3000, Crans-Montana, Savognin et d’Andermatt-Sedrun, ce sont celles de Saas-Fee qui ont été acquises par un investisseur étranger. Président du Conseil national, des Remontées mécaniques suisses et de la Fédération suisse du tourisme, le PDC Dominique de Buman regrette la frilosité des Helvètes dans l’injection de capitaux dans le tourisme.

Le rachat de remontées mécaniques helvétiques par des capitaux étrangers vous inquiète-t-il?

Ce n’est pas un sujet d’inquiétude comme tel, pour autant que les stations dans lesquelles les acteurs étrangers investissent parviennent à négocier des conditions d’exploitation qui visent à conserver les valeurs et les standards helvétiques. Je pense en particulier à la garantie d’ouverture des domaines skiables et à la stabilité des conditions de travail. Les conventions d’actionnaires offrent la possibilité de régler de tels scénarios. Il faut à tout prix éviter des dégâts d’image nuisibles à l’attractivité d’une station et du tourisme en Suisse. 

Vous pensez à la fermeture des pistes de Crans-Montana en avril dernier…

Les deux organisations faîtières que je représente n’ont la compétence ni de la gestion ni de la commercialisation d’une station. Je m’exprime en outre de façon générale.

Comment le président du Conseil national réagit-il aux nouvelles menaces de fermeture de ce domaine skiable?

Je regrette tout risque d’atteinte à l’image de sécurité qu’offre habituellement la Suisse et qui nous vaut une recrudescence de clientèle étrangère cette année. Mais il appartient aux autorités locales et cantonales d’intervenir sur le plan opérationnel pour que ce genre d’annonces ne se reproduise pas.

Comment expliquez-vous l’arrivée de ces investisseurs étrangers?

Ils investissent dans notre pays en raison de sa stabilité et non pour obtenir forcément un rendement élevé.

Pourquoi les Suisses se retirent-ils de cette branche?

Les investisseurs helvétiques estiment probablement que cette activité n’est pas suffisamment rentable. Ils préfèrent se tourner vers des placements plus lucratifs mais pas automatiquement plus sûrs!

Vous le regrettez?

Bien sûr, parce que je suis persuadé que le tourisme suisse est intéressant à long terme en raison de notre savoir-faire, de la beauté de nos paysages et de la sécurité intérieure.

Les communes doivent-elles détenir une minorité de blocage pour influer sur la stratégie?

Je n’aime pas le terme «blocage». Cela étant dit, les communes doivent être des partenaires. Elles peuvent détenir des actions pour être impliquées. Mais il faut toujours veiller aux exigences de gouvernance. Et les modèles financiers sont presque à chaque fois différents.

On dit que les remontées mécaniques constituent la colonne vertébrale d’une station. Partagez-vous cet avis?

Elles ont un rôle-clé, à côté du secteur de l’hébergement, de la gastronomie et de l’offre culturelle. Il faut également examiner au cas par cas la proportion appropriée entre les activités hivernales et l’offre estivale, qui permet d’optimiser le rôle des remontées mécaniques.

Si elles appartiennent à des investisseurs privés, les remontées mécaniques doivent-elles bénéficier de subventions publiques?

Si l’investisseur est privé, il n’y a normalement pas besoin de subventions publiques, sous réserve d’activités spécifiques et affectées. Autre chose est la prise de participation au capital-actions; la relation juridique est alors différente.

Les remontées mécaniques sont-elles des infrastructures publiques au même titre qu’une route ou qu’une voie ferroviaire?

Non, elles ne sont pas publiques, mais peuvent revêtir un caractère d’intérêt général, comme faisant partie d’un équipement global utile à une économie locale et à une communauté donnée. Une intervention publique peut se justifier parfois, selon le principe de subsidiarité. Les routes et les chemins de fer sont payés par le contribuable, les remontées mécaniques, non, ou alors que partiellement.  

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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