Bilan

Hospitalité: façonner la relève par temps de covid

Des experts du secteur ont apporté leur éclairage sur l’employabilité et l'éducation actuelle des talents de demain. Entre difficultés et solutions, ils dressent un tableau de la situation.

Trouver un emploi dans ce secteur sera difficile en 2021.

Crédits: Pexels

Tomber pour mieux se relever, c’est du moins ce qu’espèrent l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) et le groupe Sommet Education. Alors que l’industrie de l’hospitalité vit des heures sombres du fait d’une pandémie ravageuse, les deux entités internationales se sont associées pour d’ores et déjà préparer la reprise.

Et ce, en organisant une série de webinars regroupant experts et entrepreneurs du monde entier qui échangent sur les enjeux du secteur. Ce jeudi, premier rendez-vous de la liste, la discussion portait sur les thèmes «Emploi et Education».

L’emploi, tout sauf une sinécure

«Honnêtement, trouver un emploi ou un stage en 2021 sera difficile», atteste François Delahaye, COO chez Dorchester Collection. Direct, le cadre ne passe pas par quatre chemins et s’explique: «Si je prends notre exemple, l’objectif premier est de conserver les emplois des employés actuels, c’est pourquoi nous avons gelé nos recrutements.» Représentative de nombre de ses concurrents, la chaîne hôtelière n’embauche plus depuis la crise et n’envisage pas de reprendre de suite.

Néanmoins, Stéphane Rousseau, Chief People Officer (CPO) de Sommet Education, s’est montré plus optimiste: «J’insiste pour rappeler que cette situation est temporaire et donne l’occasion de se réinventer car bien souvent on perçoit l'hospitalité comme uniquement de l’hôtellerie et de la restauration mais en réalité c’est bien plus large que cela.» Pour lui, seuls six mois seront nécessaires afin de redémarrer les activités, le temps d’examiner le champ des possibles.

Mais si, côté postulants, la tâche s’est complexifiée, pour les entreprises aussi, garder un employé n’est plus aussi simple qu’auparavant. «Durant la pandémie, nous avons conservé tous les salaires de l’ensemble des pays à un taux d’activité 100%. Cela a un coût mais les collaborateurs s’en souviendront», souligne le COO de Dorchester Collection. Valoriser son salarié et promouvoir une culture d'entreprise font donc plus que jamais partie des impératifs pour retenir ses talents.

Une vision que partage le CPO de Sommet Education, bien que le réel défi ne soit plus désormais simplement une question de rétention mais surtout d’attractivité. La crise ayant touché ce secteur que l’on pensait invincible, le spécialiste relève l’importance de maintenir un solide réseau de jeunes talents.

Eduquer pour mieux rebondir

Un réseau de futures recrues qui se trouve le plus souvent en cours de formation. Mais alors que la plupart des écoles dispensent leurs cours à distance, via des moyens digitaux de plus en plus perfectionnés, un élément de cette formation 2.0 reste problématique: la pratique.

«Les jeunes ont besoin d’aller sur le terrain pour apprendre les façons de se comporter, de parler, de se tenir face au client mais également d’être au contact d’un mentor qui leur donnera confiance en eux», témoigne François Delahaye, conscient que la situation sanitaire complique les choses.

Fort heureusement, l'éducation, qui ne concerne pas seulement la théorie et son application, signifie également pousser à l'innovation, donner la chance aux débutants. Pour aller dans ce sens, l’OMT et Sommet Education ont décidé d’organiser un concours en juin dernier, l'Hospitality Challenge, afin de favoriser les projets créatifs de cadets du secteur. Parmi près de 600 candidats, 30 finalistes ont pu ainsi obtenir une bourse d’étude complète pour un master ou un MBA au sein de Glion Institut de Hautes Etudes, les Roches ou encore l’Ecole Ducasse.

Trois entrepreneurs présents ce jeudi ont eu l’occasion d’exposer leur concept. Zeynep Demirbilek, depuis l’Espagne, souhaite régler le problème de qualité des livraisons de nourriture. Grâce à sa plateforme Service club delivery, la livraison devient un vrai métier où les coursiers suivent une formation et postulent à des offres en tant qu’employés à part entière.

En direct depuis le Costa Rica, Diego Camacho a quant à lui fait la présentation de HUTS, une plateforme de recrutement qui souhaite devenir un point de contact entre le personnel qualifié qui cherche un emploi et les entreprises du secteur touristique qui en ont besoin. Enfin, Roger Obeid, fondateur de F&B Join, s’est emparé de la question de l’embauche des personnes handicapées en créant une plateforme qui met en avant leurs capacités et non leur handicap.

Des opportunités en dépit de la crise

Véritables disrupteurs de l’hospitalité, ces trois entrepreneurs sont la preuve que la pandémie n’aura pas uniquement engendré que des séquelles négatives. Natalia Bayona, directrice de l’innovation, de l’éducation et des investissements à l’OMT le confirme: «Les opportunités qui se présentent à nous sont considérables. Par exemple, les webinars vont créer de nouveaux profils d’organisateurs d’événements, le télétravail ne nous rendra plus dépendant d’un seul endroit pour postuler à un travail et grâce à un nouveau storytelling, nous allons pouvoir promouvoir différemment une destination touristique.»

Stéphane Rousseau, CPO de Sommet Education, voit également une organisation du travail totalement repensée, davantage sur mandats et qui mixe davantage vie professionnelle et personnelle. Pour conclure, François Delahaye, COO chez Dorchester Collection, voit pour sa part une accentuation persistante de l'attention portée à l’hygiène qui poussera sans aucun doute les établissements vers le haut.

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Julie Müller

Journaliste à Bilan

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud en passant par l'Egypte, quand cette jeune journaliste de Bilan, férue de voyages, n'explore pas les quatre coins de la planète, elle exerce son autre passion: l'écriture. Après avoir consacré la plupart de ses étés à des stages dans les rédactions de Suisse romande (entre autres 20 minutes, Tribune de Genève, L'Agefi et le Temps), la Genevoise s'est arrêtée deux ans à Neuchâtel pour obtenir son Master en journalisme. A présent bien installée dans les rangs de Bilan, elle aiguise ses armes en écrivant pour le magazine et bilan.ch Curieuse, son champ d'action se veut à peu près aussi vaste que celui de l'économie: Management, innovation, luxe, entreprises, immobilier...

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