Bilan

Horlogerie: la peur envahit les communes

La crise qui secoue le secteur entraîne un recul important des recettes fiscales perçues par les collectivités publiques et complique l’élaboration des budgets pour 2017.
  • Au Locle,  la baisse de l’imposition des personnes morales affectera le budget 2017.

    Crédits: Gaetan Bally/Keystone
  • Le groupe Richemont, qui détient notamment Cartier, est le principal contribuable de Villars-sur-Glâne (FR).

    Crédits: Gaetan Bally/Keystone

Les médiocres performances des entreprises horlogères helvétiques suscitent beaucoup d’inquiétude dans les communes où elles déploient leurs activités. Après Swatch Group, leader mondial de la branche, qui a annoncé une réduction de plus de moitié de son bénéfice net au premier semestre 2016, le groupe Richemont vient de publier des comptes décevants. Il s’attend à une chute de 45% de ses gains pour les mois d’avril à septembre.

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Ces résultats, de même que ceux d’autres entreprises et de sous-traitants de la branche, impacteront négativement les recettes fiscales encaissées par les collectivités publiques sur l’impôt sur le bénéfice. L’élaboration des budgets 2017 s’avère d’ores et déjà donc très délicate.

Dans le canton de Neuchâtel, les autorités ont été contraintes d’annoncer un avertissement sur les résultats escomptés pour 2016. Une évaluation intermédiaire des comptes prévoit une envolée du déficit de 14 à 74 millions de francs. La chute des rentrées fiscales estimée à 36 millions représente, à elle seule, plus de la moitié de la détérioration de la situation financière. 

Voir le webdoc: Horlogerie 2016: les stratégies gagnantes

A La Chaux-de-Fonds, les revenus tirés de l’impôt sur les personnes morales proviennent essentiellement de l’industrie horlogère. La comparaison entre les comptes 2013 et le budget 2016 montre une diminution des recettes de 13 millions de francs. Soit l’équivalent du déficit prévu pour cette année. Mais on s’attend à ce que celui-ci s’aggrave encore. «Nous constatons que les entreprises ont réduit le paiement des acomptes car elles s’attendent à payer moins d’impôts», affirme Sylvia Morel, présidente de l’Exécutif. 

Dans la commune voisine du Locle, l’affaiblissement de la conjoncture se répercutera aussi sur les finances. «Le recul des recettes et la hausse des charges, que nous essayons de contenir, affecteront les comptes 2016 et le budget 2017. Ces difficultés sont aussi la conséquence de la baisse de l’imposition des personnes morales qui affecte depuis 2012 l’ensemble des collectivités publiques neuchâteloises», observe Claude Dubois, président de la commune.

Dans le canton de Berne, la situation est délicate à Bienne où se trouvent le siège de Swatch Group et une manufacture de Rolex. Entre les comptes 2013 et le budget 2016, les recettes sur les personnes morales ont reculé de 37,8 à 28,9 millions de francs. «Nous craignons une chute des revenus à leur niveau de 2010 (13,3 millions, ndlr)», indique Silvia Steidle, directrice des Finances de la commune. Face à ce risque, les autorités ont décidé de prélever environ 20 millions de francs dans les «gains comptables issus des biens-fonds du patrimoine financier» entre 2015 et 2017. 

A une vingtaine de kilomètres de Bienne, Saint-Imier, qui abrite le siège de Longines, reste sereine malgré la crise horlogère. «Nous escomptons évidemment un tassement de nos recettes, mais il n’y a aucune raison de s’affoler car nous avons enregistré des revenus record ces dernières années», insiste le maire Patrick Tanner.

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Situé dans la vallée de Joux, Le Chenit héberge plusieurs grandes sociétés horlogères. Ce qui a permis à cette commune d’encaisser des montants très importants au niveau des impôts perçus sur les bénéfices. «Pour l’instant, nous ne sommes pas trop inquiets, mais nous y verrons plus clair dans un mois. Tout dépendra de l’ampleur du ralentissement des affaires sur nos recettes. Le cas échéant, nous serons peut-être contraints de revoir notre politique d’investissement», explique le syndic Stives Morand. 

Dans le canton de Fribourg, le groupe Richemont figure parmi les principaux employeurs privés avec environ 850 emplois. Il est surtout le principal contribuable de Villars-sur-Glâne où il dispose d’un centre financier et de traitement de données informatiques, d’une plate-forme de distribution qui gère la logistique du groupe au niveau mondial et d’une manufacture de montres. Autant dire que la publication des derniers résultats de Richemont a jeté un froid dans la commune. «Même si nous ne pouvons pas encore en tirer des conclusions sur nos revenus, il n’en demeure pas moins que cette situation nous inquiète», affirme le chef des Finances Olivier Carrel. 

Dans le canton de Genève, où sont aussi présentes Rolex et Richemont mais aussi Patek Philippe, la situation semble moins périlleuse car le matelas sur lequel reposent les recettes fiscales est plus large, donc plus à même d’encaisser les chocs de la conjoncture.  

«Les prochaines années seront difficiles»

Même si l’horlogerie parvient à se redresser, l’avenir ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices en raison de la 3e réforme de l’imposition des entreprises. Laquelle entraînera une baisse importante des recettes fiscales. Prenons deux communes figurant parmi celles qui enregistreront des pertes importantes. D’après son maire, Saint-Imier est la commune bernoise la plus touchée. Elle s’attend à une chute d’environ 40% des revenus tirés de l’impôt sur le bénéfice des sociétés.

Pour anticiper ces pertes, ses responsables ont créé un fonds spécial qui a été alimenté pour la première fois en 2015 à hauteur de 2 millions de francs. Dans le canton de Fribourg, Villars-sur-Glâne est la commune la plus dépendante de l’activité des entreprises: ses recettes en sont tributaires à hauteur de 57% (au budget 2016). «Comme elles reculeront dans une ampleur que l’on ne parvient pas encore à mesurer, les prochaines années seront difficiles», observe Olivier Carrel.

La pression sur les revenus des collectivités contraindra donc les autorités à faire des choix douloureux sur leurs prestations. 

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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