Bilan

Hollande va-t-il plomber la carrière de Gayet?

Avoir une liaison avec le président de la République, est-ce bon ou mauvais pour une carrière? Ultra mauvais, estiment les acteurs et producteurs romands. Enquête.

Il y a 22 ans, les téléspectateurs de AB productions découvraient une jeune actrice, Julie Gayet, dans une saga baptisée «Premiers baisers». Contacté, Claude Berda, patron du groupe AB propriétaire d’une vingtaine de chaînes TV, confirme: «J’ai le souvenir d’une jeune femme très bien, posée et déterminée sur sa carrière de comédienne.» Mais c’est un autre «premier baiser» qui va lui apporter la notoriété: le baiser du Président de la République.

En quelques jours, le web aura enregistré des millions de requêtes sur Julie Gayet, l’amante du président Hollande, pulvérisant des années de labeur pour un résultat honorable mais confidentiel: d’abord figurante dans Bleu de Krzysztof Kieslowski, elle décrochera un rôle dans La petite apocalypse, de Costa Gavras, elle donnera la réplique à Michel Piccoli et Marcello Mastroianni dans Les cents et une nuits de Simon Cinéma, se rendra populaire dans Delphine: 1/ Yvan: 0 de Dominique Farruggia en 1996. Et elle apparaît dernièrement dans Quai d’Orsay, de Bertrand Tavernier.

Ce baiser va-t-il rendre justice à un talent qui n’a pas réussi à percer? C’est ce que, dans un premier temps, l’effet euphorisant de la Toile a fait penser. Cette love affair serait le meilleur des énergisants pour une carrière qui ne décollait pas. Mais à y regarder de plus près, rien n’est moins sûr. Dans le milieu culturel romand, en tout cas, le scepticisme prévaut. «Cette surexposition n’est pas favorable à sa carrière, estime Anne Bisang, ancienne directrice de la Comédie de Genève, aujourd’hui productrice indépendante. Car ce nouveau rôle la censure, induit le soupçon d’une illégitimité. D’ailleurs, Carla Bruni ne s’est que peu produite durant le mandat présidentiel de son mari.»

La comédienne et humoriste Brigitte Rosset ne dit pas autre chose: «Je n’aimerais pas me retrouver dans cette situation, car en tant qu’acteur, on sait que la notoriété qui paye, c’est-à-dire celle qui ouvre des portes et aide à financer des projets, est celle qui vient de son travail. Quand le monde parle de vous pour autre chose que votre métier, ce n’est pas bon.» Brigitte Rosset en sait quelque chose: victime d’un burn out, elle a souvent été sollicitée pour en parler. Elle s’est vite rendu compte qu’il valait mieux en faire un spectacle plutôt que d’incarner la victime qui témoigne.

"Stämpel sur le front"

«Il ne faut pas confondre notoriété et légitimité, synthétise Michaël Foessel, philosophe spécialiste de philosophie politique. Désormais, Julie Gayet sera à jamais connue comme la maîtresse du président. La reconquête de son autorité professionnelle sera difficile». Difficile à croire en effet qu’un réalisateur engage l’actrice et réalisatrice Julie Gayet juste pour faire de l’audimat. Car son image publique est désormais celle d’un seul et unique rôle: l’amante du président.

«Elle porte désormais un gros stämpel sur le front, estime l’actrice Natacha Varga Koutchoumov. J’imagine que son agent doit s’arracher les cheveux, car les réalisateurs ne vont pas chercher les gens connus pour de mauvaises raisons. Alors peut-être obtiendra-t-elle des propositions pour des séries télé, qui certes, permettent de manger, mais les films d’auteur, pour elle, c’est probablement fini.» «En revanche, si elle se fait virer par François Hollande, elle acquerra peut-être le statut de victime. La femme sacrifiée, ça peut intéresser et la relancer», lance la comédienne Brigitte Rosset.

Interrogée, la réalisatrice franco-suisse Ursula Meier est moins tranchée que les acteurs: «Si un réalisateur désire vraiment tel acteur pour son film, il peut passer outre à une réputation. On reconnaît les immenses comédiens à leur pouvoir de faire oublier leur personne au profit du rôle. J’ai personnellement croisé Julie Gayet, je l’estime en tant qu’actrice et productrice, je pense qu’elle a un vrai talent. Mais elle n’a pas la renommée d’une Marilyn Monroe ou d’une Meryl Streep, c’est sûr. C’est donc difficile de faire des pronostics.»

En tout cas, pour le moment, l’actrice, productrice et réalisatrice a essuyé un premier plâtre: sa nomination au jury de la Villa Médicis a été rejetée hier par la ministre de la culture, Aurélie Filippetti. «Elle subit involontairement le destin de ceux qui se sont exposés dans leur intime», résume Michaël Foessel. «Ca doit être dur pour elle, car entrer à la Villa Médicis, c’est entrer dans un monde chic et mondain qu’elle semblait rechercher», conclut Natacha Varga Koutchoumov. Reste à savoir si l’Elysée pourrait lui faire oublier les jardins à la romaine.

Laure Lugon

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."