Bilan

Hollande déclare la guerre aux «dérives de l'argent»

François Hollande a annoncé mercredi la création d'un office central de lutte contre la fraude et d'un parquet financier pour les affaires de corruption et de grande fraude fiscale.
François Hollande a dévoilé mercredi son plan pour moraliser la vie politique française. Il inclut la création d'un office central de lutte contre la fraude et d'un parquet financier dédié aux affaires de corruption et de grande fraude fiscale.

Le chef de l'Etat a prévenu lors d'une conférence de presse qu'il serait «intraitable» sur la mise en oeuvre de la loi sur la transparence politique. Elle a été décidée dans l'urgence après le séisme politique déclenché par Jérôme Cahuzac, ancien ministre du Budget qui a menti sur l'existence de comptes clandestins à l'étranger.

Cette affaire révèle «la nécessité d'une lutte implacable contre les dérives de l'argent, la cupidité et la finance occulte», a déclaré le président à l'issue de la séance du Conseil des ministres. «Les paradis fiscaux doivent être éradiqués en Europe et dans le monde parce que c'est la condition pour préserver l'emploi».

«La défaillance d'un homme ne doit pas jeter le discrédit, le soupçon sur les élus qui se dévouent pour le bien public sans en retirer le moindre avantage», a-t-il poursuivi.

Autorité indépendante

Une haute autorité «totalement indépendante» contrôlera les déclarations de patrimoine et d'intérêt des ministres, des parlementaires, des responsables des exécutifs locaux et des grandes administrations, dont le Conseil constitutionnel.

Présidée «par une personnalité nommée en conseil des ministres, après avis du Parlement», cette instance comptera «six membres issus de la Cour de cassation, du Conseil d'Etat et de la Cour des comptes», précise Matignon dans un communiqué.

Opération de diversion

Au plus bas dans les sondages en France, confronté à des demandes répétées de l'opposition d'un remaniement gouvernemental après l'éclatement de l'affaire Cahuzac, le président socialiste a voulu afficher sa fermeté.

Pour le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, les mesures annoncées par François Hollande ne sont toutefois «pas du tout à la hauteur du scandale qui touche le gouvernement». «L'opération de diversion continue», a-t-il dénoncé.

Répondant aux critiques, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a mis la droite au défi de voter la loi sur la transparence politique présentée par le président. Celle-ci sera présentée le 24 avril au Conseil des ministres et est appelée à être votée avant l'été.

Selon ces nouvelles règles, les patrimoines des ministres et des élus seront publiés et vérifiés. Ainsi, les 37 membres du gouvernement dévoileront d'ici lundi leur patrimoine. Un «déballage» dénoncé par de nombreux parlementaires.

Banques transparentes aussi

Les politiques ne seront cependant pas les seuls concernés par les nouvelles mesures. A l'avenir, les banques françaises vont devoir publier la liste de leurs filiales à l'étranger, avec la nature de leurs activités.

François Hollande veut que «cette obligation soit également appliquée au niveau de l'Union européenne et demain étendue aux grandes entreprises».

François Hollande a par ailleurs exclu tout retour à l'Assemblée nationale de Jérôme Cahuzac. Ce dernier, selon des sources parlementaires, y songerait. La loi ne l'empêcherait pas de le faire. «Il y a, je pense, une question de conscience», a fait remarquer le président.

Jean-Marc Ayrault a de son côté approuvé la création d'une commission d'enquête parlementaire sur l'action du gouvernement à partir de la mise en cause de Jérôme Cahuzac par le site d'informations Mediapart, le 4 décembre 2012. Les deux principaux partis politiques représentés à l'Assemblée, l'UMP et le PS, s'y sont déclarés favorables.

Cap inchangeable

François Hollande a aussi opposé une fin de non-recevoir aux ministres et à la gauche de la majorité qui réclament un changement de cap économique pour ne pas céder à l'austérité imposée par l'Union européenne.

«Le sérieux budgétaire, ce n'est pas l'austérité», a-t-il affirmé. «Le sérieux, c'est le cap, la croissance. C'est l'objectif, l'emploi. Cette politique a été fixée, je n'en changerai pas». «Aucun ministre ne peut remettre en cause la politique qui est conduite, qui n'est pas l'austérité», a-t-il insisté.
Christine Talos

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