Bilan

Helsana dénonce la surconsommation médicale

Dans une étude, la caisse-maladie relève que le volume des soins de santé (nombre et durée des consultations, achats de médicaments, etc.) a fortement augmenté ces dernières années.

Selon Helsana, c'est la hausse de la consommation qui explique l'augmentation des coûts de la santé.

Crédits: AFP

A deux semaines de la publication des primes de l’assurance-maladie de base pour 2020, Helsana sort du bois. La plus grande caisse-maladie du pays montre dans une étude portant sur la période 2012-2017 que c’est le volume de consommation des soins de santé qui explique la progression de 25% à 32,3 milliards de francs des prestations brutes (montants versées par les assureurs avec la participation des assurés aux frais) de l’assurance obligatoire des soins.

«L’évolution du volume des prestations reste un défi de taille. Il s’avère que les patients sont traités de plus en plus souvent, de manière plus intense et par de plus en plus de fournisseurs de prestations», affirme son auteur Pius Gyger. Cette étude a été réalisée sur la base des données anonymisées des 1,2 million d’assurés d’Helsana, puis celles-ci ont été extrapolées à l’ensemble de la population. Voici ses principales conclusions:

1.Le nombre et la durée des consultations augmentent

Le nombre moyen de consultations par assuré chez des spécialistes augmente de 2,4 à 3,0 (+23,3%), contre une progression de 1,1 à 1,4 (+22,4%) dans les services hospitaliers ambulatoires et une hausse de 3,8 à 4 (+5,6%) chez des médecins de premier recours. Le canton du Jura enregistre le taux de croissance le plus faible pour les spécialistes. Dans les autres cantons, celui-ci est parfois supérieur à 50%.

«Une morbidité accrue de la population globale ou une évolution des préférences des patients ne suffisent pas à expliquer ce changement. Les raisons résident plutôt dans les conditions du marché de la santé induites par l’offre», constate Pius Gyger.

Si la durée de consultation moyenne chez les médecins de premier recours baisse en moyenne de deux minutes, elle progresse en revanche de 36 à 39 minutes chez les spécialistes et de 45 à 53 minutes à l’hôpital.

2.Les prestations médicales progressent

Calculées en points TARMED (tarif de la pratique médicale en cabinet et dans le domaine hospitalier ambulatoire), les prestations fournies augmentent massivement: de 3,7 à 5,6 milliards de points (+51 %) chez les médecins spécialistes, de 3,1 à 4,3 milliards de points (+39 %) dans les services hospitaliers ambulatoires et de 2,4 à 2,9 milliards de points (+21 %) chez les médecins de premier recours.

3.Les achats de médicaments s’envolent

Le volume de médicaments vendus dans les pharmacies suisses, chez les médecins et lors de traitement hospitaliers ambulatoires s’est envolé respectivement de 47 millions à 60 millions (+28%), de 32 à 41 millions (+28%) et de 8 à 12 millions (+50%).

4.L’échographie passe devant la radiographie

Si l’utilisation des appareils de radiographie augmente relativement peu, de 2,6 à 2,7 millions, l’échographie grimpe en revanche de +37% (4,1 millions). C’est aussi le cas pour le recours aux scanners (+45%) et pour l’imagerie par résonance magnétique (+49 %). Mais leur usage calculé en volume reste mesuré.

5.Les analyses de laboratoire grimpent

Le nombre d’analyses a progressé de 83 millions à 117 millions (+41%). Parallèlement, le nombre facturé par bénéficiaire a augmenté d’environ +23 %.

«Les possibilités de diagnostics qui n’ont de cesse de s’étendre sont sollicitées de plus en plus fréquemment. Cette tendance répond sans doute aux besoins de clarification des patients et des médecins. A cela s’ajoute le fait que l’infrastructure requise est assez simple d’accès», relève Pius Gyger.

6.Trop d’urgences bénignes à l’hôpital

Le volume des consultations d’urgence à l’hôpital progresse de +37%. «L’hypothèse selon laquelle la majeure partie de ces consultations portait en définitive sur des problèmes médicaux mineurs semble logique. Sur l’ensemble de la Suisse, on peut supposer qu’il y a plus de 200'000 cas qui n’auraient pas impérativement nécessité un traitement dans un cadre hospitalier», estime l’étude de la caisse-maladie.

7.Les séjours stationnaires reculent

A l’hôpital, le nombre de cas dans le domaine stationnaire (accident compris) augmente d’environ 65'000 depuis 2013 (+5%). A l’inverse, les journées de soins en cas de séjours stationnaires diminuent d’environ un million. Dans le domaine ambulatoire, le nombre des consultations progresse d’environ trois millions (+18%).

Selon Helsana, la hausse du volume de prestations résulte de mauvaises incitations. «L’octroi de prestations est contrôlé par les patients et les fournisseurs de prestations (notamment les médecins). Un tel système comporte un risque de relance quasi-réciproque des volumes sollicités par les fournisseurs de prestations et les patients et de hausse incontrôlée de l’augmentation du volume des prestations.»

Pour contenir les coûts de la santé, Helsana estime que la coordination et la gestion de la fourniture de prestations médicales est primordiale.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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