Bilan

Hausse des primes maladies: le retard numérique souligné

Alors qu’Alain Berset vient d’annoncer ce jeudi 28 septembre une hausse moyenne de 4% des primes d’assurance maladie, le cabinet KPMG Suisse publie une étude sur les économies réalisables grâce à la digitalisation du système de santé. Le retard du pays est mis en avant.

La numérisation du dossier patient permettrait d'économiser 300 millions de francs uniquement sur les démarches administratives.

Crédits: AFP

300 millions de gains potentiels par an, uniquement sur les démarches administratives dans le parcours du patient. C’est en substance l’économie immédiatement réalisable sur les dépenses de santé, et ce, dès l’introduction du dossier électronique selon une étude publiée ce jeudi 28 septembre par la branche suisse du cabinet KPMG.

Trois points mis en avant: l’enregistrement du patient, la prise de rendez-vous et l’échange de l’historique du patient entre les différents médecins ou établissements. Trois démarches considérablement réduites par la digitalisation du dossier, comme le détaille Marc-André Giger, spécialiste «industrie de la santé» chez KPMG: «Dans un système digitalisé, plus besoin d’émettre des papiers pour passer du généraliste au spécialiste. La transmission d’information est simplifiée et sécurisée. Quand on voit que des radios sont encore transmises par voie postale aujourd’hui, on constate que des économies sont facilement réalisables.»

Lire aussi: Santé: des coûts trop élevés pour une qualité moyenne

300 millions, la «partie émergée de l’iceberg».

Dans le détail, 87 minutes, correspondant à 59 francs, sont ainsi économisées sur le parcours du patient. Rapportée à 16,8 millions de consultations et 1,4 millions de cas d’hospitalisation (données OFS), l’économie potentielle avoisinerait les 296 millions de francs.

Détail des gains du dossier électronique au cours du parcours du patient (source: KPMG)

 

L’économie annoncée reste modérée en comparaison des plus 71,4 milliards (chiffres de 2014) du coût global de la santé en Suisse. Toutefois, pour Marc-André Giger, le gain potentiel de la digitalisation pour le secteur de la santé s’étend bien au-delà de la simplification administrative ici mesurée: «La généralisation  du dossier électronique est un premier pas. Ces 300 millions ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Digitaliser le dossier permettra en outre d’éviter des pertes de données, des distributions en double de médicaments, car la première prise n’a pas été enregistrée.

Lire aussi: La Suisse dépense toujours plus pour la santé

Les smartphones permettent déjà une collecte intéressante de données médicales qui peut simplifier les diagnostics, voire introduire une part d’autodiagnostic. Les économies potentielles sont beaucoup plus conséquentes.» KPMG rappelle que l’OFS et le SECO avaient estimé que la digitalisation des données patients pouvait à elle seule faire gagner 1,6 milliards au système de santé à l'échelle nationale.

Qu’attend la Suisse?

La stratégie «Santé 2020» du Conseil Fédéral, prévoit la généralisation du dossier électronique pour 2020 pour les hôpitaux. Une démarche qui arrive relativement tard en comparaison internationale, comme le souligne Marc-André Giger de KPMG : «le pays affiche déjà 5 ans de retard sur le Danemark en la matière. Une partie de la cause peut se trouver dans le lobbying de certains prestataires, ainsi que de groupes actifs dans la protection des données.»

Qui plus est, les EMS disposeront de deux ans de plus pour digitaliser les données, et les cabinets médicaux et l’ambulatoire d’une manière générale ne sont soumis à aucune obligation en la matière. La réussite du programme dépendra donc en partie de la bonne volonté des médecins de famille, comme le rappelle Marc André Giger: «Il faut notamment les convaincre d’investir dans du matériel informatique pour suivre le mouvement. Mais on peut compter sur la pression des familles pour les y inciter.»

Lire aussi: La hausse des coûts de la santé en ligne de mire

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Du même auteur:

Les sociétés de conseil rivalisent avec l’IMD
Comment la sécurité se déploie aux frontières entre la France et la Suisse

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."