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Grand Genève: un vent de renouveau?

Mobilité, logements, cofinancements: le projet d’agglomération franco-valdo-genevoise, impopulaire, pourraît renaître de ses cendres. Mais il affiche encore peu de réalisations concrètes.
  • Le Grand Genève souffre d’un déficit d’image, en particulier du côté suisse de la frontière.

    Crédits: Gaetan Bally
  • Pour Vincent Mottet, directeur financier à l’Etat de Genève, il y a un impératif à coopérer. 

    Crédits: Keystone
  • Source: Pôle emploi-Dares, STMT, traitements Dares.

    Crédits: Pôle emploi-Dares
  • Source: OCSTAT - Statistique des frontaliers

    Crédits: OCSTAT

Depuis quelques années, le Grand Genève est devenu un concept impopulaire, en particulier du côté suisse de la frontière. Le Grand Genève, c’est ce projet d’agglomération transfrontalière composée de quatre entités situées en Suisse et en France: le canton de Genève et le district de Nyon du côté suisse, et une partie des départements de l’Ain et de la Haute-Savoie du côté français.

Marier un bout de la Suisse romande avec la France voisine a pu paraître attrayant au début des années 2000.

Ce vivier dynamique porte sur une population de 946 000 habitants, répartis dans 212 communes (45 sur Genève, 47 sur Nyon, 42 dans l’Ain et 78 en Haute-Savoie). Si, sur papier, il est admis qu’un potentiel élevé existe dans l’union des forces en termes d’urbanisation, mobilité, logement, économie, environnement, formation, santé, culture et relations internationales, les échéances politiques et électorales sont loin de le confirmer.

«Nous avons eu un accident politique qui a effectivement stoppé l’élan, resté positif jusqu’au 18 mai 2014: une votation où le peuple genevois a refusé le financement de 5 parkings-relais (P+R)», souligne Peter Loosli, membre du Forum d’agglomération du Grand Genève, adossé au Groupement local de coopération transfrontalière (GLCT). Cette dernière structure, franco-suisse, est présidée par le conseiller d’Etat François Longchamp. De justesse, le peuple genevois a dit non aux P+R, influencé par le Mouvement citoyens genevois (MCG) et ses arguments moyennement objectifs, estime Peter Loosli, défenseur de longue date du Grand Genève transfrontalier: «Ces parkings-relais nécessitaient un minuscule crédit de 3 millions de francs suisses, faussement présenté comme une forme d’aide au développement pour la partie française du Grand Genève. Depuis lors, regrette-t-il, plus aucun projet de loi n’a été proposé au Grand Conseil, pour financer quoi que ce soit.»

En effet, depuis l’échec de mai 2014, le Grand Conseil n’a plus été saisi de projets traversant la frontière. Le maître mot est de financer tout ce qui s’arrête à la frontière, et laisser le voisin français financer le reste. Une tendance, donc, aux cofinancements de projets communs, chacun s’arrêtant à sa frontière. «Finalement, c’est un mal pour un bien, estime Peter Loosli: ainsi, on va clairement savoir quel franc est investi dans quelle infrastructure, et chacun assumera sa partie. Cela permet d’évacuer le sentiment – au demeurant complètement faux – qu’on se fait exploiter par l’autre partie. Je suis à 100% favorable à ce que chacun finance le tronçon qui le concerne, le but final étant que tout puisse être financé à l’échelle métropolitaine.»

Un mode de cofinancement dont le projet CEVA (liaison ferroviaire Cornavin - Eaux-Vives - Annemasse) est exemplaire, avec une clé de répartition transparente. La société Lémanis, joint-venture entre les CFF et la SNCF, chargée de la planification et de la promotion des trains Léman Express (qui vont relier 45 gares sur 230 km, y compris les 16 km de la ligne CEVA), fait aujourd’hui figure de modèle. Mais le CEVA et Léman Express sont l’exception qui confirme la règle. Antoine Vielliard, maire de Saint-Julien-en-Genevois, déplore qu’il n’y ait eu «aucune avancée sur le plan des cofinancements des infrastructures, pourtant rendues nécessaires par le fait que Genève a exporté 3500 de ses habitants chaque année depuis vingt ans vers la France voisine, en raison de la pénurie de logements».

Une montée des tensions dès 2009

Pourquoi cette désaffection pour la matière transfrontalière? Si l’on remonte quelques années avant cette votation, il s’avère que la période de 2010-2012 a été fatale au projet Grand Genève. Tout s’est conjugué pour favoriser un enterrement de première classe de l’idée même d’agglomération franco-valdo-genevoise, à la fois sur les plans économique, politique et géopolitique. 

D’une part, Genève, l’un des plus importants centres de gestion de fortune offshore jusque-là, a été marquée dès 2009 par la fin du secret bancaire international. La France était alors en première ligne des attaques contre la Suisse, pour venir à bout du secret bancaire. Autant dire qu’en matière bancaire, tout ce qui était transfrontalier n’avait plus la cote, et la convention de «non-double imposition» des résidents des deux côtés de la frontière a été abolie à la suite de cet épisode, rendant la fiscalité défavorable, notamment en cas de succession. Une longue période de prospérité facile s’achevait pour Genève, et le marché de l’emploi s’en est trouvé fragilisé. 

Au même moment, le franc suisse s’est fortement apprécié contre l’euro, rendant la Suisse romande moins compétitive et mettant sous forte pression les marges des entreprises proches de la frontière ainsi que l’emploi. 

La cherté de la main-d’œuvre en Suisse a favorisé le recrutement de frontaliers par les entreprises basées sur sol helvétique, qui pouvaient ainsi disposer de compétences égales à meilleur prix. L’afflux de titulaires d’un permis frontalier n’a cessé de croître, passant le cap des 100 000 personnes pour la première fois en 2016. 

Dès 2009, cette situation a créé un terreau propice au rejet par la population locale, qui a favorisé la montée en puissance du MCG, aidé aussi par l’insécurité liée à la délinquance venue de France voisine. Entre 2010 et 2011, le nombre d’infractions dans le canton a bondi de plus de 10%, passant de 62 000 à plus de 70 000, en raison des vols et cambriolages. On parlait des gangs lyonnais ou grenoblois, et de malfrats locaux de Haute-Savoie.

La collaboration transfrontalière a donc surtout revêtu l’aspect, durant ces années, d’opérations menées conjointement par la police lyonnaise et genevoise pour débusquer ces organisations. En 2014, Saint-Julien faisait encore état de chiffres de criminalité en hausse avec une recrudescence des cambriolages. Annemasse étant alors zone de sécurité prioritaire, avec un contingent policier renforcé, la délinquance se déplaçait naturellement vers Saint-Julien et vers Genève. 

Actif depuis 2005, le MCG n’a réellement percé qu’à partir de 2009, quand nombre de ces facteurs se sont conjugués pour lui conférer une caisse de résonance plus vaste. Entretenant un discours antifrontaliers, le MCG a profité du contexte géopolitique. A partir de 2012, la vague d’attentats sans précédent en France (Mohammed Merah, «Charlie Hebdo», Nice…) offrait un spectacle insécurisant et repoussant du grand voisin de la Suisse. 

La crise de l’euro, qui a battu son plein durant la même période (2010-2012), a fait monter en flèche le sentiment eurosceptique, souverainiste et anti-adhésionniste, si bien que vouloir lier son destin économique aux départements voisins pouvait ressembler, pour Genève, à la volonté d’embarquer sur un bateau qui coule. 

Malgré le scepticisme, les partenaires continuent d’avancer

Ce n’est qu’en mai 2012 que le projet d’agglomération, qui se nommait jusque-là Agglomération franco-valdo-genevoise, a été rebaptisé, dans un grand élan d’optimisme, du nom de Grand Genève. Mais ce terme est rapidement devenu un gros mot. La dégradation des conditions économiques de l’Ain et de la Haute-Savoie, où le nombre de demandeurs d’emploi a doublé entre 2008 et 2016, explique aussi les craintes des Genevois. 

Pour les partisans du Grand Genève, l’argument du sous-développement de la partie française n’a toutefois pas de sens. «Nous formons un tout, fonctionnel, qui constitue un pôle métropolitain, affirme Peter Loosli. Le phénomène de la métropolisation est en cours partout dans le monde.» D’autres défenseurs du Grand Genève parlent de nécessité. «Le projet d’agglomération a certes connu des hauts et des bas, estime Vincent Mottet, directeur financier à l’Etat de Genève et auteur de «Construire une agglomération transfrontalière, méthode pour surmonter les contradictions normatives». Mais ce projet est parti d’un constat, qui est celui d’une réalité: quel risque prend-on à ne pas construire cette agglomération, et que chacun vive de son côté, avec ses propres normes? On se plaignait auparavant d’avoir sous-investi dans la région. Sans ce projet, il n’est pas certain qu’on aurait beaucoup investi ces dernières années.»

«Je pense que le Grand Genève est indispensable, un projet majeur et extrêmement utile, plaide aussi Antoine Vielliard, maire de Saint-Julien-en-Genevois. Il y a une agglomération qui est transfrontalière sur deux pays, elle a des problèmes à résoudre, et on ne peut les résoudre qu’ensemble. C’est un outil qui est à disposition pour régler les questions de mobilité, aménagement, logement et emploi, qui concernent tous les habitants de cette région, où qu’ils se trouvent.»

Vincent Mottet explique que, si la votation sur les parkings a eu pour effet indésirable de hérisser une partie de la population, il n’en reste pas moins que les acteurs du Grand Genève n’ont en réalité jamais cessé de discuter, sur des plans où une coordination est indispensable. Il cite en exemple la gestion intégrée et transfrontalière de l’eau: «La quasi-totalité des cours d’eau traverse la frontière. Si les partenaires ne s’entendent pas sur une gestion commune de l’eau, on arrive à une situation absurde où on pollue en amont et cela se retrouve en aval. On s’est ainsi mis d’accord projet par projet, cours d’eau par cours d’eau, à l’instar de l’Allondon.» Il évoque aussi les discussions sur la qualité de l’air, la construction d’infrastructures, la fluidification du trafic, le rééquilibrage des logements et des emplois. «Toutes ces questions continuent d’être discutées entre la France, Genève et Vaud, de manière discrète. Ces projets ne s’arrêtent pas. Les résultats, nous les aurons peu à peu. Tous les budgets sont d’ailleurs publics.»

Entre-temps, le vent semble être redevenu plus favorable. Alors que le MCG, deuxième parti du canton, culminait en 2013 à 20 sièges au Grand Conseil, il a amorcé son déclin dès 2015, avec la non-réélection du fondateur du parti, Eric Stauffer, dans son propre fief d’Onex. Aujourd’hui, l’absence de leaders charismatiques à la tête du parti laisse planer le doute sur son avenir.

Une trêve bienvenue pour le Grand Genève? «J’observe une diminution sensible des tensions et de l’émotionnel qu’il y a pu y avoir au niveau des administrations, indique Vincent Mottet. On peut discuter de manière apaisée, plus sereine, de ce qui est souhaitable ou non. Les partenaires prennent conscience de l’incidence que chacun a sur l’autre côté de la frontière lorsqu’il prend une décision. En particulier au niveau de l’emploi, il paraît évident qu’il n’est pas souhaitable d’avoir un quasi-vide autour de la ceinture de Genève et une très forte concentration ailleurs.»

Certains projets phares du Grand Genève connaissent des avancées plus visibles, car leur utilité n’est plus à prouver. C’est le cas du CEVA. «Des recours sont déposés, observe Peter Loosli, mais qui ne font que suivre le principe «not in my backyard». L’intérêt supérieur est majeur pour l’ensemble de la population, donc le projet n’est absolument pas remis en cause, bien au contraire», se félicite-
t-il. Le lancement du réseau ferroviaire transfrontalier est prévu pour décembre 2019.

Le défi du logement à surmonter

Pour la suite, les priorités sont la mobilité et le logement. Là, rien n’est gagné. Pour Peter Loosli, «la priorité absolue côté genevois, vaudois, français, c’est la mobilité. Il y a un consensus sur le fait que c’est une perte économique pour tout le monde que de laisser les gens passer des dizaines d’heures dans les transports. C’est un facteur de compétitivité majeur.» Sous la nouvelle appellation «Le Genevois français-Pôle métropolitain», le groupement des municipalités françaises faisant partie du Grand Genève sera entériné le 5 mai 2017 à Archamps. Selon Peter Loosli, l’enthousiasme est réel, «en dépit de l’existence de l’aggloscepticisme sous-jacent, voire atavique, observable de part et d’autre de la frontière».

Le Pôle métropolitain, c’est 120 municipalités françaises, 115 000 emplois jouxtant Genève, et 400 000 habitants, dont quelque 45 000 ressortissants suisses. Accueillant annuellement 10 000 habitants supplémentaires (2,1% par an depuis dix ans), la couronne française de la région urbaine de Genève est ainsi en passe de devenir plus peuplée que le cœur d’agglomération. Le Pôle métropolitain intégrera les discussions du Groupement local de coopération transfrontalière (GLCT). Son objectif sera de pousser en priorité l’idée d’un opérateur de transports en commun unique: une autorité organisatrice de la mobilité.

«Il est grand temps de concrétiser les projets communs, de passer des paroles aux actes, de concert avec la partie genevoise et les autres partenaires naturels publics et privés, à travers les organismes créés à cet effet», prône Peter Loosli.

Pour Antoine Vielliard, la plus grande pierre d’achoppement concerne la pénurie de logements à Genève. «Il y a de petits progrès, la construction de logements commence à augmenter, mais on est loin d’avoir résolu la pénurie», résume-t-il. Dès lors, les habitants ont dû se loger très loin de leur emploi, et le blocage des projets d’infrastructure transfrontaliers à la suite du refus des P+R n’a pas permis d’arranger la situation. Antoine Vielliard place un certain espoir dans le GLCT. Créée il y a trois ans, la structure présidée par le président du Conseil d’Etat inclut des députés genevois, vaudois et des communes et départements français. «Il existe une volonté affichée de relancer le projet, observe le maire de Saint-Julien. Mais le problème de fond, qui est la construction de logements, n’a pas avancé.» 

Moins optimiste, il relève qu’«il n’y a pas d’engagement du canton de Genève sur la construction de logements». Il observe aussi un repli, en particulier lié à la préférence cantonale, au niveau de l’emploi. «Ce qu’on observe dans la réalité, c’est un discours zéro frontalier», lance-t-il. Le conseiller d’Etat Luc Barthassat a en effet annoncé qu’en 2016 il n’y avait eu aucun recrutement de frontaliers aux Transports publics genevois. «Ce qu’Eric Stauffer avait rêvé est mis en place dans les régies publiques genevoises, s’inquiète Antoine Vielliard. Il y a donc une volonté affichée de s’ouvrir, mais dans la réalité on observe la mise en place de politiques discriminatoires.»

Luc Barthassat réplique: «Le Grand Genève est une réalité, l’attractivité de notre territoire va au-delà des frontières de notre canton et l’avenir de notre région se dessine en collaboration avec nos voisins vaudois et français, dit-il. Cela est encore plus vrai dans les domaines qui sont les miens, dans la politique des transports, la protection de l’air ou la qualité des eaux. Mais nous devons aussi être à même d’affronter les réalités locales, qu’elles soient économiques ou sociales. Sur le plan de l’emploi, les collectivités doivent être exemplaires et privilégier le recrutement de chômeurs; il faut commencer par là. C’est ce qu’on fait aux TPG, pour les chauffeurs. Et quand il y aura pénurie de personnel, on verra bien quelle stratégie on voudra mettre en place pour assurer le développement de notre réseau.»

Rappelons qu’au total le nombre de frontaliers a atteint son record historique à Genève en 2016. Antoine Vielliard reproche surtout à ses voisins la pénurie de logements. Il rappelle que ce n’est pas un problème uniquement transfrontalier. «Le district de Nyon a le même problème. Un Nyonnais, c’est un Genevois qui a trouvé un logement, et un Saint-Juliénois, c’est un Genevois qui n’a pas trouvé de logement à Nyon», ironise-t-il.

Avant de rappeler: «Genève s’était engagée – à l’époque du premier projet d’agglomération –  à construire 2500 logements par an, mais n’en construit que 1000 par année,
ce qui est extrêmement peu. En 2002, Genève s’est en outre engagée sur un fonds d’infrastructure transfrontalier de 240 millions sur dix ans, soit 20 millions par an, qui devait contribuer à des trams, bus, etc. Cela n’a jamais été mis en œuvre. Genève a donc bénéficié de cofinancements de Berne sans participer au financement d’infrastructures sur le territoire français; et la situation est gelée depuis l’échec des P+R.» 

Le projet du Grand Genève reste donc suspendu à ces blocages. «Tant que Genève ne construit pas de logements, conclut le maire, cela conduit les habitants loin des réseaux de transports. Or
15 voitures s’ajoutent chaque jour sur les routes de tout le Grand Genève, alors que les routes sont déjà saturées.»

Au final, la balle est, institutionnellement parlant, dans le camp du Conseil d’Etat genevois, conviennent nos interlocuteurs. «Sachant que François Longchamp ne se représentera pas l’an prochain, raisonne Peter Loosli, Pierre Maudet a toutes ses chances d’accéder à cette présidence. Notre sentiment est qu’il est favorable à l’agglomération transfrontalière.» 

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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