Bilan

Glyphosate: Berne reste très tolérante

Le Conseil fédéral, qui a renoncé ce printemps à interdire cet herbicide controversé, a accepté une ordonnance qui augmente les normes autorisées relatives à certains pesticides de synthèse.
  • L’emploi du glyphosate est plus raisonné en Suisse que chez nos voisins européens.

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  • «La position du Conseil fédéral est paradoxale», estime Adèle Thorens Goumaz.

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  • «Il faut offrir de vraies alternatives aux paysans», argumente Isabelle Chevalley.

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L’impact du glyphosate sur la santé et l’environnement a longtemps divisé l’opinion publique, les secteurs de l’agriculture et de la paysannerie, les scientifiques et les politiques dans le monde. Couplé aux puissants lobbys de l’agrochimie, Monsanto, en tête, qui le vend sous le nom de Roundup, l’herbicide n’a  pour l’heure été encore interdit nulle part. Cependant, en Suisse, les consommateurs et les partis politiques se sont emparés du sujet à bras-le-corps.

En effet, le 23 septembre, il s’agira de voter sur l’initiative des Verts «Pour des denrées alimentaires saines et produites dans des conditions équitables et écologiques» et sur celle du syndicat agricole Uniterre «Pour la souveraineté alimentaire». Puis, deux initiatives citoyennes qui ont été déposées cette année à Berne devront être discutées: «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse» et «Pour une eau potable propre». Ainsi, l’avenir de l’agriculture suisse pourrait être 100% bio.

A contre-courant

Fait étonnant, le Conseil fédéral ne suit, pour l’heure, absolument pas la tendance reflétée par ces initiatives qui entendent protéger la nature et la santé des consommateurs. En effet, probablement sous pression de certains lobbys présents à Berne, le Conseil fédéral est sur le point de relever la tolérance des pesticides utilisés en Suisse. Alors que Genève et Vaud planchent sur des plans de sortie du glyphosate sur leur territoire, l’organe exécutif de la Confédération a non seulement renoncé à l’interdire au printemps dernier mais a accepté une ordonnance du Département fédéral de l’environnement (DETEC) qui entrera en vigueur le 1er novembre prochain sur la protection des eaux.

Cette ordonnance augmente les normes autorisées relatives à certains pesticides de synthèse que l’on trouve dans nos eaux de surface. Ainsi, pour l’herbicide controversé glyphosate, la limite maximale admise passerait de 0,1µg/l à 360 µg/l, soit une autorisation 3600 fois plus élevée qu’auparavant. Selon la Vert’libérale vaudoise Isabelle Chevalley, ces normes ne se baseraient sur aucune étude scientifique. «Le Conseil fédéral aurait mieux fait de baisser la quantité de pesticides tolérés plutôt que de relever les normes autorisées.» 

Ce postulat va également, étrangement, à l’encontre du plan d’action adopté par le Conseil fédéral il y a tout juste une année qui vise à réduire les risques et l’utilisation durables des produits phytosanitaires. «Les risques devront être divisés par deux et les solutions à la protection phytosanitaire chimique seront encouragées», explique le texte qui met en avant des mesures réduisant l’utilisation des pesticides. «La position du Conseil fédéral est paradoxale, estime la conseillère nationale Verte Adèle Thorens Goumaz. D’un côté, il estime que le glyphosate n’est pas dangereux pour la santé et l’environnement, mais d’un autre, il a accepté mon postulat pour une sortie progressive du glyphosate sur la base du principe de précaution qui sera voté en septembre.»  

«Plus de courage»

Quant au secteur agricole – qui a longtemps lutté contre l’interdiction de l’utilisation du glyphosate – sa position sur cet herbicide serait sur le point de radicalement changer, estime le médecin et président du PDC genevois Bertrand Buchs, qui a déposé un projet de loi constitutionnelle visant à interdire les pesticides dans son canton. «On connaît maintenant les effets de ces produits sur ceux qui les utilisent. Ces derniers ne veulent plus prendre de risque. Quant au Conseil fédéral, il devrait avoir plus de courage et les interdire définitivement», estime l’élu PDC. 

Pour les adeptes d’un monde sans produit chimique tels que Bertrand Buchs, l’agronomie, la sélection de variétés résistantes aux maladies, les progrès du biocontrôle, la montée en puissance de l’agriculture biologique rendent plausibles l’avènement d’un monde sans pesticide. «Il faut donner du temps à la sortie du glyphosate et offrir de vraies alternatives aux paysans, argumente Isabelle Chevalley. Les agriculteurs n’ont plus le choix. S’ils veulent continuer à miser sur des produits de qualité, ils devront faire mieux que leurs voisins européens, en offrant des produits sans chimie.»

2000 tonnes de pesticides par an

Rappelons que le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé en Suisse. Son emploi est toutefois plus raisonné que chez nos voisins européens car le mûrissement sur pieds y est interdit. Ainsi, ce n’est pas autorisé d’appliquer des produits contenant du glyphosate peu avant la récolte comme cela se pratique dans certains pays sur les céréales afin d’accélérer la maturation. En Suisse, les consommateurs sont ainsi plus exposés avec des denrées alimentaires importées qu’avec les produits locaux.

Chez nous, l’herbicide est employé en particulier pour le renouvellement des prairies, pour éliminer les mauvaises herbes problématiques dans les jachères, pour désherber les voies de chemin de fer et aussi pour lutter contre les mauvaises herbes en arboriculture, en viticulture et dans les espaces publics. Un chiffre reste toutefois alarmant: 2000 tonnes de pesticides sont vendus chaque année dans le pays. 80 à 90% de ces substances chimiques sont répandues sur les champs et les cultures, s’infiltrant par la suite dans les sols et dans les plans d’eau. Au final, elles se retrouvent dans le corps humain. Le combat semble toutefois prometteur grâce à une volonté citoyenne de mieux consommer, prendre soin de soi et de l’environnement. 

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