Bilan

Gilets jaunes: la facture s’alourdit

Alors que l’exécutif français tente d’apaiser le mouvement et éviter un cinquième acte à Paris ce week end, les conséquences des blocages sur le commerce de détail s’aggravent en province. Les mesures de sortie de crise proposées par Emmanuel Macron pourraient coûter 10 milliards à l’Etat.

Le mouvement des Gilets Jaunes et les blocages que ces derniers mènent sur le territoire français vont avoir un impact lourd sur l'économie hexagonale.

Crédits: AFP

Très attendue, le mot est faible pour qualifier l’allocution d’Emmanuel Macron suivie par 21 millions de Français lundi soir. Pas certain pour autant que les décisions annoncées ne solutionnent immédiatement la crise et l’enlisement économique dans lequel l’hexagone plonge jour après jour suite aux blocage des zones commerciales et des centres de distribution.

François Cathalifaud, responsable relation presse pour le groupe Auchan a confirmé à Bilan que le centre de distribution du groupe à Nimes, qui approvisionne les magasins du grand sud jusqu’en région lyonnaise et France voisine et bloqué depuis plus de trois semaines, restait à l’arrêt ce mardi matin encore.

Aggravation des pertes

«L’épicerie est principalement impactée par ce blocage, avec des ruptures sur des produits de base comme la farine, l’huile ou les pâtes», relève François Cathalifaud, qui met en avant une perte globale de 100 millions pour la seule enseigne Auchan, avec des baisses de 50 à 60% du chiffre d’affaires sur le premier week-end de blocage et 20% les suivants.

Des mesures de chômage partiel ont été prises au niveau du dépôt gardois, mais les conséquences sur l’emploi pourraient être plus lourdes selon François Cathalifaud : «Nous embauchons 9000 personnes en fin d’année en contrats courts, mais les magasins n’ayant plus de marges de manœuvre, le chiffre pourrait tomber à 1500.» 

Malgré une mobilisation estimée plus faible par le gouvernement, la fréquentation des centres commerciaux a accusé le week end dernier un repli de 12,5%, plus marqué que les deux week end précédents selon le baromètre Quantaflow FR.

A Epagny, au nord d’Annecy, le centre commercial autour d’Auchan n’a pas été épargné depuis le début du mouvement, avec des barrages filtrant au péage et des défilés de gilets jaunes dans les galeries commerciales. Le King Jouet d’Epagny réalise 50% de son chiffre d’affaires sur la période de fin d’année. Son directeur, Yanick Papetti met en avant un manque à gagner préoccupant, de l’ordre de 50% le premier week end, et 10 à 30% les suivants.

Impact psychologique sur la clientèle suisse

Le commerçant relève un impact psychologique qui touche également la clientèle suisse: «L’image véhiculée à l’étranger n’inspire pas la confiance, même si à Annecy, le mouvement est pacifique et se déroule sans heurts. Les Suisses se déplacent en général pour profiter de la ville et faire leurs courses en même temps, ils sont venus en beaucoup moins grand nombre.»

Yannick Papetti note un «effet amplificateur des réseaux sociaux» et la particularité d’un mouvement sans leader et moins organisé: «On ne connait pas forcément les endroits bloqués, même la veille. Le week end passé, les manifs étaient en centre-ville, mais les gens se sont quand même moins rendus dans les centres commerciaux périphériques par précaution.»

S’il espère un rattrapage sur la fin d’année, Yannick Papetti reste conscient que «les grands gagnants sont Amazon, et les sites de vente en ligne» vers lesquels une partie des achats de noël se sont d’ores et déjà reportés. Selon une étude menée par Opinionway et révélée la semaine passée, 43% des français privilégieraient le commerce en ligne au vu de la conjoncture.

Sortie de crise coûteuse

La situation est d’autant plus critique que le commerce de détail n’est pas seul impacté. Le secteur du tourisme a tiré la sonnette d’alarme et la branche agroalimentaire a annoncé plus de 13 milliards de pertes. Au total, le mouvement aurait déjà coûté 0,1 points de croissance à la France.

Le déblocage aura également un coût. Emmanuel Macron a annoncé lundi soir une série de mesures qui visent une sortie de crise rapide. Des concessions centrées sur le pouvoir d’achat avec notamment une hausse de revenus de 100 euros pour les salariés au SMIC, l’annulation de la hausse des contributions pour les petites retraites, ainsi que la défiscalisation des heures supplémentaires, toutes applicables dès 2019. Coût de la mise en œuvre pour le budget de l’Etat: entre 8 et 10 milliards d’euros.

Le gouvernement peut espérer que l’inflexion de la politique de l’offre vers un soutien à la demande se traduise par une hausse de la consommation des ménages, pour relancer un commerce de détail très affaibli. Dans l’intervalle, le choix se paiera par un creusement de la dette de l’Etat. Le gouvernement a laissé entendre mardi matin que le déficit public pourrait repasser la barre des 3%, l’an prochain. Un écart «strictement temporaire», a tenté de rassurer mardi matin Richard Ferrand, président de l’assemblée nationale française.

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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