Bilan

Genève: le revenu médian a baissé en dix ans

Genève est le seul canton à enregistrer un recul du revenu médian de 51'000 à 50'700 francs entre 2004 et 2014. Une situation qui touche surtout les personnes seules.

Le canton de Genève compte seulement 32% de couples mariés. Laurent Guiraud/tdg

«Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées». Churchill n’avait pas tort. Leur interprétation peut s’avérer délicate et devenir un combat politique et idéologique. Pour preuve, le revenu net des personnes physiques (1) soumis à l’impôt fédéral direct.

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A la lecture des chiffres publiés récemment par l’Administration fédérale des contributions (AFC), on constate que tous les cantons enregistrent une hausse du revenu médian par contribuable entre 2004 et 2014, sauf Genève. Au bout du Léman, il recule de 51'000 francs à 50'700 francs (une moitié dispose d’un montant supérieur et une autre moitié d’un montant inférieur). Un résultat qu’il faut comparer avec la forte hausse du revenu moyen par contribuable. En dix ans, celui-ci grimpe de 70'613 francs à 83'879 francs.

Hausse des revenus élevés, baisse des revenus faibles

A priori, cette dichotomie résulte d’une importante progression des revenus les plus élevés et d’une baisse ou d’une stagnation des revenus les plus faibles. Statisticien à l’AFC, Rudi Peters donne une explication plus nuancée après avoir comparé l’évolution de deux catégories de contribuables.

Il constate que le revenu équivalent (2) net médian  - il permet de comparer le bien-être matériel selon la taille du ménage - des couples mariés a progressé en dix ans de +8% (de 50'200 à 54'208 francs), alors qu’il a reculé de -2,65% (de 33'900 à 33'000) pour les personnes seules.

«Faute de données supplémentaires, nous ne parvenons pas à expliquer la diminution du revenu des personnes seules. «Une comparaison de la répartition du revenu équivalent net de 2014 à celle de 2004 permet néanmoins de montrer que la baisse a surtout touché les revenus de ce groupe issus des deux premiers quartiles», relève Rudi Peters.

Du côté de l’Office cantonal de la statistique (OCSTAT) à Genève, on dispose d’autres chiffres qui correspondent plus ou moins à ceux de l’AFC même si la base de calcul est différente.

Changement de structure des ménages

Pour montrer l’évolution de la situation des contribuables, on prend le revenu brut (le revenu sans aucune déduction) et on ne tient compte que des contribuables ayant résidé toute l’année au bout du lac. Conclusion: entre 2004 et 2013 (dernier chiffre pour obtenir une comparaison sur une base identique), le revenu brut médian des couples mariés a progressé de +10,2% entre 2004 et 2013 contre seulement +1,3% pour les personnes seules.

A l’OCSTAT, la diminution du revenu net médian de 51'000 francs à 50'700 francs constatée par l’AFC pour l’ensemble des contribuables s’explique pour partie par le changement dans la structure des ménages et la définition de la notion de contribuable.

Entre 2004 et 2014, le nombre de personnes seules a augmenté de quatre points de pourcentage à 68%, alors que celui des couples mariés a diminué de trois points de pourcentage à 32%. Or, dans le domaine fiscal, le couple marié ne compte que pour un contribuable. «Grouper ces deux types de contribuables donne une vision biaisée de la distribution des revenus», explique Matti Langel, statisticien à l’OCSTAT. «En d'autres termes, explique-t-il, et pour prendre une situation extrême: pour une même situation économique, si tous les contribuables étaient mariés, le revenu médian de l'ensemble des contribuables serait environ deux fois plus élevé que si tous les contribuables étaient célibataires. Ce qui ne fait pas beaucoup de sens.»

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1.Revenu net: il correspond au revenu imposable auquel sont rajoutées les déductions fiscales pour enfants ou personnes nécessiteuses à charge, pour primes d’assurance et intérêts de capitaux d’épargne ainsi que pour double activité des conjoints.

2.Revenu équivalent: il permet de comparer le bien-être matériel selon la taille du ménage. Le revenu net est divisé par un facteur d’équivalence égal à 1 pour les personnes seules, à 1,5 pour les couples mariés, + 0,3 par enfant ou par personne nécessiteuse à charge.

Les cantons avec la plus forte croissance

évolution du revenu net, 2004-2014

1.Obwald +17,6%

2.Uri +14,2%

3.Schwyz +12,5%

Les cantons avec la moins forte croissance

évolution du revenu net, 2004-2014

1.Genève -0,6%

2.Neuchâtel +1,7%

3.Tessin +2,6%

Source: Administration fédérale des contributions 

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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