Bilan

Genève: au coeur des objectifs du développement durable de l'ONU

L'Office des Nations Unies à Genève ouvre les portes de la plus prestigieuse organisation internationale le 7 octobre. Pour Ivan Pictet, président de la Fondation pour Genève, c'est l'occasion de mettre en lumière le rôle de la ville comme centre opérationnel de la mise en œuvre des 17 objectifs du développement durable.

Ivan Pictet ne ménage pas ses efforts pour promouvoir Genève sur l'échiquier des institutions internationales.

Crédits: Laurence Rasti/LMD

Ce samedi 7 octobre, le siège genevois de l’ONU ouvrira ses portes au grand public. Vingt mille visiteurs sont attendus. La Suisse, qui fête quinze ans de son adhésion à l’ONU en sera l’invitée d’honneur. Notre pays présentera l’exposition « Voir plus loin que le bord de son assiette », qui retrace la coopération internationale suisse et son impact sur la réduction de la faim et de la pauvreté. En outre, il y aura des stands représentant une cinquantaine de missions permanentes, de nombreuses agences onusiennes et organisations locales et internationales. Le Palais des Nations accueillera un parcours de 17 espaces d’information consacrés aux Objectifs de développement durable, cette feuille de route mondiale visant à améliorer le sort et l’avenir des populations et à préserver la planète d’ici à l’horizon 2030.

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En novembre vont démarrer d’importants travaux de rénovation du Palais des nations qui s’étendront sur les cinq prochaines années. Ainsi, la prochaine édition de la Journée portes Ouvertes ne pourra avoir lieu avant 2023. La Fondation pour Genève, présidée par Ivan Pictet, joue un rôle clé dans la coordination de cette Journée portes ouvertes organisée par l’Office des Nations Unies à Genève (ONUG). Elle a non seulement réuni les fonds qui assurent son financement, mais elle a également contribué à la réalisation de l’exposition interactive sur les Objectifs de développement durable.

Pour mieux connaître la Fondation pour Genève et faire le tour de ses activités, mais également de l’importance de la Genève internationale, Bilan s’est entretenu avec Ivan Pictet.

Bilan: Ivan Pictet, que va montrer l’ONU aux visiteurs du Palais des Nations?

Ivan Pictet: Nous allons faire une journée très festive qui devrait intéresser et amuser toutes les générations, notamment nous allons présenter de manière originale les 17 Objectifs de développement durable de l’ONU qui forment la base du programme sur lequel toutes les Nations se sont mis d’accord.

A cet effet, nous avons conçu avec l’ONU et ses partenaires 17 pavillons d'information.  Il s’agit de pavillons d’information qui rappelleront pour chaque objectif les enjeux qui nous attendent à l’horizon 2030 avec des exemples concrets d’actions conduites par des pays et des organisations internationales. Le public pourra également émettre des suggestions quant aux solutions à mettre en œuvre pour améliorer notre bien-être à tous.

La Fondation pour Genève animera par ailleurs avec le CAGI (Centre d’accueil de la Genève internationale) un stand pour montrer le travail d'accueil fait par la Suisse.

Vous faites preuve d’un long et fidèle engagement pour la Genève internationale qui ne se dément pas. Qu’est ce qui peut motiver un banquier à faire autant en faveur des institutions onusiennes?

Depuis toujours une des choses qui m’a le plus fasciné dans cette ville qu’est la mienne est sa vocation internationale. C’est donc tout naturellement lorsque mes charges professionnelles sont devenues moins contraignantes que j’ai pu orienter mon action sur ce rôle unique de notre petite cité.

C’était il y a une vingtaine d’années. Un certain flou régnait alors à Genève sur qui était responsable de la Genève internationale. La Confédération y jouait bien sûr déjà le rôle principal et les décisions stratégiques se prenaient tout naturellement à Berne. Genève n’était que peu consultée. L’accueil et la promotion de la Genève internationale dépendait finalement du bon vouloir des Conseillers d’Etat qui s’y intéressaient, sans qu’il y ait une véritable politique. La Ville de Genève faisait quant à elle de la politique internationale sans en avoir les attributions spécifiques.

L’idée que nous avons eu au départ avec Yves Oltramare et Arthur Dunkel étaient d’occuper ce terrain laissé vacant. D’une part, sensibiliser la population à ce joyau que représente la Genève internationale, d’autre part promouvoir notre région comme centre de coopération multilatérale.

A cet effet, nous avons repris la Fondation pour Genève qui avait déjà 20 ans d’âge, Tatjana Darany en a été nommé secrétaire générale, et nous nous sommes donné à tous le rôle de susciter des vocations dans le canton, chez tous ceux qui partageaient les mêmes valeurs.

Ainsi au gré des années, nous avons non seulement organisé une quantité de manifestations pour mobiliser la population, mais nous avons également accompagné le développement d’associations telles le CAGI, le Club diplomatique de Genève, le Cercle International et la Fondation Eduki.

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Est-ce que les efforts de la Fondation de sensibiliser les autorités ont-ils été couronnés de succès ?

Cela est difficile à dire. Il est vrai que nous avons beaucoup œuvré pour sensibiliser les autorités fédérales et genevoises sur ce sujet, avec pour constat aujourd’hui que nos représentants politiques défendent de mieux en mieux la Genève internationale, atout numéro un du canton. De même je remarque qu’à Berne plus de 100 parlementaires ont signé une résolution en faveur de la Genève internationale et que le Ministre sortant des affaires étrangères Didier Burkhalter a multiplié les déclarations en faveur d’un renforcement du rôle de Genève dans la politique étrangère de la Suisse. Du côté de Genève, le fait que la Genève internationale soit de la haute responsabilité du département présidentiel et que ce dernier est conduit par un magistrat François Longchamp très engagé pour cette belle cause fait que je peux répondre oui à cette question. La Ville de Genève et d’autres communes y consacrent également de nombreux efforts louables. On peut en conclure qu’il existe aujourd’hui un indéniable soutien institutionnel bien concerté pour défendre le rôle de Genève sur le plan international.

A quel moment la Fondation pour Genève est devenue connue des genevois ?

La Fondation n’a pas pour mission d’être connue par les genevois. Notre intérêt est avant tout de mieux faire connaître la Genève internationale. Je dirais que le grand public a pu prendre conscience de notre existence lorsque la Fondation s’est vu mandater par le DFAE et le Canton pour organiser l’accueil culturel de Geneva 2000 (suivi du sommet mondial sur le développement économique et social) réunissant un grand nombre de chefs d’Etats, ministres et délégués. Le point d’orgue de ces manifestations qui reste dans ma mémoire fut ce spectacle pyrotechnique qui attiré plus de 50’000 personnes sur les quais. Tous les événements de ce Sommet furent mis en place par la Secrétaire Générale de la Fondation, Tatjana Darany.

Plus tard, nous avons réalisé quantité de mise en réseau d’entreprises privées avec les organisations internationales, organisé des conférences publiques avec l’Université, des portes ouvertes avec l’ONU et le CERN, remis régulièrement le Prix de la Fondation pour Genève en veillant dès 2010 à ouvrir cette manifestation à la population, sans oublier enfin l’expérience unique de ce tour de Suisse en bus que nous avons accompli en 2015 à l’occasion du bicentenaire de l’entrée de Genève dans la Confédération.

A propos de cette tournée, quels enseignements en avez-vous tirés? 

Nous avons été frappés par l’accueil positif partout en Suisse et le grand intérêt suscité par notre exposition itinérante sur la Genève internationale. Ceci nous donne envie de développer d’avantages de matériel pédagogique sur la Genève internationale, d’où l’exposition sur les Objectifs de développement durable que le public aura la chance de découvrir ce samedi.

Quelles actions menez-vous aujourd’hui pour la Genève internationale ?

Nous avons outre les événements déjà cités publiés un certains nombres d’études, démontrant l’importance quasi vitale de la Genève internationale, non seulement économique mais également culturel. De plus nous participons par le biais du Perception Change Project mis en place en 2013 par le Directeur général de l’ONUG au décloisonnement de la Genève internationale. Les services de communication des organisations internationales coordonnent aujourd’hui leurs efforts pour réaliser des publications et autres supports de communication sous le label Genève internationale.

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Avons-nous une idée précise de l’impact économique de la Genève internationale ?

Une étude indépendante a été réalisée à ce sujet par les quatre universités romandes mandatés par nos soins. Il en ressort que la Genève internationale privée et publique contribue pour plus de 50 pourcent à l’économie globale genevoise, soit une quarantaine de pourcent pour les multinationales et un peu plus de neuf pourcent pour le secteur international public (OI et ONG) dont il est question ici. A noter que l’ensemble public-privé de cette Genève internationale contribue également pour plus de la moitié des recettes fiscales du canton. Que deviendrons-nous si Genève devait perdre son attrait pour toutes ces organisations. Même si les synergies ne sont pas toujours évidentes, je persiste à croire que ces deux composantes sont indissociables.

De quelle manière le secteur international contribue à la réputation de Genève dans le monde ?

Il y a une vingtaine d’années, le secteur industriel genevois avait pratiquement disparu et c'est la Genève internationale qui a mis notre ville sur la carte du monde. Désormais Genève est connue comme une marque dans le monde entier. Nous voulons sensibiliser la population au fait que ces gens, qui passent en moyenne de cinq à dix ans à Genève occupent ensuite les fonctions dirigeantes au sein de leur état ou de leur entreprise. Mieux ils sont accueillis, plus ils vont promouvoir Genève par la suite.

Partout où Genève est mentionné dans le monde, il n’est pas nécessaire de rappeler que notre canton se situe en Suisse et ceci grâce aux conventions qui portent le nom de Genève, aux négociations importantes qui se passent ici, à toute cette communauté internationale qui passent en moyenne de cinq à dix ans à Genève et qui en deviennent la plupart du temps nos meilleurs ambassadeurs, mais aussi, il faut le reconnaître à l’horlogerie et à d’autres pôles d’excellence développé dans notre canton.

En plus, Genève devient le centre opérationnel de la mise en œuvre des 17 objectifs du développement durable, une préoccupation planétaire qui va s’intensifier encore au gré des années. De nouvelles organisations songent également à venir s’installer à Genève. Je pense notamment au secteur des agences régulatrices d’internet. Pas plus tard que la semaine passée le secrétariat sur la limitation des exportations de mercure.

Même si nous sommes amenés à subir des délocalisations, et même des revers, je pense notamment à l’OMC dont le principal contributeur, les Etats Unis, rendent la tâche de plus difficile, d’autres nouveaux arrivants viennent combler les départs et la Genève internationale ne désemplit pas.

La Fondation joue un rôle important de relais, car c’est une sorte de passerelle entre la Genève internationale, le secteur privé et la population locale.

Elle est à disposition et quand elle constate un manquement de communication et de financement elle intervient activement et veille a maintenir son rôle. La fondation est l'organisation la plus connue et reconnue de la part de 28 Organisations internationales et multinationales comme interlocuteur privilégié. Il faut leur offrir ce service pour les aider à communiquer et il faut maintenir sa place pour ne pas retomber dans la situation confuse des années 2000.

Le public à de la peine à percevoir tout ce qui se passe au sein de la Genève internationale. Ne croyez-vous pas que sa communication est lacunaire?

C’est un fait que la Genève internationale est peu couverte par les médias locaux. Ce qui est dommage. Il y a tellement de décisions qui sont prises ici et qui ont un impact sur le quotidien de chacun de nous. C’est d’ailleurs pourquoi avec la Confédération, le Canton, la Ville de Genève nous avons tenu à soutenir l’ONUG dans l’organisation de cette journée Portes ouvertes qui aura lieu ce samedi 7 octobre et qui permettra à la population de découvrir de manière ludique tout ce qui se fait depuis Genève que ce soit dans les domaines de la Paix, des crises humanitaires, de la santé, des télécommunications ou encore de l’environnement.

Toutes ces activités nécessitent des fonds importants?

Notre budget est resté relativement stable au fil des années. Au début, la Fondation étant peu connue, il a fallu faire appel à la générosité de deux ou trois sponsors privés, puis notre action devenant plus visible, nous avons procédé à une vaste campagne de recherche de fonds auprès d’entreprises et de mécènes. Aujourd’hui ceci représente environ 80% de notre budget. Il convient de relever que ce budget peut avoir des rallonges importantes pour financer certains événements, telles que Genève à la Rencontre des Suisses qui nous avait coûté en sus quelques 2 millions de francs ou la Journée Portes ouvertes du 7 octobre prochain.

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On peut s’imaginer qu’avec un tel pédigrée votre fondation ne doit pas avoir trop de peine à trouver des sponsors ?

Détrompez-vous ! Il existe des donateurs qui nous soutiennent depuis le début, mais la majorité des entreprises le font durant trois ou quatre ans. Chaque année nous sommes un peu angoissés, car tous nos donateurs potentiels sont très sollicités de tous les cotés. Cela nous oblige à se montrer efficaces et montrer une valeur ajoutée. On doit être très concrets avec les dirigeants. Nos sponsors sont un élément très fort, mais tous les frais d'administration correspondent à la prestation de la fondation des amis. Tous les dons sont ainsi utilisés pour des opérations, ce qui permet d’assurer une efficacité maximale aux donateurs.

Ivan Pictet, avez-vous exercé, au sein de l’ONU, une fonction qui correspond à votre métier de base ?

J’ai longtemps été membre du comité de placement du fonds de pension des Nations unies à New York, que j’ai même présidé. Mais je me suis retiré de ce poste en 2015, la distance me séparant avec l’équipe d’investissement d’une soixantaine de personnes basées aux Etats-Unis étant peu efficiente.

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Marat Shargorodsky

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