Bilan

Fusions-acquisitions: la Chine fait peur... sauf en Suisse!

La surveillance des investissements étrangers devient la norme au niveau international. De son côté, la Suisse refuse de prendre des mesures de contrôle.

Le Chinois Dongfeng ne détiendra que 4,5% du groupe issu de l'alliance Fiat-Chrysler-Peugeot.

Crédits: AFP

C’est une opération qui en dit long sur le climat régnant autour des rapprochements d’entreprises au niveau mondial! A la mi-décembre, Fiat-Chrysler Automobiles (FCA) et Peugeot annonce leur intention de fusionner pour donner naissance au 4ème constructeur mondial. Dans le même temps, le chinois Dongfeng communique avoir cédé 30 millions d’actions qu’il détient dans le capital de Peugeot (12,2%), de sorte qu’il ne possède que 4,5% de la nouvelle société.

Cette transaction a été rendue nécessaire pour éviter d’effrayer les autorités américaines chargées d’autoriser cette alliance. Une présence chinoise plus forte dans le capital de FCA aurait fait courir un risque majeur pour obtenir l’accord du comité américain de contrôle des investissements étrangers.

C'est la Chine qui est visée

La traque aux capitaux étrangers est devenue un enjeu majeur. Elle vise surtout les sociétés chinoises. «Avant, le marché mondial des fusions-acquisitions se départageait entre le monde occidental et les pays émergents. Aujourd’hui, deux blocs s’opposent, la Chine et les Etats-Unis, et chaque entreprise est tenue de choisir. Si elle regarde trop à l’Est, il lui sera compliqué de regarder à l’Ouest, et vice-versa», constate dans le quotidien français Les Echos Luigi de Vecchi, président de la banque d’investissement pour l’Europe continentale de l’américain Citi.

Aux Etats-Unis, de nouvelles règles sont entrées en vigueur en été 2018. Selon un rapport du Conseil fédéral publié en février 2019, elles sont nées «de la crainte que d’autres pays, la Chine en particulier, parviennent toujours mieux à contourner les contrôles actuels des investissements, notamment par l’intermédiaire des coentreprises.»

Ce même rapport constate que «la majorité des grandes économies (par exemple celles du G7) appliquent des mesures de contrôle des investissements. Si l’on se penche sur l’Union européenne, le tableau est plus nuancé: la majorité des petits États, comme la Belgique, l’Irlande ou la Suède, ne surveillent pas les investissements, mais il existe aussi quelques petits États membres de l’UE, comme la Finlande ou l’Autriche, qui contrôlent les investissements.»

En France, une nouvelle disposition a été promulguée au 1er janvier 2020. Désormais, le gouvernement peut bloquer toute prise de participation étrangère supérieure à 25% dans une société hexagonale active dans un secteur jugé stratégique comme l’énergie, la santé, les transports et même la presse.

La Suisse reste ouverte

Et en Suisse? Plusieurs parlementaires ont demandé à la Confédération d’agir. Mais leurs différentes démarches ont pour l’instant échoué. Le Conseil fédéral a estimé «qu'un contrôle des investissements n'est ni pertinent ni nécessaire.»

Et en octobre dernier, la Commission de l’économie et des redevances du 8 octobre 2019 a refusé de charger le Conseil fédéral de créer une autorité d’approbation ayant pour mandat de contrôler les investissements directs depuis l’étranger dans des entreprises suisses. «La création d’une telle autorité, affirme-t-elle, serait en contradiction avec la politique économique extérieure de la Suisse, qui se caractérise précisément par son ouverture, sa neutralité et son internationalité.»

Selon la Banque nationale suisse (BNS), les stocks d’investissements directs étrangers en Suisse s’élèvent à 1 296 milliards de francs (état à fin 2018). Ils sont majoritairement détenus au moyen de sociétés intermédiaires, elles-mêmes contrôlées par des groupes établis dans des pays tiers. Les statistiques de la BNS permettent de connaître l’origine réelle des investisseurs. Il en ressort les investisseurs dits ultimes domiciliés aux Etats-Unis détiennent 43% des stocks et ceux domiciliés dans l’UE, 34%.

La Russie, 10ème investisseur en Suisse

Deux nouveaux acteurs jouent un rôle de plus en plus important depuis quelques années. Les stocks d’investissements contrôlés par des investisseurs ultimes domiciliés en Russie ont grimpé de 8 milliards de francs en 2014 à 29 milliards de francs en 2018. Ce pays fait désormais partie des dix premiers investisseurs en Suisse.

Entre 2016 et 2018, des entités domiciliées en Chine ont procédé à une série d’acquisitions importantes dans notre pays. Au cours de cette période, les stocks d’investissements se sont envolés de 7 milliards de francs à 18 milliards de francs.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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