Bilan

France: une fiscalité étouffante

Une étude de l'OCDE montre que le niveau élevé en comparaison internationale des prélèvements fiscaux et sociaux ne génère pas un surplus de bien-être en France.

La fiscalité française, la plus élevée des pays de l'OCDE, est au coeur du conflit des Gilets Jaunes dans l'Hexagone actuellement.

Crédits: AFP

Avec les «gilets jaunes», c’est une jacquerie fiscale et une lutte pour améliorer le pouvoir d’achat qui secouent nos voisins français depuis plusieurs semaines. Le niveau des cotisations sociales, qui touche à la fois les salariés et les patrons, et celui de l’impôt, qui atteint des records en comparaison internationale, expliquent la mobilisation de la population contre la hausse  - finalement abandonnée - de la taxe carbone sur le carburant.

Dans un rapport publié le 5 décembre dernier, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) montre que la pression fiscale dans les pays les plus riches est la plus élevée en France: les recettes fiscales totales ont atteint 46,2% du produit intérieur brut (PIB) en 2017. Soit un niveau beaucoup plus haut que la moyenne (34,2%).

Cotisation sociales et impôt sur le patrimoine au sommet

Dans le détail, l’Hexagone est le champion de la fiscalité dans deux catégories: cotisations de la sécurité sociale (16,8% par rapport au PIB en France contre 6,7% en Suisse) et impôt sur le patrimoine (4,4% contre 2%). Seule consolation: il se situe au 19ème rang de l’impôt sur le revenu, les bénéfices et les gains en capital (10,9% contre 13,2% en Suisse qui figure au 12ème rang).

Publiée cet été, une étude de l’Institut économique Molinari, qui a calculé la pression fiscale et sociale qui pèse sur le salarié moyen dans chacun des 28 pays membres de l’Union européenne (UE), indique que les trois champions de la fiscalisation du salarié moyen sont dans l’ordre la France, l’Autriche et la Belgique.

Cette analyse a surtout le mérite d’illustrer comment le système fiscal et social contribue à réduire drastiquement le pouvoir d’achat réel. L’employeur français doit débourser 231 euros pour que son salarié moyen dispose de 100 euros de pouvoir d’achat. 

«L’importance de ces charges éclaire les crispations françaises avec, d’une part, des employeurs traditionnellement inquiets de l’envolée du coût du travail et, d’autre part, des salariés ayant parfois l’impression d’être laissés pour compte. Les employeurs raisonnent en salaire complet, en ajoutant les charges patronales au salaire brut, alors que les salariés raisonnent en pouvoir d’achat réel. Les uns ont ainsi la légitime impression de dépenser beaucoup pour leurs salariés, tandis que ces derniers considèrent souvent ne pas être récompensés à la hauteur de leur contribution. Elle incite aussi les employeurs à un comportement malthusien, en limitant les embauches comme les augmentations de salaires. Cette réalité explique pourquoi le taux de chômage reste très élevé en France et reflue bien moins vite qu’ailleurs. »

Décrochage français dans la protection sociale

Les auteurs se sont demandé si le niveau de prélèvement générait un surplus de bien-être en France comparativement à l’étranger. Leur réponse est négative. «Certains considèrent qu’il n’est pas judicieux de comparer la situation du salarié français, bénéficiant d’une protection sociale très développée, avec celles des autres salariés de l’UE en partant du principe que la sécurité sociale serait une spécificité française. Or, l’étude montre un décrochage français par rapport aux autres pays de l’UE ayant eux aussi une forte tradition sociale. En dépit d’un salaire très proche de la Suède, de l’Autriche, de l’Allemagne ou du Danemark, le salarié moyen français dispose d’un pouvoir d’achat bien moindre. L’écart, entre 7 et 33 %, s’explique par l’importance des prélèvements supportés par le salarié moyen français. Pourtant, ce dernier jouit de services publics et d’une protection sociale très comparable à ces pays bien connus pour leur tradition sociale.»

Comme le montrent divers indicateurs quantitatifs ou qualitatifs sur les prestations offertes et la qualité de vie, la position de la France est médiocre en dépit du niveau élevé des prélèvements et des dépenses publiques. Selon l’étude de l’Institut Molinari, cette dernière se classe au 18ème rang sur 38 pays étudiés par le classement Better Life de l’OCDE : «Au sein de l’UE, la France est 11ème sur 21 États notés. Dix pays avec une pression fiscale et sociale moindre ressortent mieux. C’est le cas de l’Autriche, de l’Allemagne, de la Belgique, du Danemark, de la Finlande, de l’Irlande, du Luxembourg, des Pays-Bas, du Royaume-Uni ou de la Suède.»

De même, le dernier rapport «Comment va la vie?» de l’OCDE montre que la satisfaction des Français à l'égard de l'existence a diminué progressivement depuis 2005, passant d'un niveau moyen de 6,8 à 6,4 sur une échelle allant de 0 à 10. Cela représente une baisse deux fois plus importante que la diminution moyenne observée dans l'ensemble de la zone OCDE, avec un passage de 6,7 à 6,5.»

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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