Bilan

Franc fort: le niveau général des coûts devra baisser

Grâce à un partenariat social fort, les firmes du secondaire ont réussi à absorber en grande partie l’impact du renchérissement du franc. Au prix d’une discrète désindustrialisation du pays.
  • Les affaires se maintiennent pour les produits de niche, selon MPS Micro Precision.

    Crédits: Guillaume Perret

Oui, l’année 2016 promet d’être difficile pour l’industrie suisse. Mais une année après l’abolition du taux plancher de 1,20 pour 1 euro par la BNS (Banque nationale suisse), un premier constat s’impose: les entreprises helvétiques ont admirablement limité la casse. «Peu de pays auraient été en mesure d’absorber une baisse moyenne de 10% des marges aussi rapidement», constate Marc Bürki.

Selon le CEO et fondateur de Swissquote, cette résilience s’explique avant tout par la qualité des relations entre partenaires sociaux: «Contrairement à la France où patrons et travailleurs se livrent une guerre larvée, il y a en Suisse le sentiment que tous sont sur le même bateau. L’augmentation du temps de travail, le gel des rémunérations ou encore le paiement de salaires en euros constituent autant de mesures qui ont été décidées dans le cadre d’une gestion collégiale.»

Selon un sondage de Deloitte-BAK daté de décembre, quatre sociétés sur cinq ont réagi au franc fort en recourant aux achats en zone euro. Les entreprises ont délocalisé des activités en zone euro à 22%. Une majorité cherche des sous-traitants à l’étranger, tandis que 20% ont délocalisé le stockage. «Les délocalisations se traduisent pour le moment surtout par des emplois non créés en Suisse et des investissements effectués hors de nos frontières», souligne Eric Scheidegger, chef de la direction de la politique économique du SECO. En 2015, 7000 emplois industriels ont déjà disparu, selon l’association faîtière Swissmem.

Toujours selon ce sondage, 17% des sociétés ont recouru au chômage partiel, dont la durée vient d’être étendue de douze à dix-huit mois par le Conseil fédéral, dont MPS Micro Precision Systems, basée à Bienne. «Disons que l’humeur est variable, sourit la directrice Nicola Thibaudeau. Les affaires se maintiennent pour les produits de niche. En revanche, la situation est plus difficile pour le reste de l’offre, où il nous faut limer nos marges. Sur nos quatre usines, deux fonctionnent à plein régime, deux autres sont sujettes au chômage partiel et à des baisses d’effectifs. Le souci dans l’immédiat, c’est que l’abaissement des marges limite nos capacités à réinvestir, sans toutefois freiner l’innovation pour laquelle nous conservons suffisamment de ressources.»

Du moment que de nombreuses firmes ont bénéficié au premier semestre de contrats signés avant la fin de l’abandon du taux plancher, le pire est sans doute encore à venir. «Pour l’année qui vient, les entreprises misent en premier lieu sur des gains de productivité, réduction des coûts et optimisation du back-office», relève Markus Koch, partenaire chez Deloitte. Des efforts qui induisent de nouvelles délocalisations.

Fabriquer hors de Suisse?

Bernard Rüeger, patron du fabricant de capteurs éponymes à Crissier, note une tendance inquiétante: «Les grandes entreprises de type Sulzer, Burckhardt ou Roche se sont montrées jusqu’ici attachées à une production effectuée en Suisse par leurs sous-traitants. Or aujourd’hui elles se tournent vers les produits que nous fabriquons en Chine, et donc moins chers, et se contentent de notre garantie de marque. Le prix est devenu déterminant, même pour une clientèle attentive au Swiss made.»

Chez le producteur de solutions de mesure électrique LEM, une marge opérationnelle de quelque 20% – une performance dans la branche – a pu être maintenue grâce à la combinaison d’innovation, de rationalisation et d’optimisation. Le CEO François Gabella prévient cependant: «Nous fabriquions déjà 70% de nos produits en Chine et en Bulgarie avant la fin du taux plancher. Sur nos 1400 employés, plus de 1100 se trouvent hors de Suisse. A terme, la place industrielle suisse ne pourra conserver des activités que si elle offre une valeur ajoutée unique et si le niveau général des coûts baisse.»

A la base de l’îlot de cherté helvétique dénoncé par l’ensemble des exportateurs, un apanage de normes qui neutralise la concurrence étrangère, ainsi qu’un fonctionnement cartellaire du marché intérieur. La balle se trouve dans le camp des politiques.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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