Bilan

Foires: le Valais rit, le Comptoir pleure

Alors que la fréquentation de l’événement lausannois s’est effondrée depuis dix ans, le rendez-vous de Martigny attire toujours plus de monde. Comment expliquer un tel succès?

La Foire du Valais a encore battu son record cette année, avec plus de 200 000 entrées.

Crédits: Photoval.ch/Valérie Pinauda

«Ce qui explique la réussite d’une manifestation, c’est la dimension sociale, parfois davantage que le contenu. Prenez le Paléo Festival de Nyon, les gens viennent quel que soit le programme parce qu’ils savent qu’ils vont revoir quantité d’amis.» Fondateur du Paléo Festival, Daniel Rossellat jouit aujourd’hui d’un statut d’expert en grandes manifestations populaires. Le Nyonnais livre des clés pour comprendre le tour de force de la Foire du Valais qui nargue un Comptoir Suisse de Lausanne en plein naufrage: «C’est la revanche des petites villes sur les grandes. Vous allez à la Foire à Martigny parce que si vous n’y allez pas, vous avez peur de manquer quelque chose. En revanche, le chef-lieu vaudois jouit d’une offre culturelle pléthorique et souffre d’un effet de saturation.» 

Si dans ses belles années, le Comptoir passait pour un carrefour de la modernité incontournable, ce rôle appartient aujourd’hui au passé. Cette année, la 99e édition a enregistré à peine 60 000 entrées, soit dix fois moins que les 570 000 adeptes venus en 1997. Une telle désaffection pourrait compromettre la tenue du 100e anniversaire qui devrait avoir lieu l’année prochaine. La spirale est infernale: comme les visiteurs désertent, les exposants ne vendent plus rien et quittent le navire, étranglés par les frais de location. Et le public vient encore moins. MCH, groupe bâlois organisateur, ne divulgue pas de chiffres officiels mais la rumeur parle d’une perte de 500 000 de francs à chaque édition du Comptoir.

«Quel triste spectacle. Il n’y a plus de fanfare, plus d’orchestre, plus d’artisan, plus de bétail. Bien sûr, à l’heure d’internet, on ne vient plus acheter un matelas ou un frigo au Comptoir. Mais regardez le succès qu’obtient la Foire de l’Olma, à Saint-Gall. C’est parce que la manifestation est restée fidèle au monde agricole. Rien que les courses de cochons attirent 4000 personnes», commente Jacky Baudat, gérant de la Cave lausannoise. Un connaisseur du dossier renchérit: «Le Comptoir aurait dû persévérer à assumer sa vocation de plus grande ferme du canton. Il était possible de moderniser la manifestation dans ce même créneau en misant sur l’essor du bio, des filières courtes et sur l’intérêt des citadins à s’approvisionner directement auprès de producteurs.» 

Contre-exemple impressionnant

Mais le Comptoir Suisse n’est pas le seul à souffrir. La Foire Muba de Bâle et celle de la Zuspa de Zurich (également gérées par MCH) accusent aussi des difficultés. Or, à un moment où le modèle des foires commerciales semble caduc, il émerge un contre-exemple spectaculaire: la Foire du Valais. La manifestation vole de son côté de record en record, avec plus de 200 000 entrées pour la 59e édition. La part des visiteurs hors canton (essentiellement de Vaud et Fribourg) a atteint 35% de la fréquentation. Cet essor répond à plein titre au désir d’ancrage local et de dimension sociale décrit par Daniel Rossellat. 

La légende veut que de nombreux Valaisans prennent leurs vacances à cette période pour s’y rendre tous les jours. Il est également de notoriété publique que dans ce canton à vocation vinicole, une désaltération intensive fait partie intégrale de la formule. Directeur de l’événement chez la société FVS, David Genolet dément cependant que les commerçants fassent de mauvaises affaires: «Certains stands de meubles font un million de chiffre d’affaires. Bien sûr, si les commerçants participent, c’est davantage pour une question d’image que pour les ventes. Mais ils n’en sont pas moins très satisfaits. Selon un sondage mené à la fin de la Foire, 96% des exposants veulent revenir l’année prochaine.»

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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