Bilan

Flixbus roule sur les plates-bandes des CFF

Avec ses bus ultramodernes circulant à des prix low-cost, la société allemande a déjà transporté un million de passagers en Suisse. Comment expliquer cette percée spectaculaire?

Flixbus est soupçonnée de violer l’interdiction de cabotage.

Crédits: Dr

Des success stories, il n’y en a pas que dans la technologie. C’est ce que démontre Flixbus. La compagnie allemande, créée en 2013, signe sur le marché des déplacements en autocar une réussite spectaculaire qui s’étend jusqu’en Suisse, où elle a établi son point d’attache principal à Zurich. Offrant des bus ultraconfortables à des prix plancher, la société basée à Munich a transporté un million de passagers helvétiques en 2016, un chiffre en progression de 50% par rapport à l’année précédente.

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Leader européen, Flixbus dessert 900 villes dans 20 pays pour une clientèle de 30 millions de voyageurs au total en 2016. Parmi les destinations les plus vendues, Munich et Milan avec plus de dix départs par jour. Berne, Lausanne et Genève se trouvent sur le parcours des lignes internationales entre l’Allemagne et la France. Les métropoles hexagonales sont à des prix sans concurrence, par exemple Lausanne-Paris dès 35 fr.

Bientôt des trajets vers la Croatie

Devant le succès remporté outre-Sarine, Flixbus doit continuer à développer son offre au départ de la Suisse romande et emmener des passagers jusqu’en Croatie, faisant concurrence aux CFF. «Les bus low-cost ne représentent pas une menace, rétorque Donatella Del Vecchio, porte-parole des CFF. Nous restons très compétitifs avec notamment des billets dégriffés. Mais il est important que tous les acteurs jouissent des mêmes conditions-cadres.»

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Sur ce dernier point, la presse étrangère a déjà relevé des conditions de travail déplorables pour des chauffeurs Flixbus. On peut aussi redouter que seuls les tronçons les plus rentables soient couverts par des compagnies privées, tandis que les autres sont laissés à l’ex-régie qui est légalement obligée de les desservir. 

Un accès réduit aux trajets domestiques

Sur les trajets domestiques suisses, Flixbus est bien sûr moins cher que le train. Si le client prend un billet Zurich-Lyon sur la ligne Constance (Allemagne)-Lyon et descend à Genève, le ticket lui revient
à moins de 20 fr., alors que les CFF facturent deux fois plus. Or, la loi interdit le cabotage (trajet entre villes suisses) aux compagnies de bus transfrontalières. Dans les faits, des voyageurs ont déjà été vus rallier Bâle au départ de la Suisse, en achetant un billet pour l’EuroAirport domicilié du côté français. 

La réponse standard de Flixbus est que l’interdiction de quitter le car avant la frontière est stipulée aux passagers en quatre langues. L’OFT (Office fédéral des transports) indique qu’une procédure contre Flixbus pour soupçon de violation de l’interdiction de cabotage est actuellement en cours mais ne peut donner davantage de détail. Flixbus exploite déjà des lignes intérieures en Autriche et en Italie mais n’a pas encore déposé une telle demande en Suisse.

Derrière cette croissance, il y a un modèle d’affaires calqué sur celui d’Uber. La société ne détient pas d’autocar mais compte sur les véhicules et chauffeurs d’entreprises régionales partenaires. Flixbus concentre ses efforts sur la planification des lignes, le marketing et les ventes. Au niveau européen, le marché se concentre autour de trois acteurs: Isilines (du groupe basé à Bruxelles Eurolines), Ouibus (filiale des chemins de fer hexagonaux SNCF) et Flixbus. Pour l’heure, les compagnies se livrent une féroce guerre des prix, mais aucune n’est bénéficiaire.

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Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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