Bilan

Faut-il réformer l’assurance chômage?

Un demandeur d’emploi qui envisage de devenir indépendant peut bénéficier de mesures de soutien de la caisse de chômage. Mais celles-ci sont jugées insuffisantes.

Crédits: Gaetan Bally/Keystone

Chaque année, des demandeurs d’emploi tentent de se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat avec l’aide temporaire de l’assurance chômage. Pendant la phase de planification de leur projet de création d’entreprise prévue par la législation pour une durée de 90 jours au maximum, ils peuvent percevoir des indemnités journalières tout en étant libérés de l’obligation de rechercher un job. Au terme de ce délai, ils doivent choisir entre l’activité indépendante ou le chômage.

L’application des mesures de «soutien à l’activité indépendante» diffère selon les cantons. A Genève, le chômeur suit un programme de cours de création d’entreprise et soumet son projet à une commission d’experts qui tranchera sur sa faisabilité, ainsi que sur la durée de sa phase d’élaboration. A Neuchâtel, le Service de l’emploi examine aussi la viabilité des projets qui lui sont soumis. Puis, leur auteur est mis en relation avec un prestataire externe à l’administration avec un triple objectif: analyser les qualités du projet, déterminer le bien-fondé d’une formation «devenir indépendant» et offrir un service de coaching personnalisé. «Si un revenu est perçu dès le démarrage de l’activité, le gain intermédiaire qui sera déduit des indemnités journalières est calculé sur la différence entre les recettes et les charges d’exploitation», explique Pascal Guillet, directeur de la Caisse cantonale neuchâteloise d’assurance chômage.

D’aucuns estiment que ce soutien est insuffisant. «Le demandeur d’emploi qui se lance en tant qu’indépendant devrait bénéficier d’un «filet de sécurité» pour une durée un peu plus longue que celle prévue actuellement par la législation afin qu’il puisse mettre toutes les chances de son côté pour développer sa société», affirme Valérie Gianoli, cheffe du Service de l’emploi du canton de Neuchâtel. Selon le patronat, il n’est pas nécessaire d’aller au-delà des 90 jours prévus par la législation. «Nous estimons que cette durée est suffisante. Lorsqu’un individu crée sa société, il doit aussi assumer sa part de risque. Celui-ci peut d’ailleurs bénéficier du soutien d’organismes ad hoc. La mission de l’assurance chômage n’est pas de faciliter l’entrepreneuriat, mais de favoriser l’intégration des assurés sur le marché du travail», indique Marco Taddei, membre de la direction de l’Union patronale suisse.

Afin de disposer des fonds nécessaires pour se lancer dans l’aventure, il est courant de retirer une partie de ses avoirs du 2e pilier. Les syndicats estiment que ce choix n’est pas judicieux. «Nous déconseillons à une personne sans emploi de retirer cet argent. La dernière crise économique (2009) a montré que de trop nombreux entrepreneurs ont perdu toute leur économie destinée à la prévoyance vieillesse. Un drame qui peut les conduire à l’aide sociale», souligne Armand Jaquier, secrétaire d’Unia Fribourg.

Une législation dépassée

Les conséquences de la pandémie de coronavirus ont révélé la fragilité des indépendants lorsque la situation économique se détériore fortement. Certains en appellent à la réforme de l’assurance chômage pour prendre en compte leurs besoins. D’autres estiment aussi que les dispositions légales en vigueur sont dépassées en raison de l’accélération des changements survenus sur le marché du travail. «La législation devrait davantage favoriser la reconversion vers les nouveaux métiers, par exemple dans le domaine de la digitalisation qui a pris une nouvelle dimension, comme l’a montré le Covid-19», affirme Caroll Singarella, directrice du Service des mesures pour l’emploi à l’Office cantonal de l’emploi de Genève.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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