Bilan

Face à la Chine qui s'affirme, l'Amérique de Trump devient imprévisible

Les Etats-Unis entrent dans une période d'incertitude après l'élection de Donald Trump, au grand dam des pays d'Asie pris dans la rivalité entre les deux géants du Pacifique.

Durant sa campagne, l'ex-candidat républicain s'en est souvent pris à la Chine, qu'il a même qualifiée "d'ennemie". 

Crédits: AFP

Face à une Chine qui s'affirme de plus en plus, les Etats-Unis entrent dans une période d'incertitude après l'élection de Donald Trump à la présidence, au grand dam des pays d'Asie pris dans la rivalité entre les deux géants du Pacifique.

Durant sa campagne, l'ex-candidat républicain s'en est souvent pris à la Chine, qu'il a même qualifiée "d'ennemie", dénonçant avant tout la concurrence commerciale de Pékin. Mais il n'a guère dévoilé comment il envisageait de traiter les épineux dossiers géopolitiques que sont le programme nucléaire nord-coréen, les ventes d'armes américaines à Taiwan ou encore les prétentions de Pékin en mer de Chine méridionale.

"La victoire de Trump ajoute une grosse part d'incertitude dans une région déjà soumise à rude épreuve", observe Graham Webster, spécialiste des relations sino-américaines à l'école de droit de l'Université Yale (Etats-Unis).

Et Pékin ne sait pas sur quel pied danser face au grand rival américain. "J'espère qu'il gérera les relations avec la Chine de façon pragmatique et rationnelle", déclare simplement Jia Qingguo, directeur de l'Ecole des relations internationales à l'Université de Pékin.

Dans un article publié à la veille du scrutin américain, Peter Navarro, considéré comme l'un des principaux conseillers de Donald Trump pour les questions chinoises, a livré quelques pistes d'évolution possible de la politique américaine, critiquant le rééquilibrage stratégique de l'administration Obama vers l'Asie aux dépens de l'Europe.

Selon lui, la faiblesse montrée par les Etats-Unis dans le suivi de cette politique a incité Pékin à se montrer agressif en mer de Chine méridionale, que les Chinois revendiquent en quasi-totalité malgré les protestations des autres pays riverains.

'La paix par la puissance'

L'administration Trump relèvera le défi avec une stratégie de "paix par la puissance", notamment un vaste renforcement des forces navales, a-t-il expliqué au magazine Foreign Policy.

Mais on ne sait pas si le futur président, qui prendra ses fonctions le 20 janvier, "sera ferme sur des questions comme la construction d'îlots artificiels (par Pékin) à des fins potentiellement militaires ou pour contrer la politique d'intimidation de la Chine vis-à-vis des petits pays d'Asie", observe Ashley Townshend, spécialiste des Etats-Unis à l'Université de Sydney (Australie).

De toute façon, "à l'heure qu'il est, aucun pays ne peut se reposer sur quelque certitude que ce soit à l'endroit des Etats-Unis, étant donné que les déclarations de Trump en matière de politique étrangère se sont souvent avérées contradictoires", relève M. Webster.

Sous l'administration Obama, les Etats-Unis ont rejeté les prétentions de Pékin en mer de Chine méridionale, défendant la liberté de navigation dans cette zone stratégique vaste comme six fois la France. A titre d'avertissement, Washington a dépêché des bateaux de guerre et son aviation près des îlots construits par la Chine.

De son côté, "Trump pourrait jouer la carte de l'isolationnisme et s'entendre avec la Chine sur un partage des zones d'influence dans la région. Il pourrait tout aussi bien adopter une politique de fermeté, appuyée sur les forces armées, pour contrer un pays qui selon lui considère l'Amérique comme affaiblie", note M. Townshend.

Au cours des tout derniers mois, deux alliés des Etats-Unis, pourtant opposés à la Chine sur la question de la mer de Chine méridionale, ont commencé à se rapprocher spectaculairement de Pékin, à savoir les Philippines et la Malaisie.

"Les puissances moyennes, comme l'Australie, doivent désormais se couvrir contre deux risques: la puissance chinoise et l'imprévisibilité américaine", commente Rory Medcalf, à l'Université nationale d'Australie.

Face à la Corée du Nord et ses essais de missiles et de bombes atomiques, l'administration Obama a annoncé le déploiement en Corée du Sud d'un bouclier antimissiles avant la fin 2017, une perspective fermement combattue par Pékin.

Mais Donald Trump a annoncé pendant sa campagne qu'il exigerait de la Corée du Sud comme du Japon qu'ils contribuent davantage à leur défense, suscitant l'inquiétude de ces deux pays.

"L'anxiété est réelle parmi les alliés de l'Amérique", relève M. Medcalf.

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