Bilan

Eveline Widmer-Schlumpf quitte le Conseil fédéral

La conseillère fédérale PBD, à la tête du Département fédéral des finances, a annoncé qu’elle ne se représenterait pas le 9 décembre prochain. Un retrait qui facilite la tâche de l’UDC.

Eveline Widmer-Schlumpf va quitter le Conseil fédéral.

Crédits: Keystone

Eveline Widmer-Schlumpf jette l'éponge. Après avoir fait durer le suspense, la conseillère fédérale PBD a annoncé mercredi qu'elle ne se représentera pas le 9 décembre. Elle avait été élue en 2007 par l'Assemblée fédérale à la place de Christoph Blocher.

La décision de la Grisonne était fortement attendue depuis les élections fédérales du 18 octobre, qui se sont soldées par un recul de son parti et une forte avancée de l'UDC et du PLR. Ces deux partis ont longtemps fait valoir le droit aux démocrates du centre à obtenir un second siège au Conseil fédéral.

Alors que les spéculations allaient bon train, Eveline Widmer-Schlumpf s'était jusqu'ici murée dans le silence. Il y a une semaine, elle est même venue présenter devant la presse un renforcement de la régulation bancaire sans piper mot de ses intentions en vue du renouvellement du Conseil fédéral.

La Grisonne, alors membre de l'UDC, a été élue au gouvernement grâce à un coup qui a permis de déloger Christoph Blocher. Exclue de son parti, elle est devenue la figure tutélaire d'une nouvelle formation - le Parti bourgeois démocratique, que Samuel Schmid a rejoint. L'UDC n'a de nouveau été représentée au gouvernement qu'avec l'arrivée d'Ueli Maurer en 2009.

Eveline Widmer-Schumpf a d'abord repris les rênes du Département fédéral de justice et police des mains de Christoph Blocher. Elle dirige celui des finances depuis 2010.

Oskar Freysinger partant 

Le retrait d'Eveline Widmer-Schlumpf facilite la tâche de l'UDC. Le parti n'a plus à attaquer une ministre en place, mais seulement à affronter une très hypothétique candidature du centre droit. Reste à désigner le bon candidat ou le bon ticket le 20 novembre.

Le Vaudois Guy Parmelin et le Valaisan Oskar Freysinger sont partants. Jamais avare en provocations dans les médias, ce dernier a été élu au Conseil d'Etat valaisan en 2013 et peut mettre en avant cette expérience d'exécutif où il se dit collégial. Le Vaudois n'a pas cet atout: après son refus de briguer le Conseil d'Etat en 2011, l'UDC a même perdu son siège au gouvernement.

Malgré les appels à une candidature latine des présidents du PS Christian Levrat et du PDC Christophe Darbellay, les aspirants romands n'ont toutefois que des chances d'outsider à ce stade. Le Conseil fédéral compte déjà deux francophones.

Le tour de la Suisse orientale

Avec le retrait d'Eveline Widmer-Schlumpf, la Suisse orientale fait toutefois figure de parent pauvre au gouvernement. Le conseiller aux Etats thurgovien Roland Eberle aurait donc de bonnes chances de succès, tout comme l'entrepreneur du même canton Peter Spuhler, ancien conseiller national.

Ce dernier possède l'avantage d'avoir appuyé publiquement les bilatérales. Mais les deux hommes avaient renoncé à briguer le poste en 2011, alors que leur parti les courtisait. L'argument régional pourrait jouer en faveur du Saint-Gallois Toni Brunner.

Le président du parti a déclaré plusieurs fois qu'il ne voulait pas être élu. Son mentor Christoph Blocher aimerait toutefois le convaincre et l'hebdomadaire Weltwoche défend "un choix logique". L'agriculteur n'a pas démérité à la tête du parti depuis 2008, il est à l'aise avec le jeu politique, mais n'a peut-être pas l'étoffe d'un conseiller fédéral.

Responsable de l'asile

L'ancien responsable de l'office grison des migrations Heinz Brand est souvent cité dans la presse. Tenant de la ligne dure de l'UDC, le juriste affable aurait les connaissances requises pour reprendre le Département de justice et police. Si Christoph Blocher vise explicitement ce poste pour son parti, Toni Brunner ne juge cette option toutefois pas idéale. Le nouvel élu ne pourra de toute façon pas choisir son dicastère.

La solution pourrait venir de Schaffhouse, où les noms du sénateur Hannes Germann et du député Thomas Hurter circulent. Le premier pourrait séduire la gauche et le centre-droit de par son soutien aux bilatérales et son engagement passé contre une initiative touchant l'asile. Mais ce profil pourrait le rendre suspect dans son propre parti. Quant à Thomas Hurter, fidèle à la ligne interne, il n'apparaît pas parmi les premiers choix au sein de l'UDC.

Le conseiller national argovien Hansjörg Knecht dispose également d'appuis. Directeur de la campagne de l'UDC pour les élections fédérales, le Bernois Albert Rösti a le gros handicap que deux Bernois siègent déjà à l'exécutif national. Cet obstacle freine aussi Adrian Amstutz, qui a en outre clairement déclaré qu'il ne se sentait pas taillé pour la fonction.

Ecarté il y a quatre ans, le directeur zougois des constructions Heinz Tännler a renoncé cette fois-ci de lui-même. Il avait le désavantage d'avoir été cadre à la FIFA.

Décision le 20 novembre 

La commission de sélection du parti avait retenu dix noms avant les élections fédérales. Les sections cantonales ont jusqu'au 13 novembre pour faire part de leur nomination définitive.

La direction du groupe transmettra ses recommandations au groupe parlementaire le 16 novembre. Celui-ci choisira le ou les candidats qu'il veut envoyer dans la course le 20 novembre. Selon Toni Brunner, l'option d'un ticket à deux noms est la plus probable. Les autres groupes parlementaires pourront ensuite entendre les prétendants.

Le centre droit pourrait brouiller les cartes en lançant son propre candidat. Mais le président du PDC a reconnu publiquement le droit de l'UDC à deux sièges et une entente de son parti avec le PVL et le PBD sur un autre poulain ne semble pas en vue. Le profil du candidat serait décisif.

Le renouvellement intégral du Conseil fédéral aura lieu le 9 décembre.

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