Bilan

Etats-Unis: la face cachée de la croissance

Alors que l’environnement économique est euphorique, de nombreux indicateurs sociaux (inégalités, mortalité, etc.) sont préoccupants.

La croissance américaine laisse un nombre croissants de laissés pour compte loin des bénéfices de la hausse du PIB.

Crédits: Spencer Platt/ Getty /AFP

Depuis plusieurs années, les Etats-Unis surfent une croissance continue qui a permis de créer plusieurs millions de nouveaux emplois. Au 3ème trimestre 2017, le produit intérieur brut a progressé de 3,1% par rapport à la même période de l’année précédente. Au mois d’octobre, le taux de chômage n’a atteint que 4,2%. La Bourse et les dividendes versées par les entreprises américaines atteignent des sommets historiques. C’est dans ce contexte que le Sénat se prononcera dans le courant de la semaine prochaine sur une réforme des impôts proposée par le président Donald Trump. Une réforme qui profitera aux entreprises et aux personnes les plus fortunées.

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Ce climat euphorique cache cependant une face sombre de l’Amérique actuelle. Dans plusieurs ouvrages et études publiés cette année, des économistes et des sociologues montrent l’envers du décor. De nombreux indicateurs sociaux et économiques sont inquiétants:

- La classe moyenne regroupe 42% de la population contre 62% en 1970.

- En 2015, la part des revenus détenus par les 1% des ménages les plus riches s’est élevée à 24% contre 17% en 1988, relève une étude de la banque centrale américaine (Fed). Ces mêmes ménages contrôlaient 39% du patrimoine en 2016 contre 30% en 1989. «Cette inégalité grandissante pourrait plomber les dépenses de consommation», craint la gouverneur de la Fed Lael Brainard.

La dette des ménages dépasse le record de 2008

- Environ un tiers de la population affirme qu’il peine à s’en sortir et près de la moitié des habitants ne sont pas en mesure de faire face à une dépense exceptionnelle de 400 dollars.

- La dette des ménages (12'840 milliards de dollars) a dépassé au 2ème trimestre 2017 le record atteint au 3ème trimestre 2008, soit celui établi au début de la crise financière.

- La situation est devenue préoccupante dans le crédit auto avec une part de prêts subprime de 24% (300 milliards de dollars). Ces derniers ont été octroyés aux ménages les moins solvables par des concessionnaires et des constructeurs, autrement dit par des institutions non bancaires («shadow banking»).

- Le taux d’emploi a reculé de 64,6% à 59,7% entre 2000 et 2016. De même, l’emploi des femmes est retombé au niveau de 1980.

- Quelque 4,2 millions de jeunes adultes et d’enfants n’ont pas de domicile fixe, affirme une étude récente publiée par deux chercheurs de l’Université de Chicago: 3,5 millions de personnes sont âgées entre 18 et 25 ans et 700'000 adolescents entre 13 et 17 ans. Les Noirs et les Hispaniques sont particulièrement touchés.

L'espérance de vie recule

- Au cours des dix dernières années, l’indice de satisfaction de la vie de la population a diminué graduellement, passant d’une moyenne de 7,3 à 6,9 (mesurée sur une échelle de 0-10). C'est deux fois plus que la baisse moyenne de l'OCDE.

- En 2015, plus de 33'000 personnes sont décédées à la suite d’une overdose d’opiacés. Ce chiffre est quatre fois plus élevé qu’en 1999. Ce phénomène «est lié à un déclin de la participation à l’emploi des salariés dans la force de l’âge. Je ne sais pas si c’est la cause ou si c’en est un symptôme», déclarait cet été Janet Yellen, la présidente de la Fed, devant une commission du Sénat.

- Le taux de mortalité des Américains âgés de 25 à 35 ans s'est accru entre 1999 et 2014, alors qu’il a reculé dans tous les pays les plus riches depuis quarante ans, affirme une analyse de la revue scientifique The Lancet. Publiée par Angus Deaton, prix Nobel d’économie, et son épouse, l’économiste Anne Case, une autre étude montre que le taux de mortalité de la population blanche la moins éduquée et âgée entre 45 et 54 ans a augmenté. La mortalité infantile a progressé de 16,9 décès pour 100 000 naissances en 1990 à 26,4 décès en 2015.

- Pour la première fois depuis la crise du sida en 1993, l’espérance de vie des Américains a reculé à 78,8 ans en 2015 contre 78,9 ans en 2014.

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Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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