Bilan

Et si le Royaume-Uni ne quittait jamais l’Union européenne?

Le Royaume-Uni ne semble pas disposée à un enclenchement rapide du processus de sortie. Plusieurs éléments permettent encore de croire au "Bremain". Analyse.

Les principaux initiants du Brexit continuent d’afficher un empressement très modéré à la concrétisation de l’expression populaire.

Crédits: afp

La prise de position est symptomatique du repentir d’une partie de l’opinion britannique. L’éditorialiste du Sun Kelvin MacKenzie, fustigeant jusqu’alors dans les colonnes du tabloïd la «dictature de Bruxelles», s’est fendu mardi d’un encadré exprimant on ne peut plus clairement ses regrets: «J’ai les remords de l’acheteur (...) Pour être honnête, je suis inquiet de ce que nous réserve l’avenir.»

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La pétition pour revoter dépasse déjà les quatre millions de signataires, tandis que les principaux initiants du Brexit, Boris Johnson en tête, continuent d’afficher un empressement très modéré à la concrétisation de l’expression populaire. Un contexte qui permet d’autant plus d’envisager la perspective du maintien, et que rien n’oblige le Royaume-Uni à appliquer le résultat du 23 juin.

Un référendum non-contraignant 

Consultatif, le référendum n’a aucune portée contraignante pour les autorités britanniques vis-à-vis de l’Union. L’article 50 du traité de Lisbonne définit comme cadre juridique à la sortie d’un pays, une demande expresse de son gouvernement adressée au Conseil européen. Le Brexit s’appuie donc sur la promesse de David Cameron de respecter la volonté populaire.

Or, démissionnaire, le premier ministre ne souhaite pas pour l’instant assumer la décision historique, qui serait reportée à octobre. Un pari sur l’enlisement qui placerait son successeur en situation très délicate si le retournement de l’opinion devait encore s’accentuer. Theresa May, pressentie au 10 Downing Street et tièdement rangée du côté du Bremain, pourrait alors profiter d’une opposition écossaise pour justifier le maintien.

La question écossaise, potentiel point d’achoppement

Le jour même des résultats, la Première ministre écossaise a évoqué la possibilité d’un véto du parlement régional au Brexit. L’Ecosse, mais également l’Irlande du Nord –qui ont voté respectivement à 62 et 55% pour le maintien- disposent d’un texte qui les oblige à édicter des lois conformes à la législation européenne. Or l’ensemble des lois britanniques devraient être réadaptées précisément en supprimant toute référence à l’UE.

Derrière l’affirmation de son attachement à l’UE, l’Ecosse pourrait poser l’alternative d’un nouveau référendum sur l’indépendance ou le maintien du Royaume-Uni dans l’UE. La première possibilité a été d’emblée exclue par Londres, un positionnement renforcé par les derniers sondages post-23 juin qui donnent l’indépendance gagnante en Ecosse.

Des précédents européens 

Déjuger le résultat du référendum reste cependant un exercice difficile pour l’exécutif. David Cameron a écarté la possibilité de revoter même si, contraint par la pétition, le Parlement britannique se penchera sur la question. Pour autant, si le référendum n’était jamais appliqué, la situation ne serait pas nouvelle.

Nettement rejetée par les peuples français et hollandais en 2005, la constitution européenne a été majoritairement reprise dans le traité de Lisbonne quatre ans plus tard. Le refus à 60% d’un énième plan d’austérité par les Grecs en juillet dernier aurait dû mécaniquement entraîner le Grexit. Déjà pourtant, l’Union avait maintenu son intégrité.

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

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Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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