Bilan

Et si la Suisse venait à manquer de beurre?

Longtemps, la Suisse était en surproduction de lait. Mais la tendance s'est inversée avec la suppression des quotas en 2009. Des intermédiaires s'adaptent en important.
Quant des géants du secteur laitier se mettent à importer, c'est un signal sur l'état de la branche en Suisse. Hochdorf , spécialiste des produits contenant des substances laitières, a demandé dernièrement une autorisation pour pouvoir importer d'ici octobre 850 tonnes de lait écrémé concentré.

Quant aux importations de beurre, elles pourraient atteindre 500 tonnes sans lesquelles la Suisse pourrait connaître une pénurie cet automne, ajoute le Tages-Anzeiger vendredi

La Suisse ne produit pas assez de lait, se justifie Hochdorf. La suppression des contingentements en 2009 a provoqué un assèchement du marché alors que pendant des années, la Suisse ne savait plus comment écouler ses surplus. Conséquence de marché, le prix du litre est reparti à la hausse.

Les fromageries paient mieux

«Le marché joue», résume Daniel Gerber, directeur à l’Interprofession du lait (IP Lait). Il qualifie même cette évolution de «bon développement». La production ne cesse d'ailleurs de baisser. Entre janvier et avril 2013, les livraisons des quelque 24'000 producteurs de lait en Suisse ont enregistré une baisse de 5,4% sur un an. En réaction, les prix indicatifs du kilo de lait sont restés stables à 66 centimes jusqu'en mai, avant de grimper à 69 centimes.

En Suisse, quatre géants absorbent 80% de la production laitière: Emmi, Elsa de Migros, Cremo et Hochdorf. A l'époque, ils ont su faire chuter les prix en raison des surcapacités, faisant passer le tarif de 80 centimes à l'été 2007 à moins de 60 centimes en 2010.

Mais désormais, les paysans réservent leur production pour les fromageries qui paient mieux. Jusqu'à un franc le kilo dans l'Oberland zurichois, a pu observer le journal Beobachter. Encore faut-il avoir dans la région une fromagerie où écouler son lait...

Des dizaines de producteurs abandonnent chaque mois

Dans ces conditions, les géants de l'industrie laitière sont nerveux. Le groupe Hochdorf a essuyé une perte de 35,3 millions de francs en 2012 et le fribourgeois Cremo fait pression sur les producteurs de lait qui veulent mettre fin avant terme à leur contrat, les menaçant d'une amende de 20 centimes par kilo non livré.

La baisse de la production résulte également de la fermeture de nombreuses exploitations, les paysans ayant été découragés par la fin des quotas laitiers. Sur un an, le nombre de vaches laitières a reculé de 8000 têtes. Chaque semaine ce sont 18 producteurs qui jettent l'éponge et si la tendance se poursuit, 2013 aura vu environ 1000 installations cesser leurs activités, s'inquiète le Beobachter.

Déjà des géants du lait

Selon un sondage d'Isopublic, près de 40% des paysans songent à abandonner la production de lait dans les dix prochaines années. Car si le hausse des prix les réjouit, ils sont persuadés qu'elle ne durera pas longtemps. «Je ne vois pas d'avenir dans le lait. Quand les frontières s'ouvriront, une grande partie de la production viendra d'Europe de l'Est», regrette Urs Huser à Dietschwil (SG).

Ce contexte ne peut que favoriser la concentration dans le secteur. Il existe déjà 25 producteurs capables de livrer plus d'un million de kilos par an. Alors que la production annuelle s'élève à 3,3 millions. Parmi les petites et moyennes exploitations, encore majoritaires, seules pourraient survivre celles qui offrent des spécialités à marges plus élevées et qui sont capables de les écouler.
Pascal Schmuck

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