Bilan

Et si la SSR disparaissait…

Qu’arrivera-t-il à l’audiovisuel public si le peuple accepte l’initiative «No Billag» le 4 mars prochain? Synthèse des enjeux économiques posés par la suppression de la redevance.

Sans subvention, la SSR disposerait d’un budget minimal d’environ 500 millions de francs, contre 1,6 milliard aujourd’hui.

Crédits: Jay Louvion/RTS

1. D’où vient la fronde contre la SSR?

La récolte des signatures a été plus difficile que prévu. «Nous n’avions aucune expérience. L’Union suisse des arts et métiers nous a donné un coup de pouce décisif en insérant notre initiative dans son journal», reconnaît Nicolas Jutzet, président du comité de campagne «No Billag» pour la Suisse romande. Pour l’Usam qui défend les intérêts des petits patrons, le combat lancé par de jeunes libéraux était une occasion rêvée pour rebondir après la très courte défaite contre la loi sur la radio-TV qui étendra dès 2019 la perception de la redevance audiovisuelle à tous les ménages et surtout aux entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 500  000 francs.

Pour une année, celle-ci coûte actuellement 451 fr. 10 et s’élèvera à 365 fr. dès l’an prochain. Ce montant est prélevé par la société Billag (filiale de Swisscom). Puis, il est reversé à la SSR (Société suisse de radiodiffusion et télévision) qui gère sept chaînes TV (la RTS en Suisse romande), dix-sept stations radio (dont La Première), un site internet, ainsi qu’à 34 radios et télévisions locales au bénéfice d’une concession.

En décembre 2015, l’initiative «Oui à la suppression des redevances radio et télévision» est déposée à la chancellerie fédérale. Sur les 112  191 paraphes valables, 61% proviennent de quatre cantons alémaniques (Zurich, Berne, Saint-Gall et Argovie) et seulement 4,6% de Suisse romande. «Les initiants défendent une vision libertarienne de la société au sein de laquelle l’Etat joue un rôle minimal. Avec la redevance qui est assimilée à un impôt, ils s’attaquent à un symbole fort. Leur discours relève avant tout de la défense d’une idéologie. Les conséquences économiques, le maintien de la diversité des opinions, la définition du service public ne les intéressent pas», observe René Knüsel, politologue à l’Université de Lausanne.

«A notre avis, la seule solution juste et équitable consiste en ce que chacun paie pour ce qu’il consomme. Il s’agit de rendre la liberté aux citoyens», insiste Nicolas Jutzet. Lequel rejette toute approche idéologique et retourne cette critique à ses opposants: «Ceux qui nous le reprochent ne cessent d’aborder notre initiative sous cet angle.»

Il y a deux ans, aucun acteur politique ne donnait une quelconque chance de succès à «No Billag». Même le président de l’UDC Albert Rösti s’y opposait. Désormais, le vent a tourné. La prochaine assemblée des délégués des Démocrates du centre et plusieurs sections alémaniques du Parti libéral-radical soutiendront cette initiative. Leurs membres comptent saisir cette opportunité pour redimensionner le service public audiovisuel.

La fronde vient surtout de Suisse alémanique où la SSR accumule les critiques que certains partagent d’ailleurs aussi dans les cantons romands: mauvaise qualité des programmes, journalistes jugés trop à gauche, coûts d’équipement et de production trop élevés, manque d’efficience, incapacité à se réformer, gratuité du site internet, rémunérations des organes dirigeants, des collaborateurs maison et des externes trop généreuses, etc.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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