Bilan

Eric Leyvraz: «Ce qui manque, c’est un peu d’humilité»

L’UDC Eric Leyvraz, président du Grand Conseil genevois jusqu’en mai 2017, était un supporter de Pierre Maudet. Il se dit déçu face au mensonge et juge les conséquences de cet épisode inévitables.

Ancien soutien de Pierre Maudet pour l'élection au Conseil Fédéral, Eric Leyvraz s'avoue aujourd'hui déçu par le mensonge du conseiller d'Etat.

Crédits: UDC

Le député Eric Leyvraz, qui a présidé le parlement genevois en 2008-2009 et en 2016-2017 et y siège depuis 13 ans, se présente comme un UDC modéré, qui se place au-delà des partis. Il avait soutenu Pierre Maudet jusqu’au bout et sans réserve pour sa candidature au Conseil fédéral. Il exprime aujourd’hui sa déception.

Bilan: Quelles conclusions tirez-vous de l’affaire Maudet?

Eric Leyvraz: J’étais président de son comité de soutien pour Berne, je l’ai soutenu jusqu’au bout, même face à mon parti. C’est quelqu’un que j’ai considéré comme capable, d’une stature dont Genève pouvait être fière, car dans ce domaine je me suis toujours refusé à être partisan. Je pense en outre que tout le monde a le droit à l’erreur. Pierre Maudet n’a pas piqué dans la caisse. Mais ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est le mensonge. S’il avait déclaré tout de suite ce qu’il a dit il y a deux jours devant la commission du contrôle de gestion, l’affaire serait sans doute classée. Là, cet homme habile, intelligent, cette bête politique a commencé à s’enfoncer de manière très regrettable dans ces affabulations.

Peut-il selon vous s’en sortir indemne?

Même s’il est blanchi par la justice, il y aura des conséquences, car ce mensonge ne passera pas. Difficile de rattraper cela. Il a connu peu d’échecs, il est travailleur, et là on a le revers de la médaille. Le revers de la médaille est aussi ce côté cassant, peu empathique pour les gens avec qui il travaille, exigeant; il n’est pas toujours facile de travailler avec lui. Dès lors, certains ne vont pas le louper, il s’est fait des ennemis, sans compter ceux qui sont envieux de sa réussite. Il n’est pas possible que cet épisode soit sans conséquences. Genève n’en sort pas indemne non plus. C’est une mauvaise image pour Genève et pour la classe politique, déjà accusés d’être tous des profiteurs, tous des pourris, alors que ma carrière en politique genevoise m’a montré combien la plupart des personnes sont honnêtes et au service de la république.

Avez-vous trouvé l’exercice des excuses efficace?

Je n’ai pas trouvé cela spécialement habile. Ce n’est pas à lui de juger s’il est encore capable de gouverner ou pas. Ce qui manque, dans tout cela, c’est un peu d’humilité. Chez les Romains, au moment du couronnement d’un empereur, un esclave venait lui rappeler la fragilité du pouvoir. Car quand on réussit à un certain niveau, on perd souvent la notion de réalité. En outre, Jacques Chirac avait raison de dire que «les emmerdes ça vole toujours en escadrille». Pierre Maudet a eu l’affaire d’Abu Dhabi, en même temps que celle du vol en jet privé avec Diego Aponte, et le Grand conseil qui a refusé de voter le budget de la commission des travaux pour la prison ….

Est-il juste que ce soit le Conseil d’Etat qui décide des futures attributions de Pierre Maudet quand ses membres sont susceptibles de le couvrir afin de s’assurer qu’on les couvre eux aussi dans des cas similaires à l’avenir?

Il n’existe pas de loi qui puisse imposer à un conseiller d’Etat de se retirer. Mais il est vrai que l’attitude du Conseil d’Etat n’est pas à la hauteur et ses mesures, qui sont des mesurettes, sont d’ailleurs critiquées de tous les côtés car elles n’offrent pas une bonne réponse. D’autres calculs sont à l’œuvre dans ce conseil d’Etat qui compte 3 membres de gauche et 4 de droite : on voit l’extrême gauche qui tire à boulets rouges car cela les arrangerait de remplacer un PLR par une personne de gauche. Mais en réalité, c’était Pierre Maudet qui aurait dû s’excuser et annoncer qu’en attendant que la justice le blanchisse, il se mettrait entre parenthèses jusqu’à ce que la justice ait donné son verdict. Tout cela est dommage car le canton fait face à des problèmes fondamentaux. La fiscalité des entreprises (PF17) doit être précisée d’urgence, alors que les Vaudois ont fixé leur taux à 13,79%. On voit déjà des entreprises et particuliers qui quittent Genève pour Vaud, et le manque à gagner pour le canton est déjà visible. En cette période, il aurait fallu plus que jamais donner une image de cohésion, d’intérêt général focalisé sur la république et ses problèmes.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

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