Bilan

Enchères: le marché mondial a changé

Les ventes ont continué de progresser en 2012, mais les Chinois perdent du terrain, regagné par les Américains. Côté artistes, Andy Warhol détrône Zhang Daqian au sommet du podium.
  • Campbell’s Chicken with Rice Soup (1964) d’Andy Warhol. Vendu en mars 2013 pour 50 000 dollars. Crédits: Justin Lane/Keystone, Dr
  • Les œuvres de Zhang Daqian (1898-1983) ont été détrônées par celles d’Andy Warhol. Crédits: Dr

Andy Warhol a retrouvé dans les ventes aux enchères de 2012 la première place qu’il avait acquise en 2007, puis perdue par la suite. Un peu people, un peu paillettes, la nouvelle attire l’attention. Il suffisait de l’assortir d’un chiffre (329 millions de dollars, soit 309 millions de francs) pour que le tour soit joué.

Tout n’est pourtant pas si simple, à lire le bilan de 89 pages établi par la société française Artprice (eh oui! elle est située à Saint-Romain-au-Mont-d’Or, près de Lyon) et son homologue chinoise Artron. Un bilan par ailleurs très positif: en douze mois, le marché mondial a crû de 6,1%, alors qu’il avait déjà augmenté de 21% en 2011.

Revenons donc à Warhol (1928-1987), qui détrône au sommet du podium Zhang Daqian (1898-1983). Pourquoi ce record? Simplement parce que la fondation qui porte son nom a fortement alimenté le pipeline la reliant à Christie’s. Il y a eu un effet de masse. Le tableau le plus cher de 2012 a beau rester Le cri d’Edvard Munch, vendu 107 millions de dollars en mai.

Mais Munch demeure un peintre rare sur le marché. Il n’a donc pesé «que» 120 millions de dollars en 2012, ce qui le situe au 9e rang du top 500 des artistes. Elémentaire, mon cher Watson!

Le marché chinois souffre des «enchères folles»

Mais à combien se monte, au fait, le niveau mondial des enchères, que surveille jusqu’aux plus petites vacations Artprice? A 12,27 milliards de dollars (ou 11,3 milliards de francs). La part chinoise est restée la plus importante (41%), mais elle s’avère en baisse. Les encaisses ont diminué de 31,14% à Hongkong et à Pékin. En 2012, le marché chinois s’est atrophié, et la faute en incombe à la déréglementation, à l’essoufflement de l’économie et aux ardoises impayées.

Les «enchères folles» ont rendu les vendeurs méfiants. Il y a d’ailleurs eu moins de lots proposés en Chine l’an dernier: 324 442 contre 407 860 en 2011.

La décrue chinoise s’est cependant vu compenser par le rebond américain. Les années 2007 à 2009 ont été catastrophiques outre-Atlantique (moins 65,9%). La remontée s’avère spectaculaire. New York, où se vendent 95% des œuvres proposées aux Etats-Unis, a «gonflé» de 142% entre 2009 et 2012. La Grande-Bretagne, elle, s’est effritée (18%) l’an dernier. Pour toutes sortes de raisons, allant de la peur du fisc à la désorganisation de l’hôtel Drouot, la France perd aussi des miettes.

Elle ne «pèse» plus que 4%, alors même qu’il s’y est vendu 49 300 œuvres, contre 36 500 aux Etats-Unis, l’an dernier. Une part quatre fois plus élevée que celle de la Suisse, elle aussi à la peine: le secteur a perdu 18% de son chiffre d’affaires en un an pour tourner autour de 110 millions de francs.

Impossible d’en rester là. Il faut creuser. Sachez ainsi que les chiffres occidentaux ne tiennent compte que des «fine arts», autrement dit des tableaux, sculptures, dessins, gravures ou photographies. Les arts décoratifs ne sont pas pris en considération. Or certaines vacations d’Art déco peuvent donner de bons résultats, surtout à New York.

Les Chinois ont en revanche inclus les jades et les porcelaines. Et pour cause! Alors que dans la presse il est toujours question d’artistes locaux du XXe siècle, inconnus sous nos latitudes et vendus à des prix fous, les sceaux impériaux ou les meubles Ming battent des records, et 39,42% des encaisses chinoises sont composées d’objets.

Et on ne vous parle pas des invendus

Un chiffre laisse par ailleurs rêveur. Sur 315 000 ventes comptabilisées, 707 lots ont obtenu plus de 1 million de dollars en 2012. Cela ne représente que 0,23%, certes, mais ces lots vedettes phagocytent le rapport Artprice-Atron, de même qu’ils monopolisent les médias. Reste… le reste. On considérait en 2011 que le 1% supérieur représentait 58% du produit des ventes. Autant dire que cela laisse des opportunités à 5000, voire à 1000 dollars…

J’ai parlé plus haut de 315 000 œuvres comptabilisées. Or il y en a eu bien plus et elles n’ont pas échappé à l’œil de lynx d’Artprice. Il existe bel et bien un marché «négatif»: les invendus, les «ravalés», comme on dirait à l’hôtel Drouot. En Chine, ce chiffre se révèle terrifiant: 53% des œuvres n’ont pas trouvé preneur en 2012. L’Occident s’est contenté d’un plus avouable 37%. Allez vous faire voir ailleurs! Nous voilà bien loin du glamour de Warhol… 

Stéphane Delberg

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