Bilan

En Russie, le pouvoir d'achat a chuté de 9% en deux ans de crise

Le pouvoir d'achat continue de se détériorer en Russie malgré la sortie de la crise qui se dessine.

Plus généralement, toute la population a limité sa consommation, réduisant notamment les grosses dépenses.

Crédits: AFP

La crise économique qui frappe la Russie depuis deux ans a coûté aux ménages 9% de leur pouvoir d'achat, qui continue de se détériorer malgré la sortie de récession qui se dessine, selon des statistiques publiées mercredi.

Selon le rapport mensuel de conjoncture de l'agence Rosstat, les revenus réels, principal indicateur du pouvoir d'achat, ont reculé de 5,9% en 2016 après une baisse de 3,2% en 2015, soit un plongeon total de 8,9% au cours de la plus longue récession traversée par le pays depuis l'arrivée au Kremlin de Vladimir Poutine en 2000.

Les ventes de détail ont enregistré de leur côté un recul de 15% sur les deux dernières années (-5,2% en 2016 et -10% en 2015).

La Russie a plongé en récession fin 2014 à cause de l'effondrement des prix du pétrole, dont son économie est très dépendante, et des sanctions imposées par les Occidentaux à la suite de la crise ukrainienne.

La crise a été marquée par une envolée des prix, d'où des effets directs pour la population car ni les salaires ni les retraites n'ont suivi l'inflation.

En bas de l'échelle, le nombre des Russes vivant sous le seuil de pauvreté (autour de 150 euros par mois) a atteint environ 19 millions ces deux dernières années, sur plus de 140 millions d'habitants, contre 16 millions en 2014.

Plus généralement, toute la population a limité sa consommation, réduisant notamment les grosses dépenses (immobilier, voyages à l'étranger, voitures).

Malgré la stabilisation de l'activité économique observée en fin d'année dernière, la tendance a été de nouveau sombre en décembre pour les ménages avec un recul de 6,1% sur un an des revenus des ménages et de 5,9% sur un an des ventes de détails.

Consommateurs timides

Selon les observations de l'institut sociologique Romir, les dépenses de consommation des Russes, corrigées de l'inflation, ont été à leur plus bas niveau depuis cinq ans en décembre pour les fêtes, révélant une "sobriété et un bon sens" inhabituels dans les comportements des acheteurs.

Ces chiffres suggèrent que la consommation reste le point noir de l'économie russe alors que la production industrielle a enregistré un bond de 3,2% sur un an.

"Dans l'ensemble, il semble que l'économie a enregistré au quatrième trimestre une croissance en glissement annuel (d'environ 0,3%) pour la première fois depuis 2014", a commenté William Jackson, économiste du cabinet Capital Economics.

Mais "la faiblesse de la construction et des ventes de détail à la fin de l'année rappellent que la reprise s'annonce faible", a-t-il ajouté.

Pour 2017, le gouvernement table sur un scénario plus dynamique que craint initialement grâce au rebond récent des cours du pétrole. Lors du forum économique de Davos, le numéro deux du gouvernement Igor Chouvalov a estimé que la croissance pourrait atteindre entre 1% et 2% après une contraction d'environ 0,5% du produit intérieur brut en 2016 et de 3% en 2015.

Il a cependant prévenu que ce niveau était insuffisant au vu des besoins du pays et jugé que l'économie russe n'était pas encore sortie d'affaires: "Cela sera le cas quand nous aurons une croissance solide et une hausse des revenus de la population", a-t-il estimé à la télévision publique à l'issue du forum.

Au-delà du rebond attendu cette année, les autorités russes craignent une croissance amorphe à cause des freins structurels et le président Vladimir Poutine, qui devrait briguer un nouveau mandat début 2018, a demandé au gouvernement de lui présenter au printemps des mesures pour accélérer la tendance.

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