Bilan

En crise, l’Argentine taxe les entreprises

Face à une dévaluation de plus de 50% de sa devise face au dollar, le gouvernement a décidé d’augmenter les impôts des secteurs exportateurs. Il espère ainsi combler son déficit fiscal.

Le ministre du Trésor Nicolas Dujovne a négocié un prêt anticipé avec le FMI.

Crédits: Yuri Gripas/Reuters

L’Argentine est en crise. A l’instar d’autres économies émergentes de la région comme le Brésil et le Mexique, le pays a enregistré une forte dévaluation de sa devise à la suite de l’augmentation des taux d’intérêt aux Etats-Unis.

Le billet vert vaut actuellement près de 38 pesos. Depuis le début de l’année, la devise argentine est celle qui a enregistré la plus forte dévaluation face au dollar. La dégringolade atteint plus de 50% et les interventions de la Banque centrale argentine n’ont pas inversé la tendance. Pire: les taux d’intérêt ont grimpé à 60%, un record mondial.

Face au besoin de liquidités pour combler le déficit fiscal, Nicolas Dujovne, ministre du Trésor, a dû demander un prêt anticipé au FMI. Le 4 septembre, il a rencontré sa directrice Christine Lagarde à Washington afin d’obtenir une première tranche sur les 50 milliards de dollars prévus sur trois ans. «Les détails du prêt du FMI ne sont pas encore connus. On parle d’augmenter les montants des remboursements à l’institut, pas seulement d’un prêt anticipé. Il est possible que le FMI prête 5 à 10 milliards de dollars supplémentaires. Mais plus que tout, il faut un appui de l’opposition politique sur la manière de rembourser le prêt au FMI», relève Fernando Baer, économiste au sein de la société de conseil Quantum Finanzas. Il ajoute: «Atteindre l’équilibre fiscal en 2019, soit l’objectif fixé par le gouvernement, est une mission assez compliquée. Elle n’est pas impossible, mais ce sera difficile.» 

Taxés 4 pesos par dollar exporté

Pour y parvenir, le gouvernement a décidé notamment d’augmenter les impôts auprès des principaux secteurs exportateurs, comme les matières premières agricoles et les services, dont les logiciels sont une activité majeure avec des exportations de 1,6 milliard en 2017. Ils seront taxés à hauteur de 4 pesos par dollar exporté, les autres exportations à 3 pesos. Ainsi, 1,8 milliard, puis 7,4 milliards rentreront dans les caisses de l’Etat, respectivement en 2018 et 2019. 

«C’est un impôt sur l’intelligence, critiquait récemment Anibal Carmona, président de la Chambre de l’industrie argentine du logiciel dans le quotidien argentin La Nación. Notre secteur comprend ce qu’il se passe. Il y a une crise très aiguë, mais la dernière chose à faire est d’hypothéquer le futur.» Fernando Baer reconnaît que les mesures prises par le gouvernement ne sont pas idéales, mais elles répondent à une situation d’urgence. «Avec l’évolution des taux de change, ces secteurs sont aujourd’hui beaucoup plus compétitifs qu’il y a deux mois. Leurs impôts augmentent, mais de l’autre côté les entreprises bénéficient d’une dévaluation de plus de 50% depuis le début de l’année», relève-t-il.

De son côté, Mario Rapoport est plus critique. Pour ce professeur d’économie et directeur du Centre d’investigation de l’histoire économique, sociale et des relations internationales de l’Université de Buenos Aires, «le gouvernement a mal compris le monde dans lequel nous vivons. Nous avons décidé d’ouvrir notre économie alors que les Etats-Unis de Donald Trump privilégient le protectionnisme. En 1959 en Argentine, il y a aussi eu une forte dévaluation du peso. Mais l’objectif était d’attirer des investissements productifs. Il y avait un plan de développement.

Aujourd’hui, le plan de l’Argentine est uniquement financier. Cela ne marchera pas.» Selon lui, parallèlement aux exportations agricoles, l’Argentine doit développer l’agro-industrie, ainsi que des secteurs qui découlent des recherches scientifiques et technologiques. «C’est cela qui va nous apporter des devises, pas uniquement le recours aux organismes internationaux pour rembourser nos dettes», avance-t-il. Selon les propos récents du président de Moody’s, la récession qui a débuté en avril pourrait durer jusqu’en 2020 en Argentine. 

Daniel Eskenazi

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