Bilan

En ville, les arbres gagnent du terrain

Réchauffement climatique, pollution, stress… La végétalisation des quartiers peut remédier à ces problèmes. Alors que le marché est sur le point d’exploser, quels sont les enjeux financiers?

Crédits: Didier Marti / Getty images

Patron de Belandscape, Laurent Essig est catégorique: «Le marché de la renaturation des villes est sur le point d’exploser. Toutes les prémices sont réunies. D’abord, le réchauffement climatique s’aggrave chaque année. Et puis le souci du développement durable s’amplifie, de même que l’intérêt des citadins pour la nature. Les entreprises de paysage et de génie civil ainsi que les pépiniéristes se profilent comme les principaux gagnants de ce boom en gestation.» Selon ce Neuchâtelois, notamment à l’origine du Festival Arbres et Lumières de Genève, les atouts de la verdure en zone urbaine font désormais l’objet d’un large consensus. Alors qu’il fait de 4 à 7 degrés plus chaud en ville qu’à la campagne, les arbres y apportent de l’humidité par transpiration, de l’ombre et de la fraîcheur, ainsi qu’une dimension esthétique apaisante. Il est en outre démontré qu’installer de la végétation sur un sol asphalté permet de diminuer la température de l’air de 5 degrés.

Le boom du marché de la végétalisation, aux Pépinières Baudat à Romanel-sur-Lausanne, Mélanie Baudat le constate déjà. «Sur ces deux dernières années, nos ventes ont augmenté de 10 à 15%. L’essor a eu lieu parallèlement à la vague verte politique qui a traversé l’Europe en 2018. Nous recevons énormément de gens qui veulent planter des essences favorisant la biodiversité en matière de flore comme de faune dans leur jardin.» Les thuyas cèdent ainsi la place aux charmilles. Côté prix, il ne faut pas plus de quelques centaines de francs pour transformer une pelouse stérile en bosquet regorgeant d’oiseaux. Pour cela, il suffit de planter sorbiers, sureaux et aubépines. La gamme de prix des arbres est vaste. Un jeune saule d’un an coûte dans les 20 francs, tandis qu’un érable japonais de grande taille peut atteindre les 30 000 francs. Très courus, les oliviers à vieux troncs peuvent atteindre des prix spectaculaires grimpant
à plusieurs dizaines de milliers de francs. «Les meilleures essences pour contrer la chaleur sont les arbres à pied, hauts et amples, à gros volume de feuillage. On parle typiquement d’arbres d’avenue», reprend Mélanie Baudat. Avec des conditions d’arrosage et un volume de terre optimisés, les arbres en pots peuvent aussi contribuer de manière conséquente à atténuer la chaleur.

Des bienfaits «très sous-estimés»

Auteur d’un récent ouvrage* où il présente les structures vertes temporaires qu’il a créées, Laurent Essig déplore néanmoins que «les paysagistes arrivent sur les projets après tous les autres contributeurs. Et à ce moment-là, il ne reste souvent quasiment plus de budget – moins de 2% – pour végétaliser un site. Les bienfaits des arbres restent très sous-estimés. De notre point de vue, il faudrait dissocier les crédits attribués à la construction et ceux réservés aux espaces verts, afin de garantir des moyens adéquats pour la végétalisation.»

De son côté, un spécialiste actif auprès d’une grande commune pointe: «Planter un arbre le long d’une rue ou sur une place bétonnée coûte beaucoup plus cher que le prix de l’arbre lui-même. Une telle opération demande d’importants travaux d’aménagement, ce qui pousse vers le haut les investissements nécessaires.»

Les grands gagnants ? «Les entreprises de paysage et de génie civil ainsi que les pépiniéristes» Laurent Essig (Crédits: Anne Colliard)

A l’état naturel, les racines d’un arbre s’étendent jusqu’à deux ou trois fois plus loin que la projection de sa couronne au sol. Lors de la période d’urbanisation des Trente Glorieuses, la végétation a été sacrifiée à la construction des routes et des logements. Pour verdir des quartiers, il faut donc entretenir ou créer des fosses de plantation afin de permettre aux arbres de se développer. Des conditions difficiles que seules certaines essences peuvent surmonter. «Les arbres plantés dans les agglomérations doivent faire face à un environnement extrême, avec des températures grimpant de nos jours jusqu’à 35-37 degrés. Les essences qui y résistent le mieux sont des arbres que l’on trouve actuellement à Athènes ou dans le sud de la France», note Laurent Essig.

L’exemple de Singapour

A l’échelon international, Singapour se distingue par une politique volontariste en matière de végétalisation qui pourrait faire école. Maintes fois primée pour ses efforts en matière de développement durable, la cité-Etat s’est dotée d’une législation prévoyant que toute nouvelle construction soit accompagnée de créations d’espaces verts au sol de même que sous la forme de jardins suspendus. Deux millions d’arbres ont ainsi été plantés dans la cité-jardin en moins de cinquante ans.

* Temporary Landscapes, Laurent Essig, Editions PC Pages


Les champions urbains

(Crédits: Dr)

Le paulownia

Originaire d’Asie, cette essence étale son feuillage sur une large surface et peut atteindre 20 m de haut. Ses fleurs violettes en forme de trompette sont mellifères. Plante pionnière, cet arbre pousse sur tous les sols, en plein soleil et absorbe 10 fois plus de CO2 qu’un hêtre. Le paulownia survit aux feux de forêt grâce à des racines qui se régénèrent rapidement.

(Crédits: Dr)

L’érable de Montpellier

Très résistant à la sécheresse, l’érable de Montpellier supporte la chaleur aussi bien que le gel, ce qui le rend intéressant pour les plantations en milieu urbain. Vu son enracinement en surface, l’arbre qui vit jusqu’à 150 ans peut aussi servir à stabiliser des pentes.

(Crédits: Dr)

Le chêne vert

Arbre majestueux demandant un sol profond, le chêne vert est très apprécié pour son feuillage, sa hauteur et sa facilité d’entretien. Dotée d’un feuillage persistant et résistant au froid, cette essence est idéale pour les parcs.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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