Bilan

En Ethiopie, usine rime avec Chine

Les Chinois multiplient les parcs industriels dans ce vaste pays où la main-d’œuvre africaine est abondante et ne coûte qu’un franc par jour. Le secteur textile y prospère.

Hawassa, à 275 km au sud d’Addis-Abeba, vante son lac à 1700 m d’altitude, ses marabouts et son… parc industriel de 21 000 employés! C’est le résultat du soutien financier de Pékin grâce auquel le gouvernement éthiopien industrialise le pays à marche forcée. Dans son bureau de l’usine toute neuve d’Everest Textile, le directeur taïwanais ne cache pas sa satisfaction: «Les coûts de fabrication sont plus avantageux que partout ailleurs: un T-shirt revient entre 3 et 5 centimes à la sortie de chaîne.»

Dans sa halle, il fait travailler 1800 employées, avec l’objectif d’en engager encore 2200. Everest est le fournisseur de Nike, Adidas, Patagonia, North Face, etc. Il y a deux ans, les 300 ha du parc, où flottent les drapeaux éthiopiens et chinois, n’étaient que champs et pâturages. Le terrain appartenant à l’Etat, il a été facile d’en déloger ses occupants. Au total, il accueille des dizaines de fabricants et vise 60 000 employés à l’horizon 2020. 

25 dollars par mois

Alignées au cordeau sur la chaîne de montage, des milliers de jeunes Ethiopiennes taillent, cousent, repassent et apposent des étiquettes sur des vêtements qui afficheront des marques connues comme Calvin Klein, Ralph Lauren, Puma, Decathlon, etc.  

Leur rythme de travail est de 48 heures par semaine, quels que soient les fêtes religieuses et jours de jeûne (250 par an!) qui émaillent le calendrier orthodoxe. Ne rien manger ou boire de la veille au soir jusqu’à 3 h de l’après-midi n’empêche pas de manier la machine à coudre. Même si le travail est monotone et chichement payé: «Une ouvrière gagne de 750 à 950 birrs, soit plus ou moins 25 dollars par mois, mais elle est nourrie à midi et transportée en bus jusqu’à l’usine», précise le boss chinois. En comparaison de l’Asie, l’Ethiopie est le lieu de fabrication le plus avantageux. Le travail en Indonésie revient à 300 dollars. Everest possède 4 autres usines: à Shanghai, Taïwan, en Inde et en Thaïlande.

Le gouvernement éthiopien a fait venir des ouvriers qui ont travaillé 24 heures sur 24 pour construire ce parc grâce à une entreprise publique chinoise. En neuf mois, elle a fait sortir de terre 37 bâtiments identiques. Le parc comprend une station d’épuration (zéro rejet) ainsi qu’un guichet pour les démarches administratives.
Il permet d’obtenir plus rapidement les licences d’exportation ainsi que les visas pour les cadres étrangers. Il facilite le recrutement de la main-d’œuvre, majoritairement composée de femmes.  

La politique d’investissement est dirigée par l’Ethiopian Investment Board (BEI) présidé par le premier ministre. Les parcs sont exemptés d’impôts sur le revenu jusqu’à dix ans. La durée du bail foncier est de 60 à 80 ans. Après le Vietnam ou le Bangladesh, l’industrie mondiale de l’habillement a trouvé un nouveau débouché dans ce pays de 107 millions d’habitants, grand comme deux fois la France mais souvent touché par la sécheresse et sans accès à la mer. Il est en passe de devenir l’échelon le plus bas de la chaîne textile. Omniprésente en Ethiopie, la Chine a construit le train reliant Djibouti à Addis-Abeba – inauguré en janvier dernier –, le tram de la capitale et même le siège de l’Union africaine. A quel prix? Nul ne connaît les modalités des contrats passés avec Pékin: «Ils investissent. C’est bon pour l’économie», ajoute Busera Awel, directeur commercial d’Ethiopian Airlines. 

Ce reportage a été réalisé via un voyage de presse organisé par Ethiopian Airlines.

Oliver Grivat

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