Bilan

Emploi: ces statistiques et ces sondages qui se contredisent

Le regain d’optimisme régnant sur le marché de l’emploi est-il justifié? C’est la question que posent les divergences qui apparaissent lorsqu’on se penche sur les résultats de plusieurs analyses.

Le nombre de nouvelles places vacantes est actuellement supérieur à celui de janvier 2020.

Crédits: Keystone

A en croire le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), le nombre de places vacantes volontairement annoncées auprès des offices régionaux de placement n’a jamais été élevé depuis plusieurs années. Au mois d’avril 2021, il a bondi à 50'101, dont 36'176 liées à l’obligation de communiquer les emplois à repourvoir pour certains types de professions présentant un taux de chômage d'au moins 5%.

Les postes disponibles sont aussi plus nombreux par rapport à la période précédant la crise sanitaire et économique si on ne tient pas compte de cette contrainte. De même, le nombre de nouvelles places vacantes (37'203) est supérieur à celui de janvier 2020.

Difficile de repourvoir les postes vacants

L’indicateur de l’emploi du KOF, le centre de recherches conjoncturelles de l’EPFZ, confirme un changement de tendance. Il est en nette progression au mois d’avril et ne se situe plus que légèrement en dessous de la moyenne à long terme. «Pour la première fois depuis le début de la crise du Covid, les entreprises qui prévoient d'augmenter leurs effectifs au cours des trois prochains mois sont plus nombreuses que celles qui prévoient de les réduire», indique le KOF. Et c’est le cas dans la plupart des branches économiques.

Dans un communiqué publié récemment, l’organisation faîtière Employés Suisse relève que l’offre et la demande divergent de plus en plus sur le marché du travail en se référant à une étude du portail Dynajobs. «Il n’a jamais été aussi difficile de repourvoir les postes vacants. Et la tendance est à la hausse. (...) Alors que les entreprises licencient d’un côté, elles recherchent de l’autre du personnel nouveau et différemment qualifié.»

Les difficultés de recrutement affectent particulièrement l’informatique bancaire, le commerce et les soins médicaux. Les employeurs recherchent de plus en plus des collaborateurs titulaires de diplômes supérieurs afin de pouvoir répondre aux nouvelles exigences du marché.

Craintes de pénurie de main d'oeuvre qualifiée

Depuis quelques années, les craintes de pénurie de main d'œuvre qualifiée se sont exacerbées avec la fin de l’activité professionnelle de la génération des baby-boomers (personnes nées entre 1946 et 1964). «Entre 2020 et 2029, ce sont environ 1,1 million de personnes qui atteindront l’âge de la retraite», indique Credit Suisse. Pour les branches qui peinent déjà à recruter, la situation deviendra encore plus délicate.

Lié aussi à la baisse du taux de chômage de 3,7% à 3,3% en quatre mois, le regain d’optimisme constaté sur le marché de l’emploi par le Seco, le KOF et Dynajobs est toutefois à nuancer. La dernière analyse de Manpower montrent que les entreprises anticipaient des possibilités d’embauche limitées entre avril et juin avec une augmentation nette d’emplois de +2%. Et «11% des employeurs interrogés prévoient d’atteindre les niveaux d’embauche enregistrés début 2020 dès la fin juillet 2021, et 10% d’ici la fin décembre 2021.»

Chez Adecco, «contrairement à la tendance haussière attendue en début d'année, le nombre d'offres d'emploi a stagné au 1er trimestre 2021 du fait du Covid par rapport au trimestre précédent (+1%), l'évolution en Suisse romande et italienne à + 8% étant plus positif qu'en Suisse alémanique (-1%).»

Des sondages mitigés

Les résultats des sondages menés entre la mi-février et le début avril par trois chambres de commerce et d’industrie romandes sont pour le moins mitigés. Dans les cantons de Fribourg, Neuchâtel et de Vaud, seulement 23%, 16% et 15% des entreprises envisagent d’augmenter leur effectif dans l’année en cours.

A Fribourg et Neuchâtel, les sociétés occupant entre 30 et 100 collaborateurs sont un peu plus optimistes: 31% d’entre elles ont l’intention d’accroître le nombre de leurs employés. A l’inverse, seule une minorité d’acteurs comptent supprimer des emplois. La grande majorité des entreprises misent sur une stabilité de leur effectif au cours des prochains mois.

Publié le 27 mai 2021, le baromètre de l’emploi de l’Office fédéral de la statistique pour le 1er trimestre de cette année montre aussi une certaine frilosité des employeurs. Seule une petite minorité envisage d'embaucher du personnel.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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