Bilan

Elon Musk, Tim Cook, Larry Page... alliés contre Donald Trump

Face à la montée en puissance de Donald Trump dans les primaires républicaines aux Etats-Unis, ses adversaires serrent les rangs. D'influents membres du parti républicain ont invité les CEO de grands groupes de la Silicon Valley à agir contre le favori des sondages.
  • S'il a les faveurs des sondages dans la course à l'investiture républicaine, Donald Trump n'a que peu de soutiens de la part du monde économique, et de la Silicon Valley en particulier.

    Crédits: Image: AFP
  • La réunion s'est tenue en marge d'un sommet de l'Americain Enterprise Institute, sur l'île géorgienne de Sea Island.

    Crédits: Image: SeaIsland.com
  • La réunion aurait réuni des élus politiques républicains et démocrates, mais aussi des dirigeants de la Silicon Valley comme Tim Cook (Apple), Elon Musk (Tesla Motors, SpaceX) ou encore Larry Page (Google) (de g. à dr.).

    Crédits: Image: Vanity Fair

Un homme d'affaires qui se présente à la candidature pour la présidentielle américaine: après l'acteur hollywoodien (Ronald Reagan), les professeurs de droit (Bill Clinton et Barack Obama), l'exploitant pétrolier (George W. Bush), la candidature d'un homme d'affaires médiatique, partisan d'une économie débarrassée d'un maximum de contraintes réglementaires, aurait pu ressembler à une belle opportunité pour les milieux d'affaires américains, et les nouveaux géants de la technologie en particulier. Mais quand ce candidat s'appelle Donald Trump et qu'il multiplie les provocations, surenchères populistes et déclarations fracassantes, l'opportunité prend des airs de cauchemar.

Pendant de longs mois, la Silicon Valley a observé le phénomène de loin, laissant le processus des primaires républicaines se dérouler sans s'y impliquer. Cependant, au fil des mois, celui que de nombreux centristes du parti voyaient en «épouvantail» est monté en puissance, voyant ses adversaires dans la course à l'investiture républicaine jeter l'éponge les uns après les autres. De 17 sur la ligne de départ à l'automne, ils ne sont plus que quatre actuellement en lice (Ted Cruz, Marco Rubio, John Kasich et Donald Trump) à briguer l'investiture du Grand Old Party.

Les attaques de Trump contre Apple

Or, tout au long de l'automne et de l'hiver, le milliardaire new-yorkais a multiplié les déclarations fracassantes, allant souvent à l'encontre des intérêts du secteur technologique. Alors que la Silicon Valley recrute à travers le monde entier les talents les plus brillants, le magnat de l'immobilier annonce vouloir ériger un mur sur la frontière mexicaine (à quelques centaines de kilomètres au Sud de la Silicon Valley) afin de mettre fin à l'immigration mexicaine, ou encore interdire d'entrée les immigrants de confession musulmane.

Depuis quelques semaines, l'ancien animateur de l'émission de téléréalité The Apprentice a même clairement attaqué la Silicon Valley. Dans le cadre du débat actuel qui oppose le FBI à Apple sur les données de l'iPhone des terroristes de San Bernardino, Donald Trump s'en est violemment pris à la firme de Tim Cook qui refuse actuellement de fournir un logiciel pour récupérer les données sur le smartphone des terroristes. Jouant sur la fibre patriotique, il a multiplié les attaques lors de ses derniers meetings et lors des débats télévisés au cours desquels le sujet a été abordé. Ce faisant, il s'est sans doute définitivement coupé des entrepreneurs de la Silicon Valley et de l'univers tech. Le point de non-retour ayant été atteint quand il a appelé au boycott de la marque à la pomme.

La riposte pourrait venir prochainement.  A en croire une information du Huffington Post USA, une réunion s'est tenue voici quelques jours sur une île privée au large de la Géorgie. A l'instigation de Karl Rove, qui fut l'un des plus proches conseillers de George W. Bush, un meeting a réuni une série d'élus démocrates et républicains opposés à Donald Trump, ainsi que plusieurs propriétaires et dirigeants de grandes firmes de la Silicon Valley. Auraient notamment été présents Elon Musk (Tesla Motors, SpaceX), Larry Page (Google), Sean Parker (Napster) ou encore Tim Cook (Apple).

Ce sommet informel s'est tenu en marge d'une réunion annuelle qui voit dirigeants de grandes entreprises et personnalités politiques se retrouver en Géorgie, l'American Enterprise Institute (AEI). Une douzaine de membres républicains du Congrès, sénateurs et élus de la Chambre des représentants, ont pris part à cette réunion, en compagnie d'élus démocrates et de nombreux entrepreneurs en plus des stars de la Silicon Valley, ainsi que de dirigeants des médias, comme Arthur Sulzberger, éditeur du New York Times. Signe que, de la mouvance centriste du parti républicain jusqu'à la gauche de l'échiquier démocrate, en passant par les milieux économiques, un front anti-Trump se dessine.

«La tâche majeure est moins de comprendre Trump que de l'arrêter» 

Rien n'a filtré sur le contenu des échanges. Officiellement, la réunion visait davantage à analyser la montée en puissance de Donald Trump au cours des mois écoulés qu'à envisager une stratégie pour lui faire barrage. Cependant, le journaliste Bill Kristol, du Weekly Standart, a glissé quelques confidences au Huffington Post: «La tâche majeure désormais est moins de comprendre Trump que de l'arrêter». Tout en tweetant (publiquement) que ses tweets durant le sommet étaient du "off".

Karl Rove, pourtant peu suspect de se situer à gauche de l'échiquier politique américain, aurait mené devant l'assistance une présentation sur les forces et faiblesses de Donald Trump, basée sur des enquêtes d'opinion auprès des électeurs américains, lesquels, selon ces sondages, auraient du mal à l'imaginer en tant que président ou en modèle pour leurs enfants. Aucune stratégie précise n'aurait toutefois été mise sur pied pour faire échec à celui qui mène la danse dans les primaires républicaines actuellement.

Avec le poids des dons aux comités de soutien, il y a cependant fort à parier que les richissimes entrepreneurs présents pourraient prochainement coordonner leurs offrandes, soit afin de soutenir un autre candidat que Trump du côté républicain, soit en économisant leurs cartouches pour soutenir le candidat démocrate dès cet été. Les revenus faramineux des CEO de la Silicon Valley pourraient donc être mis à contribution pour peser dans la campagne et faire échec à un autre entrepreneur.

Il s'agirait donc d'une première. Car si la Californie penche traditionnellement du côté démocrate, le monde économique américain a, par le passé, plutôt soutenu les candidats proches de l'entrepreneuriat ou issus de ce milieu. En 2016, même les dirigeants économiques traditionnels et éloignés de la Silicon Valley ne soutiennent pas Donald Trump. S'ils ont renoncé à déployer leur fortune pour faire barrage au magnat de l'immobilier, les frères Koch, qui figurent parmi les plus grandes fortunes mondiales, ne devraient pas non plus soutenir sa candidature: le fantasque candidat les ayant directement attaqués, faisant allusion à leur soutien (supposé) à l'un de ses adversaires républicains.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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