Bilan

Elon Musk plaide pour une taxe carbone

A Paris, en marge de la COP 21, le fondateur de Tesla et SpaceX a exprimé un credo simple : pas de transition énergétique sans taxe sur le CO2.

Devant les étudiants de la Sorbonne, le fondateur de Tesla Elon Musk a exhorté les étudiants à devenir des activistes en faveur d'une taxe carbone.

Crédits: DR

Devant les étudiants de la Sorbonne où il s’exprimait en marge de la conférence sur le climat, Elon Musk a martelé un message : «Nous avons construit une civilisation incroyablement sensible au changement climatique. » Alignant les slides et les punch lines dans un amphithéâtre Richelieu plus habitué aux cours d’histoire médiévale, le serial entrepreneur américain a ramené le débat à un argument simple : «Ne pas payer pour émettre du CO2 revient exactement à ne rien payer pour qu’on ramasse vos ordures. »

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Archétype de l’entrepreneur libéral, Elon Musk ne veut pas augmenter la charge fiscale. Mais son constat est simple : « Dans le meilleur des cas, il n’y a pas de réchauffement climatique et de toute façon nous sortons des énergies fossiles parce que celle-ci sont par nature limitées. Dans le pire des cas, le réchauffement provoque la disparition de 10% des surfaces terrestres habitables et le déplacement de deux milliards de personnes. C’est un résultat pire que celui de toutes les guerres combinées au cours de l’histoire. Or, 97% des scientifiques penchent pour ce second scénario quand 3% penchent pour le premier. Allons-nous faire comme avec le débat sur le tabac, entretenir la polémique scientifique pour justifier de ne rien faire ? Si vous y réfléchissez le second scénario est l’expérience la plus stupide que vous puissiez tenter. Alors pourquoi le faire ? »

5300 milliards de dollars de subventions pour le CO2

«Dans un marché normal, poursuit l’entrepreneur d’origine sud-africaine, si un agent économique produit un bénéfice de 10 euros et un préjudice de 4 euros son profit net ne devrait être que de 6 euros. Ce n'est pas ce qui se passe. Cette entité économique qui produit 10 euros de bénéfice et 4 euros de préjudice, touche 10 euros de profit net. Parce que l’on ne prend pas en compte les externalités négatives. C'est comme de ne pas payer pour le ramassage des ordures.»  Selon lui, on aboutit à une situation où les émissions de 35 gigatonnes de CO2 sont de facto subventionnés à hauteur de 5300 milliards de dollars par an.

Elon Musk convient de l’idée que, quand un gouvernement intervient pour fixer un prix, d’habitude cela ne marche pas. Mais il fait une exception : « Quand le prix est mal fixé au départ parce que, comme dans le cas du carbone, il ne tient pas compte des externalités. Le seul moyen est alors de réparer cette erreur de prix avec une taxe carbone. Elle est neutre par ailleurs, en diminuant  la TVA par exemple. »

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Elon Musk pense que la limite à 2 degrés du réchauffement sous-estime la réalité. Et il n’a vu aucune technologie de capture de stockage du CO2 fonctionner de manière économique. Il considère que vue la base installées de notre système énergétique son évolution est un énorme défi. « Le parc de véhicules mondial est de l’ordre de 2 milliards et seulement 100 millions de véhicules sont changés chaque année ce qui rend la transition extrêmement lente. » L’entrepreneur considère que même si l’on commence la transition maintenant avec une taxe sur le carbone on n’observera pas de changements significatifs avant dix ou vingt ans.

Ses propres intérêts

Bien sûr, comme Elon Musk dirige une société qui produit des voitures électriques et en préside une autre qui est le principal installateur de panneaux solaires aux Etats-Unis, Solar City, les journalistes auxquels il a répondu pendant plus d’une heure après la conférence lui ont posé la question de ses propres intérêts. Après avoir rappelé que Space X – son autre entreprise spatiale- souffrirait d’une taxe carbone et que Tesla n’en bénéficierait pas forcément - dans la mesure où beaucoup d’électricité est produite avec des énergies fossiles - il a donné un chiffre édifiant sur la question du lobbying. «L’intégralité des revenus de l’industrie solaire aux Etats-Unis ne représente même pas le bénéfice annuel d’Exxon. » 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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