Bilan

Elections: les attentes des patrons et des syndicats

Comment le nouveau Parlement devra-t-il répondre aux défis qui attendent la Suisse? EconomieSuisse, l’Usam et l’USS donnent leur avis.
  • Les parlementaires fédéraux élus le 18 octobre resteront quatre ans en poste.

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  • Une clause d’EconomieSuisse veut contrôler l’immigration sans menacer la voie bilatérale.

    Crédits: Di Nolfi/Keystone

Dans quelques semaines, les parlementaires fédéraux élus le 18 octobre 2015 prendront leur fonction pour une durée de quatre ans. Dans un contexte politico-économique mondial difficile, la Suisse devra surmonter de nombreux obstacles pour parvenir à conserver sa compétitivité.

Bilan a demandé aux deux grandes organisations patronales helvétiques, EconomieSuisse et l’Union des arts et métiers (elles représentent respectivement les grandes entreprises et PME), ainsi qu’à l’Union syndicale suisse (elle est chargée de défendre les intérêts des salariés) quels sont, à leurs yeux, les principaux défis que le Parlement devra relever d’ici à 2019 et comment il doit procéder pour y parvenir.

Economie Suisse: 

1. Introduire une clause de sauvegarde pour contrôler l’immigration

«La décision du peuple du 9 février 2014 doit être respectée. Une application au pied de la lettre de l’initiative UDC obligerait toutefois la Suisse à résilier l’accord sur la libre circulation des personnes, enclenchant l’abrogation des accords bilatéraux et la prolongation de l’incertitude. Ce qui serait particulièrement néfaste pour les investissements et l’emploi. Notre proposition d’introduire une clause de sauvegarde mérite d’être prise au sérieux: elle permet de contrôler l’immigration nette sans pour autant mettre en danger la voie bilatérale et sans imposer à nos entreprises de longues et chères démarches administratives. Les initiants eux-mêmes ayant stipulé que «les intérêts globaux de l’économie doivent être pris en considération», une telle marge de manœuvre est envisageable. Poursuivre et développer la voie bilatérale n’est pas un caprice, mais une nécessité. Pour notre pays, l’isolement serait suicidaire.»

2. Lever les incertitudes dans l’imposition des entreprises

«Les entreprises dont l’activité se déroule principalement à l’étranger bénéficient d’une charge fiscale réduite au niveau cantonal et communal. Ce système n’étant plus accepté au niveau international, une réforme s’impose. Les principaux instruments ont été identifiés avec le concours des cantons où la charge fiscale des sociétés sera harmonisée avec le soutien de la Confédération. Il importe que le Parlement mette sous toit cette réforme rapidement. L’incertitude plane déjà depuis 2007. Certes, la réforme entraînera un manque à gagner durant la période de transition, mais ne pas agir serait dramatique: sans mesures de remplacement et ajustement de la fiscalité, la Suisse perdrait son attractivité fiscale. Les conséquences seraient sévères. A elles seules, les sociétés bénéficiant actuellement d’un statut fiscal paient 50% de l’impôt fédéral direct et assurent environ 180 000 emplois directs et quelque 240 000 emplois indirects.»

3. Une politique énergétique sûre et supportable

«La Suisse doit se passer du nucléaire. Dont acte. Mais le plan doit encore être sérieusement amélioré. Le Conseil des Etats s’y est employé, en y apportant des retouches pragmatiques. Il revient au Conseil national de revenir à plus de raison. C’est la seule manière de mener à bout ce projet très ambitieux qui va bien au-delà de la question du nucléaire: il concerne l’ensemble des sources énergétiques et suppose une baisse drastique de la consommation, de produire bien plus d’électricité renouvelable et d’ouvrir notre bourse pour financer le tout. La première étape, débattue au Parlement, ne permettra d’atteindre que la moitié des objectifs. La seconde, une réforme fiscale écologique, est déjà fortement contestée. Nous sommes encore loin d’une politique énergétique crédible, viable et financièrement supportable. La priorité donnée à une production électrique irrégulière diminuera la sécurité d’approvisionnement et accroîtra les importations. Le prix de l’énergie augmentera. Le peuple tranchera.»

Union suisse des arts et métiers:

1. Supprimer les réglementations inutiles

«Les coûts réglementaires inutiles représentent 10% du produit intérieur brut, soit au moins 60 milliards de francs par an. Il faut les supprimer. Cela permettra d’économiser 10 milliards de francs rien qu’au niveau fédéral, comme l’a confirmé le Conseil fédéral dans son rapport de 2013. La Confédération a également établi une liste de mesures concrètes pour y parvenir. Durant la prochaine législature, les politiques devront veiller à ce que ces mesures soient mises en œuvre. Les coûts réglementaires inutiles doivent être supprimés pour permettre à l’économie de créer de la croissance et d’investir dans le développement de produits novateurs. Les politiques doivent instituer un instrument de mesure des coûts réglementaires empêchant l’apparition constante de nouvelles charges. Pour les entreprises, chaque loi porte une «étiquette de prix». Les politiques doivent connaître les coûts lorsqu’ils se penchent sur de nouvelles législations. C’est la seule manière de stopper la hausse continue des coûts réglementaires.»

2. Garantir la prévoyance vieillesse

«L’AVS affronte d’énormes difficultés financières. Le résultat de répartition était déjà déficitaire en 2014. Les trous budgétaires vont se creuser de façon exponentielle. En 1950, l’espérance de vie était de 66,4 ans pour les hommes; elle dépasse aujourd’hui 80 ans – soit 14 ans de plus. Mais l’âge de la retraite reste le même et l’espérance de vie ne cesse de s’allonger – de près de sept semaines chaque année. Le projet Prévoyance vieillesse 2020 doit donc être entièrement revu. Croire que l’âge de la retraite peut demeurer éternellement fixé à 65 ans est illusoire. Ainsi ne faut-il pas miser sur l’augmentation des recettes, mais relever l’âge de la retraite par paliers mensuels. Il n’est pas concevable que chaque génération de politiciens refile la patate chaude à la suivante. Les acteurs politiques doivent prendre leurs responsabilités et des décisions garantissant la prévoyance vieillesse à long terme. Injecter toujours plus d’argent dans un système que l’évolution démographique pousse inexorablement dans les chiffres rouges ne constitue pas une solution durable.»  

3. Renforcer la formation professionnelle

«La formation professionnelle doit, elle aussi, être renforcée. Grâce au système dual, nous pouvons, en Suisse, former des jeunes professionnels qualifiés proches de la pratique et dont les chances sont accrues sur le marché du travail. Le taux de chômage des jeunes dans notre pays compte parmi les plus bas du monde. Grâce à la formation professionnelle supérieure, l’apprentissage ouvre désormais la voie à toutes les carrières. Les jeunes professionnels deviennent des piliers de l’économie et de la société. Le monde politique doit les soutenir. En allouant 100 millions de francs supplémentaires par an au financement des cours préparatoires aux examens professionnels et professionnels supérieurs.»  

Union syndicale suisse

1. Sauver les bilatérales

«En Suisse, on doit verser des salaires suisses et respecter les conditions de travail locales. La sous-enchère salariale doit être combattue, un principe qui doit s’appliquer aussi à la mise en œuvre du nouvel article constitutionnel sur l’immigration. Car la population ne soutiendra la voie bilatérale que si elle est protégée contre la sous-enchère, des mauvaises conditions de travail et l’arbitraire patronal à l’égard des salarié(e)s âgé(e)s. On n’a pas le droit de rompre ce pont avec l’Union européenne uniquement parce que les employeurs violent l’accord sur la libre circulation des personnes. Petit pays, la Suisse a besoin de relations stables avec son principal partenaire commercial. Les bilatérales ne doivent pas être sacrifiées pour des contingents qui se sont avérés inappropriés par le passé, ne protégeaient pas les salaires et discriminaient des catégories entières de salarié(e)s. On doit au contraire combattre systématiquement les abus. A cet effet, il faut davantage de conventions collectives de travail et de contrôles et une meilleure protection contre le licenciement.»

2. Renforcer l’AVS

«Ces vingt dernières années, toutes les réformes de la prévoyance vieillesse ont échoué. A cause de leur logique: le démantèlement. Elles échoueront aussi demain si elles ne maintiennent pas le niveau des rentes et n’apportent aucun progrès social. Le Parlement peut élaborer un projet apte à réunir une majorité, mais il faut qu’il compense les détériorations. Au mieux, via l’AVS, car elle est le pilier le plus avantageux et le plus social de la prévoyance vieillesse, aussi pour les PME. Pour les bas et moyens revenus, elle a de loin le meilleur rapport prestation-prix. Comme la situation reste mauvaise et ne va pas s’améliorer de sitôt, les promesses de prestations dans le 2e pilier sont difficiles à tenir et chères. Travailleurs et employeurs devront verser beaucoup d’argent pour maintenir les prestations.Alors que les cotisations pour l’AVS sont stables depuis 40 ans, elles ont augmenté pour le 2e pilier au cours des dix dernières années d’un point de pourcentage pour atteindre désormais 18% en moyenne du salaire.»

3. Combattre la force du franc

«Le franc s’est fortement apprécié parce que la Banque nationale suisse (BNS) a abandonné le cours plancher. Aujourd’hui, notre pays est presque le seul au monde où le chômage augmente. La pression sur les salaires et les emplois est énorme dans l’économie d’exportation. Parfois avec le soutien du Conseil fédéral, les parlementaires de droite l’accentuent encore, en essayant de dégrader la protection des salarié(e)s. Par exemple, en prolongeant les heures d’ouverture des magasins, en démantelant la saisie du temps de travail ou la protection des salaires. Ces reculs n’ont pu être évités, ou à tout le moins suspendus, que grâce à l’engagement soutenu des syndicats. Le franc est notre monnaie. Il doit nous servir. Nous attendons de la BNS qu’elle fasse tout pour qu’il retrouve une valeur appropriée. Et le Conseil fédéral ainsi que le Parlement doivent faire en sorte que la protection contre la pression exercée sur les salaires et les conditions de travail soit améliorée, pas dégradée.»  

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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