Bilan

Elections fédérales: les choix des patrons

De nombreux candidats romands des partis bourgeois bénéficient du soutien d’organisations patronales et professionnelles. Les élus sortants ont un avantage certain.

Parmi les candidats «certifiés PME» par l’USAM: le conseiller national PLR Philippe Bauer.

Crédits: Peter Klaunzer

A l’approche des élections fédérales du 20 octobre, les fédérations patronales et les associations professionnelles fourbissent leurs armes pour tenter de faire élire les candidats qui défendront leurs intérêts au cours de la prochaine législature. «Dans le camp de la droite et du centre, leur appui peut apporter les voix décisives qui permettent de dépasser un concurrent figurant sur la même liste électorale», affirme Andreas Ladner, professeur à l’Institut de hautes études en administration publique de l’Université de Lausanne. «Il ne faut toutefois pas surestimer leur parrainage, mais celui-ci peut contribuer à la victoire car les petits ruisseaux font les grandes rivières», constate un ancien directeur de campagne d’un candidat au Conseil des Etats.

Le patronat choisit, en règle générale, des valeurs sûres: en priorité des élus sortants dont certains œuvrent au sein de ses différentes organisations, puis des acteurs qui ont prouvé leur attachement à ses préoccupations. L’objectif est d’assurer, voire de renforcer, sa présence sous la Coupole fédérale. Mais cette année, les patrons sont obligés d’ouvrir leur horizon en raison du retrait de nombreux parlementaires.

«Dans un système de milice, le meilleur moyen d’être influent est d’avoir un représentant aux Chambres fédérales», reconnaissait le démocrate-chrétien Dominique de Buman dans un article publié dans Bilan au début de cette année. Le conseiller national fribourgeois défend la Fédération suisse du tourisme et des Remontées mécaniques suisses jusqu’à la fin de cette législature.

Des candidats PME compatibles

Au sein de l’Union suisse des arts et métiers (USAM), qui représente les intérêts des PME, le président Jean-François Rime (UDC) et le directeur Hans-Ulrich Bigler (PLR) ont ainsi les faveurs de la cote. Les deux conseillers nationaux devraient conserver leur siège pour une durée de quatre ans. L’USAM attend de ses élus qu’ils se battent pour obtenir une diminution des normes et prescriptions, de même qu’une baisse des charges administratives. «Pour soutenir les candidats, nous nous basons sur le ranking PME que nous avons établi pour les années 2015-2018», explique André Berdoz, vice-président de l’USAM.

Sur le site www.renforcer-nos-pme.ch, elle affiche le nom des candidats «certifiés PME». Dans les cantons romands, outre Jean-François Rime, n’y figuraient au début septembre que deux autres politiciens: Olivier Feller (PLR), lequel bénéficie aussi du soutien de son employeur – la Chambre vaudoise immobilière –, ainsi que le Fribourgeois Emanuel Waeber, député au Grand Conseil et secrétaire général de l’UDC.

Absent de marque: le conseiller national Philippe Bauer qui se présente cette année au Conseil des Etats avec l’espoir d’y conserver le siège libéral-radical neuchâtelois. Or, selon le ranking de l’USAM, celui-ci est le Romand qui défend le mieux les intérêts des petits patrons à Berne. «C’est un couac. Mon nom figurera sur ce site dans les prochains jours», relève Philippe Bauer.

Recommandations par courrier

A Genève, le président de la Fédération des entreprises romandes (FER-GE) Ivan Slatkine recommande à son organisation de miser sur de nouveaux acteurs pour le Conseil national: à savoir le Vert’libéral Michel Matter, membre de son conseil de direction et président de l’Association des médecins genevois, et la libérale-radicale Sophie Dubuis, présidente de la Fédération du commerce genevois et de Genève Tourisme.

Pour ravir le Conseil des Etats à la gauche, il compte sur le duo de l’Entente bourgeoise, composé du conseiller national PLR Hugues Hiltpold et de l’ancienne présidente du PDC Béatrice Hirsch. «Ces candidats promeuvent les valeurs libérales et les thèmes qui sont importants pour la compétitivité de l’économie helvétique comme la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’Union européenne et l’accord-cadre institutionnel», souligne Ivan Slatkine. Les recommandations de vote de la FER-GE figureront dans un courrier qui sera adressé prochainement à ses 28 000 membres.

De son côté, l’Union patronale suisse (UPS) ne soutient formellement ni aucun parti ni aucun candidat. Mais elle apporte néanmoins une aide logistique aux membres de son comité de direction et de son comité élargi qui visent les Chambres fédérales.

«En Suisse romande, les libéraux-radicaux neuchâtelois et genevois Philippe Bauer et Sophie Dubuis en bénéficient. Par exemple, nous pouvons les seconder dans la préparation de leurs interventions publiques en leur fournissant une documentation sur les positions que nous défendons pour préserver les atouts de notre pays», indique Marco Taddei, un des dirigeants de l’UPS.

Hans-Ulrich Bigler (PLR) et François Rime (UDC) sont soutenus par l’USAM. (Crédits: Alessandro della Valle / Keystone)

Plus de 150 candidats parrainés par GastroSuisse

Dans les organisations professionnelles nationales et régionales, on compte surtout sur ses propres dirigeants pour décrocher un siège. L’association faîtière HotellerieSuisse a ainsi désigné son propre président – le Grison Andreas Züllig – pour défendre ses couleurs. Et elle conseille aux représentants cantonaux de la branche d’accorder leurs faveurs aux acteurs qui sont favorables à une politique propice aux entrepreneurs et au tourisme.

«Nous apporterons notre soutien à une douzaine de candidats dont les noms seront publiés prochainement», indique Philippe Thuner, président de l’Association romande des hôteliers (elle comprend les sections des cantons de Vaud, Fribourg, Neuchâtel et Jura). «Nous ferons, ajoute-t-il, des recommandations à nos membres et affiliés, canton par canton, de voter et faire voter pour ces candidats, cela par lettre et courrier électronique.»

En collaboration avec ses associations cantonales, GastroSuisse parraine plus de 150 candidats. Ils ont été sélectionnés sur la base de leur relation avec la branche de l’hôtellerie-restauration et du tourisme ou de leur engagement notable, dans le passé, en faveur de la branche. En Suisse romande, la procédure n’est pas encore bouclée, sauf pour le canton de Neuchâtel où GastroSuisse soutient Philippe Bauer et Yvan Perrin (UDC).

Dans un ranking établi pour formuler des consignes de vote, cette association faîtière a identifié les parlementaires qui défendent le mieux ses positions. Dans les cantons francophones figurent sur cette liste six conseillers nationaux (Jean-Luc Addor, Franz Ruppen, Thomas Egger pour le Valais; Olivier Feller et Laurent Wehrli pour Vaud; Philippe Bauer pour Neuchâtel) et un conseiller aux Etats (le Vaudois Olivier Français). Tous se représentent pour tenter de conquérir un nouveau mandat de quatre ans.

Dans le canton de Vaud, la Fédération vaudoise des entrepreneurs soutient prioritairement deux candidats libéraux-radicaux: son secrétaire patronal Patrick Simonin pour le Conseil national et le conseiller aux Etats Olivier Français dont le directeur de campagne n’est autre que son président Georges Zünd.

En revanche, Swissmem et le Centre patronal sis à Paudex dans le canton de Vaud ne soutiendront aucun candidat aux élections du mois d’octobre. «Notre activité consiste à faire du lobbying auprès des parlementaires afin qu’ils prennent en compte nos préoccupations», souligne Philippe Cordonier, porte-parole de l’Association faîtière de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux. «Nous estimons que les inconvénients l’emportent sur les avantages. Notre objectif consiste à nous engager dans le débat politique en prenant des positions claires et à influencer les acteurs politiques via du lobbying», explique Christophe Reymond, directeur du Centre patronal.

La question taboue du financement

La balle est maintenant dans le camp des candidats. Reste la question taboue de la politique helvétique: qui finance les campagnes électorales dont les dépenses atteindront de nouveaux records cette année? L’opacité qui règne dans ce domaine est régulièrement dénoncée par le Groupe d’Etats contre la corruption (Greco) du Conseil de l’Europe. Dans le courant 2020, le peuple se prononcera sur une initiative fédérale intitulée «Pour plus de transparence dans le financement de la vie politique».

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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