Bilan

Elections américaines: duel à suspense entre Trump et Biden

Au terme de longs mois d'une campagne hors norme, les Américain-e-s étaient appelé-e-s aux urnes pour choisir leur président et renouveler largement le Congrès. Entre les Républicains et le président sortant Donald Trump et les Démocrates et le challenger Joe Biden, le scrutin devrait se jouer dans une poignée d'états pivots et pourrait donner lieu à une intense bataille juridique. Une nuit américaine de scrutin à suivre sur cet article, régulièrement actualisé selon les résultats et événements majeurs.

Le président sortant républicain Donald Trump fait face au candidat démocrate Joe Biden dans les urnes américaines.

Crédits: AFP

Près de 100 millions d'électrices et d'électeurs américains avaient déjà voté avant le jour du scrutin, en envoyant leur bulletin par courrier ou en se déplaçant vers un bureau de vote pratiquant le vote anticipé. Soit presque autant que le total des votes exprimés lors du scrutin de 2016. Mais en cette journée du 3 novembre 2020, plusieurs dizaines de millions de personnes restaient attendues dans les isoloirs à travers les 50 Etats de la première puissance économique mondiale.

Alors que les bureaux sont traditionnellement ouverts de 7h à 19h dans tout le pays, avec le décalage lié aux fuseaux horaires entre Boston et Los Angeles, la situation pourrait être bien plus complexe cette année. De nombreux Etats ont annoncé des mesures spéciales pour prendre en compte ou non les bulletins de vote envoyés par voie postale et qui pourraient arriver jusqu'à plusieurs jours après le scrutin.

Bataille juridique comme la Floride en 2000

«Si jamais Joe Biden dispose, avec le vote populaire, d'une avance forte, indéniable, irrattrapable, dans un nombre d’États suffisants, on peut avoir un résultat dans la nuit. Mais cela semble peu probable parce qu'il va y a avoir le dépouillement du vote par correspondance qui se fait de manière différente selon les États. Les bulletins vont continuer à arriver pendant quelques jours et tout l'enjeu sera de savoir si ces bulletins seront acceptés ou non, il y a des opinions qui divergent. Et là, on peut penser que les estimations de victoires passent d'un camp à l'autre peut-être même plusieurs fois», estime la politologue française spécialiste des Etats-Unis Nicole Bacharan, pour Euronews.

A l'instar de la bataille qui avait opposé George W. Bush à Al Gore en 2000 en Floride, de nombreux points chauds devraient donner lieu à de longs processus de recomptage des voix, voire de contestations juridiques des bulletins litigieux. Certains observateurs craignent même des flambées de violence en cas de résultats serrés ou contestés dans certaines villes ou certains comtés du pays.

«Il est possible qu'on ait un scénario comme cela cette année, avec la Floride, peut-être avec la Pennsylvanie, peut-être même avec d'autres États, auquel cas, de toutes manières, d'étape judiciaire en étape judiciaire, on arriverait devant la Cour suprême où là, Donald Trump dispose d'une majorité écrasante, même s'il y a une défection possible dans le camp conservateur, en tous cas cela lui donnerait encore l'élection», avertit Nicole Bacharan.

La Cour suprême comme arbitre ultime

La Cour suprême: l'enjeu majeur du début de l'automne, où la très conservatrice Amy Coney Barrett a pris la suite de la très féministe et progressiste Ruth Bader Ginsburg décédée en septembre. Une procédure qui a suscité la polémique en raison de la proximité du scrutin, de la volte-face des Républicains et du rôle éminemment politique que peut jouer cette institution dans le processus électoral fédéral américain. 

Pour Dominique Simonnet, écrivain et essayiste, spécialiste de la politique américaine, «la nomination express d’Amy Coney Barrett ressemble à un coup d’État légal. Si Donald Trump respecte la législation, il tord l’esprit des lois. Souvenez-vous, en 2016, Mitch McConnell, le chef des républicains au Sénat, avait refusé d’auditionner un juge nommé à la Cour suprême par Barack Obama, à neuf mois de la fin de son mandat, sous prétexte que les élections étaient trop proches! On voit donc bien que le processus actuel n’a rien de très démocratique...»

Au cours de la journée, la mobilisation a été très inégale, avec des bureaux de vote assez peu fréquentés à New York, où le Covid a frappé très fort ces derniers mois et où le vote par anticipation a été très important. Même si des files d'attente ont été observées par le New York Times.

Globalement, l'addition des votes anticipés et des bulletins déposés ce 3 novembre dans les urnes pourrait porter la participation à un taux record. Selon le NYT, la participation pourrait atteindre 67%. Soit le taux le plus élevé depuis un siècle. Un contraste majeur avec le scrutin de 2016, au cours duquel de nombreux électeurs et électrices démocrates avaient snobé le scrutin, peu motivés par le profil de la candidate Hillary Clinton.

Une fois le devoir civique effectué, de nombreux électeurs et de nombreuses électrices des deux camps se sont retrouvé-e-s dans les grandes villes pour manifester leur soutien à leur candidat. De Washington à Saint-Louis et de Dallas à Minneapolis, des scènes de fête ont été observées. Une manière aussi de rappeler aux citoyen-ne-s de voter pour celles et ceux qui hésitaient encore à se mobiliser.

Au fil de la soirée, les résultats des Etats tombent les uns après les autres. Très vite se dessine une première tendance: Donald Trump gagne les bastions républicains tandis que Joe Biden l'emporte assez facilement dans les fiefs démocrates. Au milieu de la nuit (au petit matin en Suisse), les deux candidats consolident leur camp (avec le nombre de grands électeurs entre parenthèses): à Donald Trump l'Alabama (9), l'Arkansas (6), la Caroline du Sud (9), le Dakota du Nord (3), le Dakota du Sud (3), l'Idaho (4), l'Indiana (11), le Kansas (6), le Kentucky (8), la Louisiane (8), le Mississippi (6), le Missouri (10), le Nebraska (4 voire jusqu'à 5), l'Oklahoma (7), le Tennessee (11), l'Utah (6), la Virginie occidentale (5), le Wyoming (3), et à Joe Biden la Californie (55), le Colorado (9), le Connecticut (7), le Delaware (3), l'Illinois (20), le Maryland (10), le Massachusetts (11), le New Hampshire (4), le New Jersey (14), l'Etat de New York (29), le Nouveau-Mexique (5), l'Oregon (7), le Rhode Island (4), le Vermont (3), la Virginie (13), le territoire à statut spécial de Washington DC (3), et Etat de Washington (12).

Parallèlement au scrutin présidentiel, les scrutins concernant le Sénat (un tiers des sièges à renouveler) et la Chambre des Représentants (à renouveler intégralement) livrent eux aussi leurs verdicts. Et certains ténors retrouvent leur siège, comme le sénateur conservateur Lindsey Graham qui retrouve son fauteuil en Caroline du Sud.

Dans le camp adverse, la nouvelle figure de proue de la gauche démocrate Alexandria Ocasio-Cortez a été facilement réélue dans l'Etat de New York. Un succès attendu dans un bastion démocrate, mais les Républicains avaient fait de son duel avec leur candidat John Cummings un enjeu symbolique. L'ampleur du score (68,5% contre 30,8%) témoigne de la mobilisation des électeurs démocrates. Même sort pour d'autres femmes issues des minorités comme Ilhan Omar, Ayanna Pressley ou encore Rashida Tlaib.

Pour la chambre basse du Congrès, les Démocrates conservent leur majorité et devraient même la renforcer en remportant au moins une demi-douzaine de sièges supplémentaires. Pour le Sénat, la bataille est plus serrée et devrait surtout se concentrer, comme pour le scrutin présidentiel, dans les "swing states". Et la prise en compte des votes par correspondance pourrait faire perdurer le suspense.

Le Nasdaq suspendu

Parmi les Etats potentiellement disputés, Donald Trump rassure ses troupes en se positionnant en tête en Floride, au Texas et dans l'Ohio, trois Etats où les Démocrates espéraient créer la surprise. A contrario, le Minnesota irait à Joe Biden, de même que l'Arizona.

Au fil de la nuit (peu après 6h00 en Suisse), Joe Biden remporte sans surprise Hawaii tandis que Donald Trump enregistre un succès dans l'Iowa.

Au niveau de l'analyse, John Plassard, directeur-adjoint de Mirabaud & Cie, estime dans une première lecture à chaud qu'une bascule a eu lieu sur les marchés pendant la nuit: «Alors que les indices américains ont salué hier soir à la clôture une victoire probable de Joe Biden et potentiellement une vague bleue (avec un Sénat républicain), la tendance s’est inversée sur les futures puisque le Nasdaq (un des secteurs qui parie sur Donald Trump) a même été suspendu à la hausse».

Pour Arthur Jurus, chef économiste chez Landolt & Cie, le président sortant est désormais largement favori: «En termes d’impact, la nouvelle élection de Donald Trump - si elle est confirmée- accélèrera les tendances de long-terme. La baisse de la pression fiscale va se poursuivre aux États-Unis ce qui contribuera à réduire l'imposition sur les bénéfices des entreprises et maintenir la non-progressivité du système de taxation, et devrait s’étendre à l’ensemble de l’OCDE par effet de concurrence. L'approche unilatérale des relations internationales va s'accélérer pour lutter contre la montée en puissance de la Chine ou le déclinisme de la puissance américaine. La rhétorique du «Mur du Numérique» persistera sans se réaliser, comme celle du Mur avec le Mexique il y a quatre ans, et enfin la stratégie de domination juridico-économique américaine des 30 dernières années se poursuivra et relèguera les institutions multilatérales au second plan satellisant l'Europe sur l’échiquier international».

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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