Bilan

Elections allemandes: les économistes dans l'expectative

Les résultats des élections fédérales allemandes de ce dimanche 26 septembre n’ont pas permis de déterminer un vainqueur clair. Pour les analystes économiques et financiers, cette incertitude prolongée pose davantage de questions que la couleur politique du futur chancelier.

Aucun parti ne peut revendiquer sans conteste une victoire majeure et une majorité claire au Bundestag, après ce dimanche électoral.

Crédits: AFP

Angela Merkel peut sans doute prendre son temps pour boucler ses cartons avant de quitter la chancellerie: le scrutin fédéral de ce dimanche n’a pas permis de désigner avec certitude la personne qui va lui succéder à la tête du gouvernement fédéral allemand.

Certes, les sociaux-démocrates du SPD sortent légèrement en tête (avec 25,74% des suffrages), mais ils sont talonnés par les chrétiens-démocrates de l’alliance CDU-CSU (24,07%). Certes, ces derniers touchent le fond avec le pire score enregistré depuis la création de la RFA à l’aube des années 1950, mais cette débâcle a sans doute davantage à voir avec les bourdes à répétition du candidat Armin Laschet qu’avec un désamour profond des Allemand·e·s pour le parti d’Angela Merkel. Certes enfin, les Verts retrouvent leur place de troisième parti du pays en termes de voix, mais le score des écologistes menés par une candidate aussi gaffeuse qu’Armin Laschet, Annalena Baerbock, ne leur permet ni de prétendre à la chancellerie, ni même de se présenter comme un partenaire suffisant pour gouverner.

L'improbable hypothèse SPD-Grünen-Linke

Les tractations vont donc démarrer entre quatre partis principalement: SPD, CDU-CSU, Grünen et les libéraux du FDP. Aux deux extrêmes du spectre politique, l’AfD à droite et Die Linke à gauche, semblent hors-jeu pour ces tractations, aucun des deux grands partis (SPD et CDU-CSU) ne souhaitant a priori s’allier avec ces formations sulfureuses.

Une hypothèse que n’écarte cependant pas totalement Mark Dowding, CIO chez BlueBay Asset Management, qui estime qu’il «existe différentes permutations en ce qui concerne les résultats de la coalition qui pourraient en résulter. Pour l'essentiel, ces résultats représentent un maintien du statu quo pour les investisseurs à revenu fixe, à l'exception du rouge/rouge/vert». Une hypothèse encore plus improbable qu’elle reviendrait à un gouvernement minoritaire (en additionnant les 206 voix du SPD aux 118 des Verts et aux 39 de Die Linke, la coalition ne réunirait que 363 députés au Bundestag, soit moins de 50% des 735 membres de la chambre basse du parlement). Une probabilité extrêmement faible que Mark Dowding reconnaît: «Ce résultat serait considéré comme plus expansif sur le plan fiscal, et susceptible de pousser les rendements du Bund à la hausse et les spreads à la baisse. Toutefois, nous n'attribuerions qu'une probabilité d'environ 20% à cette combinaison».

Deux hypothèses se dégagent dès lors: une coalition réunissant Verts et FDP autour d’un des deux grands partis, ou une grande coalition reconduite, avec Olaf Scholz à sa tête (vu qu’il serait le leader du parti arrivé en tête). Dans les deux cas, la présence indispensable d’un parti attaché à la rigueur budgétaire (CDU-CSU ou FDP) mais aussi les gages donnés par Olaf Scholz comme ministre des finances du gouvernement sortant sont de nature à rassurer les marchés: l’orthodoxie budgétaire ne devrait pas être oubliée de si tôt à Berlin. Un sentiment d’incertitude sans crainte excessive résumé par Christopher Dembik, directeur et macroéconomiste chez Saxo Bank, pour qui «Les Verts et le FDP sont clairement en position de faiseurs de roi au regard des estimations sorties des urnes. Mais le FDP possède un capital politique plus important que les Verts qui ont un score beaucoup moins élevé que prévu il y a quelques mois de cela. Tous les scénarios de coalition sont possibles à ce stade, même une coalition dirigée par le candidat de la CDU.»

La durée des tractations inquiète

Cependant, davantage que le nom du chancelier qui finira par succéder à Angela Merkel, c’est la durée des tractations qui pose question aux analystes économiques et financiers. «Il faut s’attendre à des mois de négociations pour aboutir à un gouvernement de coalition. Angela Merkel sera certainement encore chancelière en fin d’année», avertit Christopher Dembik. Avec déjà un impact sur le marché des changes: «Comme il faudra peut-être attendre des mois avant d'obtenir un résultat, cela explique probablement pourquoi l'EUR/USD reste fortement inchangé à 1,1720», esquisse Jeffrey Halley, Senior Market Analyst Asia Pacific, chez OANDA.

Stabilité donc, mais une stabilité d’observation attentive. C’est ainsi que l’analyse Gergely Majoros, membre du comité d'investissement de Carmignac: «Ce résultat électoral confirme notre prudence sur les marchés européens des taux directeurs. Non seulement les négociations de coalition pourraient être longues, mais les marchés financiers entrent dans la phase clé de la normalisation des politiques budgétaires et monétaires».

A plus long terme cependant, la perspective d’une coalition tripartite avec le retour des écologistes au gouvernement devrait infléchir la politique économique et monétaire allemande: «les coalitions les plus probables sont celles des feux tricolores ou de la Jamaïque, toutes deux incluant les Verts. L'identification de la dernière pourrait prendre des mois. Jusqu'à présent, il y a peu de visibilité en ce qui concerne une politique budgétaire potentiellement plus souple en Allemagne, même si les dépenses liées au changement climatique devraient faire partie des perspectives dans tous les cas», poursuit Gergely Majoros. Et de conclure en pointant un autre point d’incertitude lié aux résultats de ce dimanche: «Le manque de visibilité est également vrai en ce qui concerne la position future de l'Allemagne à l'égard des règles budgétaires de l'UE et de l'intégration européenne». Alors même qu’Olaf Scholz a rassuré de nombreux transfuges de la droite allemande par sa rigueur budgétaire.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à la transition vers une économie plus durable et responsable, au luxe et à l'horlogerie, au tourisme et à l'hôtellerie, à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments.

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