Bilan

Egalité des genres: «Soyons audacieux!»

Shanu Hinduja, présidente de Hinduja Bank Switzerland, lutte pour améliorer la place des femmes dans les affaires. Elle explique les avantages qu’apporte le management féminin dans la finance.

Crédits: Cyril Bailleul

Issue de la puissante famille britannico-indienne Hinduja, dont la fortune est estimée à 17 milliards de dollars par «Forbes», Shanu Hinduja est aujourd’hui la femme forte de la Banque Hinduja Suisse. Son papa, Srichand Parmanand Hinduja, est le principal actionnaire et président du conglomérat Hinduja, fondé par son propre père en 1924.

Aujourd’hui, Shanu Hinduja est basée à Genève, où elle préside le conseil d’administration de la banque suisse. Dès ses jeunes années, son père lui a instillé le goût du zèle, le sens de l’entrepreneuriat
et le souci de faire quelque chose pour les moins privilégiés.

Mais lorsqu’elle a démarré sa carrière comme banquière internationale, elle a constaté le faible nombre de femmes dirigeantes pouvant servir de modèle à ses paires, inspirer d’autres femmes et leur donner confiance dans leurs ambitions. Consciente que très peu de femmes ont bénéficié d’un soutien et d’un mentoring comme celui qu’elle a reçu de son père, et qui lui a conféré l’assise et l’assurance pour occuper des postes de leadership, elle a décidé de s’attaquer à la question de l’égalité des chances pour les femmes dans le secteur financier. Entretien.

En tant que femme leader dans le monde de la finance suisse, comment pensez-vous que les inégalités de genre peuvent être abordées, que ce soit par les banques, les régulateurs ou les femmes elles-mêmes?

Il n’y a pas de doute que les femmes restent une rareté dans le secteur financier. Elles représentent une petite fraction des hauts cadres de la finance helvétique, mais je travaille à améliorer cela, aux côtés d’autres leaders. La proportion de femmes a déjà progressé dans le secteur, même si les défis augmentent dès qu’il s’agit de postes de direction.

Il existe plusieurs leviers que les régulateurs et les banques peuvent actionner. A commencer par les quotas et le changement des cultures d’entreprise. Mais ces leviers ne résolvent pas les résistances sous-jacentes. Le reporting des écarts salariaux est maintenant une exigence légale au Royaume-Uni, mais les résultats montrent que cette dose bienvenue de transparence n’est pas une solution adaptée à tous types d’entreprises pour provoquer un réel changement de culture dans le secteur financier, ou dans l’économie en général. Tant que les banques n’auront pas compris que l’égalité des genres est un impératif économique, qui mène à de meilleurs résultats pour tous, le reste ne sera que façade.

Qu’est-ce qui vous motive à mener ce combat?

En tant que femme qui a réussi dans la finance, je me sens un devoir envers la prochaine génération de femmes d’utiliser ma voix pour souligner les inégalités de ce système. Le changement viendra si nous sommes assez audacieux (ses) pour le mener. Ce n’est pas un problème exclusivement suisse, bien sûr. Les femmes se retrouvent exclues de nombre de postes dans la finance un peu partout dans le monde, pas juste à des échelons supérieurs de la finance suisse. Je crois dans le pouvoir de l’inclusion financière pour déclencher des progrès majeurs dans l’égalité des genres à travers le monde. Mais il faut commencer par pointer du doigt les inégalités là où c’est inconfortable.

Quels avantages spécifiques les femmes apportent-elles aux institutions financières?

L’égalité des genres dans les affaires n’est pas seulement bonne pour l’empowerment au féminin, elle est aussi positive pour la rentabilité des banques et peut stimuler la croissance. Des études ont maintes fois prouvé qu’une meilleure diversité à la tête des institutions financières amène de meilleures performances pour les investisseurs et les actionnaires.

Avec son père Srichand Parmanand: «Il m’a constamment encouragée dans ma progression.» (Crédits: Michael DiVito)

Combien d’années avez-vous occupé des postes de direction?

A la suite de mon divorce, j’ai eu la possibilité de rejoindre le board de Hinduja Bank Switzerland, dont j’ai ensuite été nommée présidente. Inspirée par la collaboration avec les autres administrateurs, j’ai travaillé dur pour apporter des améliorations à la banque. J’avais auparavant acquis une solide expérience en dirigeant Hinduja Bank Middle East, mais aussi à travers mes projets philanthropiques, qui incluent mon rôle de membre fondatrice de la Fondation Prince Albert II de Monaco. Mon père m’a constamment encouragée dans ma progression, et son impact a été considérable, à travers son soutien et sa défense des femmes dans les postes à responsabilités.

Y a-t-il une approche féminine du management?

Les femmes peuvent offrir un style de management holistique. Ou être davantage focalisées sur le fait de susciter les talents particuliers de chacun. Mon propre style de management est de faire vivre les valeurs que m’a transmises mon père, ainsi que ma mère Madhu Menda Hinduja. Mon moteur dans toutes mes activités professionnelles est d’offrir un bon exemple pour mes enfants, Karam et Lavanya. Eux m’ont aussi appris qu’il y a une dimension générationnelle au management. Karam est membre des boards de Hinduja Bank Suisse et Moyen-Orient, où il apporte la perspective d’un entrepreneur et d’un millennial, ce qui nous permet de mieux comprendre nos clients.

Diriez-vous que les Indiennes dans le monde du business ont plus d’opportunités que les Suissesses?

Sur le plan économique, la Suisse et l’Inde sont deux cas très distincts, qu’il est difficile de comparer. A leur façon, chacune doit faire bien davantage pour offrir des opportunités aux femmes dans le monde du business. En ce qui concerne l’Inde, canaliser tout le potentiel de la main-d’œuvre féminine devient un enjeu central pour l’avancement de l’économie. Les femmes contribuent à hauteur de 17% au PIB indien, ce qui est nettement inférieur à la moyenne globale, d’après la Banque mondiale. Comparée à la Chine où la participation des femmes au PIB s’élève à 40%, l’Inde a fait peu de progrès pour réduire les inégalités hommes-femmes. Le problème en Suisse est plus complexe. Les femmes ont de fantastiques opportunités d’éducation et des droits civiques égaux, et j’ai une expérience directe du niveau d’éducation parmi les meilleurs au monde qui s’offre ici. Il s’agit cependant de leur donner le dernier coup de pouce qui leur permettra d’atteindre, dans le monde des affaires, la même égalité dont elles bénéficient dans le reste de la société. Et c’est exactement ce que nous faisons.

Qu’en est-il des femmes investisseuses, ont-elles un profil distinct lorsqu’il s’agit de placer leur argent?

Une vieille maxime veut que les hommes prennent plus de risques que les femmes, qui sont plus prudentes et mesurées dans leurs placements. Mais je pense que c’est un point de vue trop simpliste. Certes, il y a des données qui montrent que les femmes obtiennent de meilleurs rendements sur leurs placements car elles sont plus diligentes, mais l’essentiel est ailleurs: les banques, sachant cela, devraient utiliser les compétences des femmes autant que des hommes. Une diversité d’expériences, derrière les décisions d’investissement, aide à mieux répartir les risques et à améliorer les processus.

Quelle est la stratégie de Hinduja en Suisse, le type de private banking proposé? Qu’est-ce qui vous
différencie de la concurrence?

Ces dernières années, la banque a poursuivi son expansion dans des marchés en croissance, y compris à Dubaï, à travers notre filiale Hinduja Bank Middle East. Nous avons également enrichi notre offre pour mieux répondre à la nouvelle génération d’investisseurs et les family offices. Les jeunes clients abordent les décisions d’investissement d’une manière très différente de leurs parents. Ils s’intéressent souvent au développement durable, à l’impact, et adoptent une approche holistique qui s’intéresse à différents types de retour sur investissement.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

Myret Zaki est journaliste indépendante, spécialisée en économie et finance, et conseillère pour influenceurs et leaders d’opinion. Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque genevoise Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale". Elle obtient le prix Schweizer Journalist 2008. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle prédit que la fin du secret bancaire profitera à d'autres centres financiers. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin du billet vert comme monnaie de réserve, puis «La finance de l'ombre a pris le contrôle» en 2016.

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