Bilan

Economiesuisse dénonce la professionnalisation du Parlement

Economiesuisse veut encourager les représentants de l'économie à être plus présents à Berne.

En invoquant l'engagement politique de milice, economiesuisse tire sur une corde sensible. Pour les milieux d'affaires, un parlement fort entrave l'économie en légiférant à tour de bras. Et la droite monte régulièrement aux barricades pour dénoncer la professionnalisation du Parlement.

Crédits: Keystone

Economiesuisse lance une campagne en faveur du Parlement de milice. Elle veut encourager les représentants de l'économie à être plus présents à Berne: les milieux économiques se sentent mal défendus sous la Coupole.

"Nous voulions réaffirmer cette position en cette année d'élections fédérales, a expliqué à l'ats Cécile Rivière, responsable de la campagne à economiesuisse. Il est important que les entreprises fassent entendre leur voix, y compris via la participation directe de chefs d'entreprises dans la vie politique en Suisse".

La démarche surprend, mais economiesuisse a été ébranlée. L'association faîtière de l'économie semble avoir perdu de sa force dans les scrutins, a expliqué le politologue Pascal Sciarini. Elle a essuyé plusieurs défaites majeures en votations populaires, par exemple sur les initiatives contre l'immigration de masse ou contre les rémunérations abusives.

LES ENTREPRENEURS DANS LES TRAVÉES

A droite, le départ de l'UDC atypique et patron de Stadler Rail, Peter Spuhler du National en 2012, a aussi marqué les esprits. Elle a l'impression que les entrepreneurs et autres représentants de l'économie ont déserté les travées bernoises.

"Ce n'est pas le cas", explique Andrea Pilotti, chercheur en sciences politiques de l'Université de Lausanne. Avec la montée en puissance de l'UDC, la proportion des représentants des PME et des arts et métiers a même plus que doublé en passant de 16 à 36 des années 1980 à 2010 (14%).

S'il y a une classe professionnelle sous-représentée au Parlement, c'est plutôt celle des salariés (16%), relève-t-il. En revanche, la proportion des consultants en tous genres a grimpé de 10 à 18% tandis que celle des fonctionnaires (moitié enseignant, moitié administration) est descendue à 8-9% .

Mais les choses ont changé. "C'est vrai que l'on vit dans une certaine hypocrisie en parlant d'un système de milice: il est au moins semi-professionnel", avance le politologue Pascal Sciarini. En particulier au Conseil des Etats.

LE BASCULEMENT

Ce qui marque le basculement entre le système de milice et la professionnalisation est la hauteur de la rémunération, poursuit le chercheur Andrea Pilotti. Jusqu'en 1960, les parlementaires ne recevaient que des indemnités de présence et pour le déplacement. Ils ont ensuite été rémunérés avec aussi un salaire annuel jusqu'aux récents réajustements substantiels intervenus entre la fin des années 1990 et 2000.

En moyenne, un conseiller national touche 120'000 francs et 150'000 francs pour un conseiller aux Etats. "C'est sans compter d'autres revenus liés pour plusieurs parlementaires à leur activité politique", a poursuivi le chercheur lausannois.

Et les groupes d'intérêt ont fort à faire avec ces politiciens plus professionnels et plus spécialisés, explique le politologue Pascal Sciarini. Le Parlement n'est plus aussi perméable qu'avant. De plus, les lobbies des différents secteurs se font concurrence entre eux.

Les décisions se prennent aussi davantage au Parlement. Les différents groupes d'intérêts parviennent moins souvent à trouver un accord au préalable, dans la phase pré-parlementaire, poursuit-il.

CORDE SENSIBLE

En invoquant l'engagement politique de milice, economiesuisse tire sur une corde sensible. Pour les milieux d'affaires, un parlement fort entrave l'économie en légiférant à tour de bras. Et la droite monte régulièrement aux barricades pour dénoncer la professionnalisation du Parlement.

Dernier exemple en date, Christoph Blocher avait même appelé de ses voeux l'an dernier une réforme du législatif helvétique, dans le dessein de revenir au principe d'un parlement de milice. Il proposait de réduire les indemnités versées aux élus fédéraux et d'abolir les commissions permanentes.

La balle est maintenant dans le camp des 200 entreprises qui ont signé la déclaration d'economiesuisse, publiée jeudi dernier dans les grands quotidiens helvétiques des deux côtés de la Sarine. Elles affirment vouloir "soutenir les collaborateurs qui assument un mandat politique par des conditions et des modèles flexibles". Dont acte.

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