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Echec, pression, burn-out: quand le mental des footballeurs est sous pression

Andres Iniesta, Loris Karius, Robert Enke ou encore Barbosa: à l'instar de patrons de grandes entreprises, les joueurs sont sous les feux des projecteurs en permanence. Entre lynchage et adulation, le mental souffre.

Sur le terrain, les joueurs se doivent d'être irréprochables. Les supporters sont intransigeants.

Crédits: DR

Le monde du football est impitoyable. S’il est souvent admis qu’il faut un mental d’acier pour devenir professionnel, on oublie trop souvent la difficulté pour le rester. Les joueurs sont sommés de rester performants, peu importe les circonstances. Sauf que cette exigence a un prix: celui du mental des joueurs.

Récemment, c’est Andres Iniesta qui a révélé avoir subi une dépression. Le Catalan a tout gagné avec le FC Barcelone, il est aussi champion d’Europe et du Monde avec l’Espagne. C’est l’année suivant la victoire historique de sa sélection et du triplé en club qu’il ne ressentait plus rien.  «J’avais besoin de quelque chose car sinon je ne serais pas sorti de cette impasse. Je voulais arriver à la nuit pour pouvoir prendre un médicament et dormir» a confié l’icône du foot espagnol à la Sexta. Son grand ami Dani Jarque était décédé durant l’été - Iniesta lui a d’ailleurs rendu hommage après son but victorieux.

Les maladies mentales restent malheureusement un tabou dans la société. En parler, c’est montrer un visage qui peut inquiéter les futurs employeurs. «Certains se diront qu’ils sont de bons joueurs, et qu’ils n’ont donc pas besoin de ça, car ils ont peur de dégager une image de faiblesse» déplore Mattia Piffaretti, psychologue au sein du cabinet AC&T Sport Consulting. A comprendre: la valeur d’un joueur diminue s’il se casse le pied, puisqu’il n’est pas certain qu’il récupère à 100%. Dans le cas du mental, c'est une logique similaire qu'abordent les dirigeants de clubs. 

Dans l’excès ?

Bon nombre de spécialistes et de joueurs comprennent et compatissent lors de fautes cruciales, mais le mal est fait. Le spécialiste du football et chroniqueur d’Europe 1 Didier Roustan se souvient que ce type de lynchage ne date pas d’hier, et cite notamment le cas du gardien brésilien Barbosa. Le portier avait encaissé un goal fatal au Maracana en 1950 contre l’Uruguay, et le Brésil a perdu. Tenu pour responsable, il avait un jour déclaré: «la sentence maximale est de 30 ans selon la loi brésilienne. Mais mon emprisonnement dure depuis 50 ans».

Le public est toujours aussi exigeant qu’il y a 70 ans. Sauf qu’aujourd’hui, tous les outils sont à disposition pour disséquer le moindre faux-pas de chacun. «Je pense qu'avec les réseaux sociaux et l'abondance de chaînes TV ces boulettes sont malheureusement très souvent commentées, interprétées, disséquées et moquées. Et comme l'époque n'est pas à la bienveillance mais plutôt aux conversations de bar et à l'insulte facile, il est clair que c'est beaucoup plus compliqué aujourd'hui», lance Didier Roustan. 

Un exemple frappant est celui de Loris Karius. Après ses erreurs lors de la finale de la Ligue des Champions, il a été relégué au second plan à Liverpool. Le club anglais a cherché d’urgence un nouveau gardien. Les insultes et moqueries ont fusé sur les réseaux sociaux, où l’une des missions semblait être de détruire le portier allemand. Au point que l’ex-capitaine espagnol - Iker Casillas - a décidé de venir à la rescousse. Il a publié sur Twitter une compilation de ses pires ratés. «Nous apprenons de nos erreurs», a-t-il écrit. 

Un coaching différent est proposé aujourd'hui

Le mental des footballeurs est une variable importante, si bien qu’ils ont des spécialistes à disposition.  «C’est davantage un coaching qui vise l’optimisation de la performance» relève Mattia Piffaretti. Le but est ici de faciliter l’éclosion du potentiel footballistique du joueur, tandis que des troubles comme l’anxiété ou la dépression demandent un travail en général plus approfondi. «Cela ressort du privé, il s’agit d’une démarche personnelle» explique le Vaudois.

Les exemples de joueurs souffrant mentalement sont nombreux. Robert Enke, gardien allemand, s’était donné la mort en 2009, quelques temps après la mort de sa petite fille. Cette tragédie a surpris la planète football. Depuis, quelques joueurs ont osé parler de leurs problèmes. L’Espagnol Jesus Navas a admis souffrir d’anxiété, et craignait de quitter Séville à l’époque.

Le Brésilien Paulinho a raconté dans The Player’s Tribune ses difficultés, lorsque sa fille est née prématurément et qu’il devait disputer des rencontres importantes. Ils ont ainsi brisé un tabou bien handicapant dans le sport. «Le football est un milieu plutôt masculin, où l’on peine à admettre que les joueurs ont des questionnements ou des difficultés sur le plan émotionnel», affirme Mattia Piffaretti, avant de nuancer: «On en parle de plus en plus, et davantage de joueurs ou joueuses sont prêts à témoigner. Il y a eu un effet boule de neige».

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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