Bilan

Du tabac au cacao, les terres fertiles des Burrus

Rencontré sur ses terres équatoriales, Jean-Paul Burrus, président du groupe Salpa, raconte l’histoire de six générations d’entrepreneurs entre l’Alsace et la Suisse.
  • Jean-Paul Burrus est «tombé amoureux» de l’Equateur, où il a racheté des plantations de cacao. La fortune de sa famille est évaluée par Bilan à plus de 200 millions.

    Crédits: Daniel Eskenazi
  • La manufacture de tabac Burrus dans les années 1960 à Boncourt, dans le Jura.

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L’histoire de la famille Burrus est singulière, rythmée par des bouleversements géopolitiques en Europe. Son immense fortune est le fruit d’activités industrielles dans deux régions principales. D’un côté, l’Alsace, région dans laquelle elle s’est installée au XVIe siècle après avoir quitté l’Italie. De l’autre, Boncourt, dans le Jura, où la famille Burrus a émigré en 1814 en raison des guerres napoléoniennes qui se sont traduites par l’interdiction de la culture et de la vente du tabac en France.

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Producteurs de céréales, de vin et de tabac en Alsace, les Burrus ont privilégié ce dernier lorsqu’ils ont débarqué en Suisse. En 1871, deux des quatre enfants de François-Joseph Burrus retournent en Alsace, à Sainte-Croix-aux-Mines, pour y fonder l’usine de cigarettes FJ Burrus. Ce départ constitue un tournant, explique Jean-Paul Burrus, issu de la sixième génération d’entrepreneurs: «Elle s’est développée très rapidement sur le marché allemand. La production y est d’ailleurs devenue beaucoup plus importante qu’en Suisse, où l’usine était en fait une filiale du site alsacien. Celui-ci a toutefois disparu lors de sa nationalisation en 1949. Par ailleurs, il y avait une tradition dans notre famille, dès le XIXe siècle, selon laquelle l’aîné des enfants reprenait les affaires du père.»

Vente des activités dans le tabac

Après près de deux siècles de développement dans le tabac, l’usine jurassienne atteint son apogée en 1996. Elle emploie alors 400 collaborateurs et produit huit milliards de cigarettes par an. Pour la famille Burrus, le moment est propice pour vendre l’usine de Boncourt au géant Rothmans. Selon Jean-Paul Burrus, plusieurs facteurs ont influencé la cession de marques comme Parisienne et Select. «Nous étions davantage actifs sur le marché suisse qu’à l’international et étions devenus très petits comparés aux multinationales du tabac.

Comme il y avait un mouvement de concentration dans l’industrie, nous avons choisi de vendre pendant que l’entreprise marchait encore très bien, à l’occasion d’un changement de génération. Le souci a aussi été de préserver l’emploi. Avec le recul, c’était une sage décision, car l’usine existe toujours», souligne le président du groupe Salpa (Société alsacienne de participations agroalimentaires), rencontré dans sa maison à Guayaquil, en Equateur, en marge d’une visite de ses plantations de cacao à laquelle Bilan a été invité. 

L’activité chocolatière, elle, démarre en 1912. Fernand Burrus, en vertu du droit d’aînesse qui lui interdit de concurrencer son frère Maurice en Alsace et en Allemagne, construit sa première chocolaterie à Blâmont, dans le nord-ouest de la France. Mais deux ans plus tard, tout s’écroule: les Allemands incendient l’usine. Fernand Burrus ne se décourage pas. Il ouvre une nouvelle fabrique de chocolat en 1916, à Dijon. Quelques années passent, avant un nouveau changement. La femme de Fernand Burrus veut retourner dans ses terres d’origine, dans les Vosges. L’usine est vendue.

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Infatigable, l’entrepreneur construit une nouvelle usine de chocolat, à la fin de la Première Guerre mondiale, à Senones, ville d’origine de son épouse. Une autre voit le jour en 1921 à Saint-Dié, à une vingtaine de kilomètres de Senones, qui prendra le relais de l’usine de Senones. Durant la Seconde Guerre mondiale, Fernand Burrus confie les rênes du site de Saint-Dié à son fils aînés Paul Burrus, après avoir décidé de retourner vivre en Suisse, où il décède en 1955.

La succession a été bien préparée: Paul Burrus dirige déjà l’activité chocolatière depuis quinze ans. Le règne de ce passionné de mécanique s’est traduit par plusieurs tournants stratégiques. Tout d’abord, la modernisation de l’usine de Saint-Dié. Ensuite, la diversification de la clientèle. Enfin, les rachats en 1967 de la société en difficulté Schaal à Strasbourg, fleuron de la chocolaterie française, et des marques Salavin et Marquise de Sévigné. «Mon père est le seul à avoir réuni les activités de tabac et de chocolat, le seul à avoir deux activités industrielles simultanément», commente Jean-Paul Burrus, fondateur en 1996 de Salpa, issue de la fusion de deux groupes créés par son père. 

650 collaborateurs

Active dans le thé, le café, le cacao, le chocolat et les noisettes, Salpa emploie 650 collaborateurs, dont une centaine dans les 540 hectares de plantations de cacao rachetées en 2014 en Equateur. Elles génèrent des ventes de 115 millions de francs. La clientèle est essentiellement composée d’artisans confiseurs haut de gamme. «Disposer de plantations de cacao et de noisettes me permet d’avoir un contrôle sur l’ensemble de la chaîne de production de chocolat qui pèse aujourd’hui 3000 tonnes par an. J’ai choisi l’Equateur, car lors de notre première visite en 2013, ma femme et moi en sommes tombés amoureux», confie Jean-Paul Burrus, dont la fortune familiale est estimée par Bilan à plus de 200 millions de francs.

En dehors des activités industrielles et des participations financières, les Burrus poursuivent la longue tradition familiale du mécénat. Régis Burrus, cousin de Jean-Paul, s’occupe de la Fondation Guilé, organisme qui promeut l’entrepreneuriat social auprès des dirigeants de multinationale. Quant à Jean-Paul Burrus, il fait partie d’un pool d’entrepreneurs en Alsace qui aide les jeunes à démarrer leur projet professionnel.

«J’ai notamment sponsorisé un peintre équatorien handicapé pour l’organisation d’une exposition en Alsace. J’aide aussi les Restos du Cœur. La philanthropie est une manière de redistribuer ma richesse. Au final, mon but est de faire plaisir aux gens», sourit l’entrepreneur.

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Daniel Eskenazi

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