Bilan

Du renouveau dans le paysage cinématographique genevois

La fréquentation des salles obscures a subi une baisse de 13% en 2018. Un secteur souvent défini comme en crise, et qui doit se réinventer pour rester attractif. Exemples avec deux cinémas indépendants, aux approches différentes.

«Mon credo c’est d’avoir le bon film au bon moment», Didier Zuchuat, gérant du Ciné 17 et du Cinérama Empire à Genève.

Crédits: Serge Macia

Les cinémas se renouvellent depuis quelques années. On peut désormais assister à des retransmissions d’opéras ou de ballets aux Scalas ou des concerts au cinéma Bio. Le rachat du cinéma Plaza par la fondation Hans Wilsdorf amène aussi un nouvel acteur sur la scène cinématographique genevoise. La clef du succès selon Sarah Maes, responsable de la communication pour les cinémas du Grütli: faire vivre une expérience aux cinéphiles: «On propose des rencontres et des conférences qui permettent d’offrir plus qu’une simple série Netflix chez soi». Les cinémas du Grütli multiplient les événements et les partenariats, comme lors de la projection de l’Ordre divin en février dernier, en collaboration avec les HUG.

En 2018,  les cinémas du Grütli ont eux aussi enregistré une baisse de fréquentation de 8%. La grande spécialité de ces cinémas réside dans la projection des «Cycles du film du patrimoine», une série de films sur une thématique ou un acteur, comme actuellement avec leur cycle «Guerre et paix». Un autre moyen de se différencier des cinémas genevois est de proposer une programmation dédiée au jeune public avec des scolaires, des dossiers pédagogiques et un cinéclub organisé le mercredi. «C’est aussi une manière de ramener les parents dans les salles obscures. On sait qu’ils reviennent à la culture parce qu’il y a des activités à faire avec leurs enfants», explique Sarah Maes.

Des programmes de financement précieux

Une offre coûteuse, qui ne pourrait pas tourner sans des financements externes. Les cinémas du Grütli fonctionnent en partie grâce aux subventions de la ville. Celles-ci permettent de couvrir les salaires et le loyer élevé du lieu. Les 42% restants du budget proviennent de la location de salle, et de la vente de billets, ce qui en fait le cinéma avec le taux d’autofinancement le plus élevé, parmi les cinémas subventionnés.

Un cinéma qui fonctionne en grande partie grâce aux subventions donc, mais il n’est pas le seul. A titre d’exemple, le crédit ouvert de 3,46 millions de francs pour réhabiliter le Nord-Sud, le City ou encore le Cinélux. Cette aide de la ville résulte de la situation économique plus que compliqué de ce secteur: depuis 1972, treize salles de cinéma ont fermé dans le canton.

Au niveau fédéral, trois types de subventions existent. Un programme de promotion de la diversité de l’offre, avec une enveloppe budgétaire de 500'000 francs. Une aide liée au succès du cinéma, avec un sponsoring pouvant aller jusqu’à 1,5 million par année. Enfin, 33 cinémas suisses reçoivent aussi via Eurimages et le programme Europa Cinemas entre 350'000 et 400'000 par année. A Genève, le Cinéma Bio, les cinémas du Grütli, le City, les Scala et le Cinélux sont au bénéfice de ce soutien financier.

Une exception dans le paysage genevois

Deux cinémas font figure d’exception dans le paysage cinématographique genevois. Le Ciné 17 et le Cinérama Empire, tous deux exploités par la PME proCitel. Ces deux salles n’ont bénéficié d’aucune aide financière publique, ni pour la numérisation ni pour la diffusion de certains films, alors même que l’équipement de chaque salle s’élève à plus d’un million de francs. Avec un nombre d’entrée qui a doublé en 2019 pour ces deux cinémas, le secteur semble bien loin de la crise. «Mon credo c’est d’avoir le bon film au bon moment. Les deux salles à écran unique font régulièrement des meilleurs chiffres que les cinémas indépendants», explique Didier Zuchuat, actionnaire de proCitel et gérant du Ciné 17 et Cinérama Empire.  

Ces deux cinémas adoptent pourtant un positionnement différent. Avec ses 81 places, le Ciné 17 propose des films uniquement en version originale et un marché de niche. À 25.- le prix du billet plein tarif, le cinéma de la rue de la Corraterie revendique son positionnement de luxe, plutôt dévoué aux expatriés de la Genève internationale. La plus grande salle de Genève, le Cinérama Empire, propose lui une programmation plus éclectique avec des films d’auteurs côtoyant le biopic sur Elton John, Rocketman.

Fin 2018, le Cinérama Empire avait fait grand bruit. Il était le seul cinéma en Suisse a projeté le film produit par Netflix Roma. Une exclusivité qui a été «le plus grand succès de l’année», mais dont aucun chiffre ne peut être communiqué. «On est partenaire depuis longtemps avec Netflix notamment dans le cadre des scolaires. Roma a été une première commerciale avec la plateforme. Notre prochaine collaboration sera probablement pour le film de Martin Scorsese, The Irishman

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