Bilan

Doris Leuthard quitte elle aussi le Conseil fédéral en fin d'année

Deux jours après l'annonce du départ de Johann Schneider-Ammann, c'est au tour de Doris Leuthard d'annoncer son départ du Conseil fédéral à la fin de l'année 2018. L'élue PDC siégeait au sein de l'instance depuis juin 2006.

Après 12 ans au sein du Conseil fédéral, Doris Leuthard va quitter le gouvernement suisse.

Crédits: Keystone

Plus de douze ans de présence au sein du Conseil fédéral. Si Doris Leuthard n'atteint pas les records de longévité de certains de ses prédécesseurs, l'ancienne présidente du PDC aura marqué par sa longévité. Elue le 14 juin 2006 pour succéder à Joseph Deiss (lui aussi PDC), l'Argovienne va donc se retirer à la fin de l'année 2018: son collègue de parti et président du conseil national Dominique de Buman a lu ce jeudi 27 septembre à 10h30 la lettre de démission de la conseillère fédérale.

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Celle qui aura été présidente du gouvernement à deux reprises (en 2010 et en 2017) a d'abord dirigé le Département fédéral de l'économie (DFE) au cours de ses premières années (de 2006 à 2010), avant de reprendre le Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et des communications (DETEC). Deux missions au cours desquelles elle aura eu à gérer la crise économique et financière de 2008, puis la question du nucléaire et son abandon, ainsi que de nombreux autres dossiers sensibles.

Une championne de la popularité

Sa gestion de ces dossiers sensibles a toujours été saluée par la plupart des intéressés et par la population: celle qui a été conseillère nationale de 1999 à 2006 est restée constamment l'une des conseillères fédérales les plus populaires dans les enquêtes auprès de l'électorat. Et n'a subi quasiment aucun revers électoral dans sa carrière.

Parmi les rares échecs figurent la votation sur la vignette autoroutière à 100 francs en novembre 2013, ainsi que le choix des électeurs suisses de valider l'initiative de Franz Weber sur les résidences secondaires en mars 2012. Ces derniers mois, elle était fréquemment questionnée sur l'affaire CarPostal, relevant de ses compétences, même si ses choix n'ont jamais été mis en cause.

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Cependant, la liste de ses réussites est bien plus longue: si la sortie progressive du nucléaire, via la Stratégie énergétique 2050, avait triomphé dans les urnes en mai 2017, elle a aussi convaincu l'électorat sur des dossiers cruciaux et complexes en matière d'infrastructures de transports, comme le financement du rail FAIF en 2014 ou le fonds routier FORTA en février 2017. Et si elle n'avait pas initié le projet, c'est elle qui a inauguré le tunnel ferroviaire du Gothard le 1er juin 2016, plus grand ouvrage du genre au monde.

L'occasion de rétablir les équilibres femmes-hommes?

Après le départ de Johann Schneider-Ammann annoncé en début de semaine pour la fin 2018, cela fait donc deux places à pourvoir au Conseil fédéral. Seule PDC du gouvernement, Doris Leuthard devrait a priori être remplacée par un(e) collègue de parti. Mais alors que la PLR saint-galloise Karin Keller-Sutter faisait figure de favorite pour la succession de son collègue de parti Johann Schneider-Ammann, laissant entrevoir un rééquilibrage des genres au sein du Conseil fédéral, le remplacement de Doris Leuthard va poser la question symbolique de la quasi-parité: si une femme succédait à l'Argovienne, et dans l'hypothèse où Karin Keller-Sutter serait effectivement désignée et élue en remplacement de JSA, trois femmes siégeraient à nouveau au sein du gouvernement.

Il y a bientôt onze ans, l'élection d'Eveline Widmer-Schlumpf en remplacement de Christoph Blocher avait porté le nombre de femmes à trois sur sept conseillers fédéraux. Elles avaient même été majoritaires entre 2010 et 2012, jusqu'à l'élection d'Alain Berset en remplacement de Micheline Calmy-Rey. Or, l'élection d'un homme (Ignazio Cassis) l'an dernier avait soulevé des protestations dans les milieux féministes, car certains estimaient que la Suisse ratait là l'occasion de rééquilibrer les équilibres au sommet en élisant une femme (Isabelle Moret était candidate).

Un an après, le débat sur remplacement des deux sortants risque de porter davantage sur leur sexe que sur leur étiquette de parti. Le PLR sort conforté des derniers scrutins et ne devrait pas perdre de siège au Conseil fédéral, et le PDC, certes moins puissant qu'à la fin du XXe siècle, devrait conserver le sien. Reste à savoir qui va porter les couleurs de ces deux formations lors de l'élection de décembre.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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