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Dominique Bourg: «Le bilan de Nicolas Hulot ne correspond pas à nos attentes»

Nommé voici un an au sein du gouvernement d'Edouard Philippe par Emmanuel Macron, l'ancien animateur télé Nicolas Hulot n'est pas à la hauteur des attentes des chercheurs de la Fondation pour la nature et l'homme qu'il a créée. Président de son conseil scientifique et professeur à l'UNIL, Dominique Bourg fait le point sur douze mois d'action.

Nicolas Hulot, ministre de l'écologie appelé à des fonctions gouvernementales par Emmanuel Macron, déçoit les chercheurs de la fondation qu'il a créée.

Crédits: John MacDougall/AFP

Professeur ordinaire à la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne (UNIL), Dominique Bourg préside le conseil scientifique de la Fondation pour la nature et l’homme créée par Nicolas Hulot. C’est à ce titre qu’il jette un regard très critique sur l’action entreprise depuis un an par le ministre de la transition écologique et solidaire. A ses yeux, Nicolas Hulot n’a pas été à la hauteur de ce que l’on pouvait attendre de lui. Entretien.

Quel bilan faites-vous de l’action de Nicolas Hulot à la tête de son ministère?

Un bilan standard, et donc, eu égard aux attentes que sa nomination a suscitées, décevant. Un bilan qui se solde par aucune avancée majeure, aucune rupture quant à la trajectoire de nos sociétés. Concernant par ailleurs l’économie circulaire, en dépit de quelques mesures intéressantes, on est très loin d’un basculement de l’économie française vers une sensible diminution de la consommation des ressources.

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Qui visez-vous, Emmanuel Macron ou Nicolas Hulot?

Emmanuel Macron. Un ministre de l’environnement voit traditionnellement se coaliser contre lui tous les autres ministres. Sans un contrepoids fort à l’Élysée, il perd tous ses arbitrages. C‘est ce qui se produit. Le président de la république fait des grandes déclarations devant le Congrès américain sur la nécessité de prendre des mesures urgentes en faveur du climat. Plus généralement, il a instauré, dès sa nomination, une diplomatie climatique, alors que le sujet était absent de sa campagne électorale. Or, il n’estime pas nécessaire d’inscrire le climat, ainsi que la biodiversité en très grand danger, dans l’article premier de la constitution actuellement en phase de révision. Comment dès lors prendre ses discours au sérieux?

En quoi cette première place du climat dans la constitution française est-elle fondamentale?

La constitution d’un pays fixe les priorités et les grandes orientations d’une nation. Sa révision en France n’est vraiment pas fréquente et doit être approuvée par les deux tiers des députés et sénateurs réunis en congrès; sauf à recourir à un référendum, lequel n’exclut pas non plus, au préalable, les fourches caudines du parlement. Reléguer le climat à l’article 34 qui définit les prérogatives du parlement, c’est pour l’exécutif une manière de se dédouaner. Critiqué pour son manque d’action, le président pourra toujours répondre que ce n’est pas son affaire mais celle du parlement. Sans même évoquer de futurs procès au nom du climat contre l’exécutif (comme en Hollande ou ailleurs) rendus ainsi impossibles.

Et que reprochez-vous à Nicolas Hulot?

Je ne lui reproche rien, mais constate son isolement, et du coup la faiblesse des actions conduites à ce jour. Il n’a pas réussi à gagner des arbitrages faute d’appuis suffisants. La réforme constitutionnelle ne porte en rien la marque Hulot, alors qu’il était porteur de propositions innovantes. Là encore, sans renfort de l’Élysée, rien ne saurait passer en termes de projet de loi constitutionnelle.

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N’y a-t-il donc pas des résultats positifs?

Bien sûr que si. Je ne dis pas du tout que Nicolas Hulot et son équipe n’ont rien fait. L’interdiction du glyphosate en France au plus tard dans trois ans est une avancée, même si cela sera très compliqué à réaliser compte tenu des rapports de force au sein du gouvernement. Le plan de rénovation énergétique - 14 milliards d’euros déployés sur cinq ans - est aussi une mesure positive. Mais on est bien loin de ce que préconisent le climatologue Jean Jouzel et l’économiste Pierre Larrouturou dans un livre préfacé par Nicolas Hulot lui-même: un plan Marshall pour le climat, à l’échelle européenne, avec un investissement de mille milliards d’euros.

Concernant l’économie circulaire, n’observez-vous pas aussi quelques progrès?

Oui, jeconstate aussi des avancées même si elles demeurent mesurées. La feuille de route prévoit par exemple une réduction dutaux de TVA à 5,5 % pour la prévention, la collecte séparée, le tri, la valorisation matière des déchets. Cette réduction concernera également l’acquisition de sacs biodégradables et compostables. Ces réductions seront compensées par une augmentation de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP)). Très bien, mais fort limité par rapport à ce qui avait été soumis au ministère par la Fondation 2019, la FNH (ex-Fondation Nicolas Hulot) et la Fondation genevoise Zoein récemment créée, à savoir: une réduction du taux de TVA de 10 % sur les biens dont les externalités environnementales sont nettement moins élevées que la moyenne. Il s’agissait au moins d’aligner leur prix sur les biens équivalents mais sales, avec d’autres mesures compensatoires.

Constatez-vous encore d’autres propositions qui n’auraient pas été suivies?

Nous avions encore, entre autres choses, proposé d’ouvrir un cadre légal, progressif et contraignant, pour une substitution progressive de matières premières secondaires ou biosourcées aux matières premières. La feuille de route envisage plus modestement des accords volontaires pour intégrer davantage de matières issues du recyclage dans les secteurs suivants: l’emballage, le bâtiment, l’automobile ou les équipements électroniques et électriques. Rien non plus surla fin de la mise en décharge.

Comme président du conseil scientifique de la Fondation pour la nature et l’homme, allez-vous prochainement rencontrer Nicolas Hulot ?

Oui, avec plusieurs membres du conseil scientifique, nous le rencontrons prochainement à Paris. Nous lui dirons notre déception, qu’il partage très probablement lui-même, et nous lui rappellerons ce qu’il sait: en matière d’environnement, tout est affaire d’anticipation. Interdire les néonicotinoïdes aujourd’hui, c’est bien mais tard ; il aurait fallu le faire il y a 20 ans. Désormais le mal est fait. L’objectif du ministère de l’écologie est de faire en sorte que dans 20 ans personne ne puisse dire qu’il fallait agir 20 ans plus tôt, c’est-à-dire aujourd’hui.

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Philippe Le

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